12 septembre 2007
Les Demoiselles du Taranne
Harem Saint-Germain
La lecture de ce volume du Journal 1988 de Gabriel Matzneff sera pleine d'enseignements pour tous ses aficionados: cette année faste ne vit-elle pas la parution (impensable en 2007) d'Harrison Plaza, roman des tumultueuses amours avec "Allegra", la tendre souris que le fauve avait attirée dans ses griffes? Largué par la nymphette peu avant la sortie du livre qu'elle avait inspiré, l'écrivain se lance alors dans un galop d'enfer qui donne le tournis: les demoiselles se bousculent dans le plume de l'hôtel Taranne comme les prénoms s'accumulent sous la plume du diariste. De nombreux crochets témoignent du recul des libertés en vingt ans: les avocats veillent au grain, les éditeurs retranchent l'ivraie … et l'écrivain en est pour ses frais. Il est vrai que, in illo tempore, toutes les victimes du Monstre n'avaient [peut-être] pas l'âge requis. Cette valse rose entraîne notre Don Juan dans les affres d'une jalousie, ô combien incongrue, qu'il noie dans le bon vin, celui qu'il lampe chez Lipp - quelle fortune il aura claquée dans cette célèbre brasserie! - ou en compagnie d'amis fidèles (Cioran, Vrigny, Giudicelli, Pierre-Guillaume de Roux…). Au fil des pages, le lecteur attentif reconnaîtra l'intrigue d'un roman à venir, Les Lèvres menteuses, à paraître en 1992. Matzneff a donc mille fois raison d'affirmer que ses passions nourrissent son œuvre: même en gamahuchant Marie-Ségolène et Nicoletta, il note le détail pathétique ou hilarant, la répartie qui fait mouche. Une telle conscience professionnelle mérite d'être soulignée! Sa quête effrénée du plaisir, qui prend ici des allures de travaux forcés, dicte ces mots à ce chasseur jamais en repos: "Quelle comédie, l'existence! Quelle pitoyable et ridicule et toute-puissante prison, les passions!". Amoureux d'un plaisir donné et reçu comme d'un français servi de façon seigneuriale, le styliste Matzneff ne célèbre jamais que les passions d'un homme atteint de ce que Marsile Ficin, cité à la dernière ligne du Journal, nommait la rabies venerea, la rage vénérienne. Curieusement, peu de visages féminins émergent réellement de ce harem Saint-Germain: la plupart des demoiselles sont décrites à la hussarde, séduites et remplacées en cinq sec. Ce carpe noctem, entonné sur tous les tons, est-il sincère? Mystère. En revanche, lorsqu'il évoque un endroit disparu, un ami emporté par la maladie, Matzneff bouleverse son lecteur. Ainsi, Guy Hocquenghem est salué avec émotion par un débauché devenu pudique comme une jeune fille. Une phrase de Maupassant, que Matzneff découvre avec une joie communicative, me paraît révélatrice: "Je n'ai pas eu, en toute ma vie, une apparence d'amour, bien que j'aie simulé souvent ce sentiment que je n'éprouverai sans doute jamais".
Christopher Gérard
Gabriel Matzneff, Les Demoiselles du Taranne, Gallimard, 396 p., 22 euros.
Paru dans La Presse littéraire 10, été 2007.
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11 septembre 2007
Autour de La Source pérenne
La revue Eléments (été 2007, http://www.labyrinthe.fr) publie une version partielle de mon entretien avec le critique littéraire Fr. Guchemand. En voici le texte complet.
Dans La Source pérenne, que vient de publier L'Age d'Homme (http://www.lagedhomme.com/), on retrouve, enrichis d'autres textes, des articles qui figuraient dans Parcours païen (L'Age d'Homme, 2000). Est-ce à dire que la démarche qui préside à votre dernier ouvrage participe d'un retour rituel, sept ans après la pose d'un premier jalon important? Plus largement, d'après votre vision cyclique du temps, votre pensée est-elle, selon vous, susceptible d'évoluer encore?
Epuisé depuis plusieurs années, Parcours païen faisait l'objet de demandes pressantes. Mon éditeur et néanmoins ami, Vladimir Dimitrijević, m'a demandé de retravailler l'ouvrage en profondeur pour proposer un nouveau titre. J'ai donc relu ce livre avec sept ans de recul et je l'ai enrichi de textes parus ici ou là. Surtout, l'intervalle "rituel" - coïncidence en effet curieuse - m'a permis d'approfondir ma démarche, aujourd'hui moins polémique qu'à l'époque (1993-2001) où je m'occupais d'une revue de combat, Antaios.
Quant à ce que vous appelez ma pensée, diables, je ne dirais pas qu'elle "évolue", pour la simple et bonne raison que je me sens davantage pensé que pensant et surtout, que ces idées sur le paganisme me trottent dans la tête depuis l'adolescence. Je ne crois pas que, sur l'essentiel, notre pensée évolue, mais plutôt qu'elle se déploie et s'exprime avec plus de clarté. Il s'agit plutôt d'approfondir l'énigme du monde, "d'accueillir le réel" pour citer Marcel Conche, un penseur encore trop méconnu.
Le paganisme se vit au quotidien; il peut s'exprimer de mille façons: par la musique ou l'écriture, par les histoires que l'on raconte aux enfants ou par un geste posé en un moment donné (l’adieu à une personne chère, un feu dans la nuit,…). Dans mon cas, puisque je ne suis ni peintre ni musicien mais homme de l'écrit, ma tâche consiste à verbaliser le mieux possible des intuitions en germe chez moi depuis toujours. Une chose est d'accumuler des références, tel l'écureuil et ses noisettes dans son arbre creux. Plus difficile est la connaissance de soi et du monde, qui seule fonde un discours audible sur le divin.
Pouvez-vous nous expliquer plus précisément les circonstances dans lesquelles s’est passée votre reprise du flambeau de la revue d’histoire des religions Antaios, initialement fondée par Ernst Jünger et Mircea Eliade ?
J'ai été fasciné par le mythe d'Antée dès ma première lecture de ce dernier, à l'âge de dix ans, dans un livre illustré. L'image tirée de ce livre est d'ailleurs encore présente à mon esprit. En mars 1982, j'ai déniché à une vente publique un volume d'Antaios, première du nom (Editions Klett, 1959-1971). L'élégance de ces livres allemands, reliés et à l'impeccable typographie, m'avait frappé autant que la haute tenue des textes: Corbin, Cioran, Nelli, Borges,… Au même moment, j'étudiais en franc-tireur l'œuvre de Jünger et d'Eliade, deux auteurs pratiqués en lieu et place des "syllabus" (belgicisme pour "cours polycopiés") de mon Alma Mater (où Eliade est aujourd'hui mal vu, car "dangereux"). J'avais immédiatement compris l’importance de leur démarche, fondée sur un refus sans concession du nihilisme. Ainsi, lorsque j'ai lancé, avec des moyens dérisoires, la revue sur le paganisme que je ne trouvais nulle part, j'ai tout naturellement choisi Antaios. Eliade étant mort depuis plusieurs années, c'est Jünger qui m’a répondu en me disant que la résurrection d'Antaios le réjouissait et qu'il me souhaitait bonne chance. Quelques mois plus tard, Jünger écrivait à une connaissance qu'il lisait la revue "avec plaisir et approbation". Dans d'autres courriers, rédigés d'une main étonnamment ferme, il m'a encouragé à mener des recherches sur Friedrich Hielscher ainsi que sur son frère, Friedrich Georg, dont l'influence sur lui est encore minorée. Il parle de la revue dans le dernier volume de son Journal, où je figure non loin de D. Venner: "Merci pour Antaios 3. Le numéro, une fois de plus, est excellent. Espérons qu'il y aura encore beaucoup d'autres livraisons".
Vous vous référez souvent à l’Inde, « Terre des Dieux » où vous avez d’ailleurs séjourné. Comment envisagez-vous le fait que ce pays compte désormais parmi les « émergents » qui risquent de se voir gagnés par les dérives du capitalisme sauvage et de la modernité triomphante, voire d’en devenir un nouveau paradigme ?
Vaste problème, mon général! Le cas de l'Inde peut se comparer à celui du Japon. Ces deux civilisations traditionnelles (et polythéistes) sont soumises aux assauts du système techno-marchand. On y voit émerger une bourgeoisie aussi hideuse que la nôtre. Mon plus vif souhait est bien sûr qu'elles résistent à cette menace et qu'elles évitent la tabula rasa que nous avons subie, cette rupture d'avec l'ordre traditionnel. Remarquons toutefois que, d’une part Sa Majesté Impériale Michiko du Japon compose des poèmes raffinés dans la plus pure tradition lettrée, et que de l’autre les sanctuaires tant shintoïstes que shivaïtes demeurent des lieux de prière et de pèlerinage, alors que nos églises, hélas, rassemblent davantage de touristes que de fidèles. En Inde, j'ai rencontré des Brahmanes plongés dans la vie active de ce pays et parfaitement conscients des risques encourus par leur héritage ancestral. Prenez aussi le cinéma chinois : tout un imaginaire traditionnel y est magnifié avec un sens parfois remarquable de l’esthétique. Ces pays émergents visent la puissance, ce qui est de bonne guerre, mais sans ces remords (tardifs) et cette haine de soi qui nous forcent à une repentance morbide, corollaire probable de notre arrogance de naguère.
Y a-t-il des endroits (des lieux, des villes, etc.) où il vous paraît impossible de vous sentir païen ? Lorsque vous évoquez qu’il vous est arrivé de saluer Sol Invictus du haut du Parlement européen de Bruxelles, ne faites-vous pas tout simplement profession de foi d’un archéofuturisme typiquement postmoderne ? Plus généralement, de quels aspects de la modernité un réactionnaire tel que vous s’accommode-t-il le plus aisément ? Et quels sont les aspects que vous en rejetez radicalement ?
Héraclite disait il y a vingt-cinq siècles que tout est plein de Dieu(x). Y compris le métro parisien (station Odéon), y compris les décharges publiques "de notre merveilleuse civilisation occidentale", pour citer Hergé dans Le Lotus bleu. Le genius loci peut être éveillé par l'homme dont le regard n'est pas mutilé, dont le cœur a gardé une fraîcheur d’enfant. Il ne s'agit pas d'une vision extérieure, dictée d'en-haut par je ne sais quel Sauveur jaloux. Plus généralement, le paganisme n'est ni une doctrine, ni une idéologie cantonnée à une chapelle et encore moins une jonglerie de concepts. Parlons plutôt de poétique, de vision du monde, en insistant alors sur le mot vision: une vision mythique qui ne se scinde pas. Quelle absurdité de se sentir païen au Luxembourg, mais pas rue du Temple! Même la plus crasseuse ruelle d'une mégapole en folie peut incarner un aspect du divin, les Enfers par exemple.
En saluant le Soleil du dernier étage du Parlement européen, je ne jouais pas "tout simplement" à l'archéofuturiste - un bel oxymore, soit dit en passant. Je manifestais un moment privilégié de communion entre le corps, l'âme, l'esprit et l’univers ; je rendais grâce, en toute simplicité, à un symbole salué jadis par nos ancêtres, le Sol Invictus des légions romaines, l'Apollon delphien, le Bélénos gaulois,… Surtout, au-delà d'une "croyance" (je ne crois pas un seul instant que le Soleil soit Dieu: il est de Dieu), je goûtais la quintessence de la joie tragique: un jour, ce Soleil, je ne pourrai plus l'honorer ni le voir, ni sentir ses rayons sur ma peau. Chaque salut - chaque baiser - est un instant de gagné sur le malheur, qui s'avance de façon irrépressible.
Si dans La Source pérenne j'avoue éprouver de la tendresse pour divers réactionnaires, de Dioclétien aux Pikkendorff du cher Jean Raspail, je ne me définis pas explicitement comme tel… même si, quasi quotidiennement, je suis bien obligé de me reconnaître en "celui qui réagit" au milieu d'un monde à l'effarante docilité, le monde pseudo-libertaire d'Homo festivus (Muray, qui nous manque déjà), celui fustigé avec talent par un autre esprit libre, Jean Clair : "Dans un temps où tout se détruit, le beau nom de "conservateur". Voire: dans un temps où tout furieux court à la ruine, le fier nom de "réactionnaire"." Va pour conservateur, du latin servare: être attentif, préserver ; et au sens anglo-saxon: "in order to preserve" (Burke). Etre conservateur, c’est avoir une conscience aiguë, globale, de la fragilité des équilibres. Nous savons certes que la vie est aussi faite de dissonances (l’immobilité étant la mort), mais ces points d’équilibre obtenus au prix d’expériences séculaires (en clair : du sang et des larmes) ne peuvent être bousculés sans réflexion, par manie du changement. Le conservateur est empirique (et donc allergique aux utopies en tant que maladies de l’intelligence), modeste (car conscient de n’incarner que le maillon d’une chaîne) et sans illusion sur un hypothétique salut. Il y a à mon sens une poésie, un profond sens du tragique chez tout conservateur authentique. Nicolas Gomez Davila, dont vous avez parlé dans Eléments, dit des choses essentielles sur cette posture.
S'accommoder de la modernité? Mais avons-nous le choix? La disparition des famines, les progrès de la médecine malgré sa commercialisation galopante, la relative protection des plus faibles, un confort minimal accessible au grand nombre (ceux qui ont voyagé dans le Tiers Monde comprendront ce que j’entends par « confort », de même que ceux dont les grands-parents ont eu faim), tout cela je vois mal comment ne pas l’accepter sans passer pour un inconscient. En revanche, l'omniprésence de la technique et l'obsession du profit à court terme, qui modifient à grande vitesse notre mode de vie de même que les relations humaines, me font horreur au même titre que le nivellement par le bas (pléonasme), l'amnésie volontaire et la perte générale de repères - cette dernière donnant naissance à des parodies, comme le mariage des invertis ou les carabistouilles "citoyennes". Nous sommes plongés dans une basse époque, l'Age sombre, caractérisée par une débauche de moyens matériels alliée à une effrayante misère spirituelle, l’absence de sens. Ce nihilisme me révoltait déjà adolescent, mais avec le triomphe sans partage du système techno-marchand et l’accélération du processus d’implosion qui a suivi, mon dégoût parvient aujourd'hui à son zénith. L’ancien monde des ouvriers, des paysans et des instituteurs disparaît à grande vitesse, laminé par une gentryfication et une prolétarisation sans âme. Pourtant, tel est notre destin, et nous devons l’accepter, en vrais stoïciens. Amor fati.
Même si vous vous situez dans une perspective en amont des idéologies et des nationalismes, vos références contemporaines sont plutôt à chercher du côté de la droite, tant buissonnière (Gabriel Matzneff) qu’aventurière (Jean Mabire)...
Vous avez raison de me situer en amont, position qui convient le mieux à un aristo-païen (dans les faits, prolétarisé). Patriote plutôt que nationaliste, je suis favorable à la double médiation royale et impériale. L'esprit de parti, le réflexe militant ("il est de chez nous", etc.) me sont étrangers. Monarchiste belge et européen, je verrais bien sur le trône impérial un membre des Habsbourgs, seule légitimité dans nos régions depuis la Translatio Imperii ad Germanos.
Je ne me livrerai pas au jeu futile « gauche-droite, marchons au pas ». Je préfère me définir au sens large (et à condition de ne pas en faire un parti!) comme impérial-conservateur… tout en gardant à l’esprit que le regretté Jean Mabire, collaborateur plus qu'original d'Eléments pendant un quart de siècle, n’a jamais caché sa sensibilité socialisante et ce dès les années 60 et que Gabriel Matzneff demeure un pur libertaire. Le progressisme dogmatique, que Clément Rosset définit parfaitement comme "la revendication criarde contre les faits au nom de principes moraux", ne m'a jamais tenté: idéologie de paresseux par ailleurs contredite par la réalité, il n'est guère fécond en art et catastrophique en politique. Eléments, que je lis depuis 1981, parle avec une grande sympathie d'auteurs chers à mon cœur: Jacques Laurent, Dominique de Roux, Michel Mourlet, David Mata, l’étonnant Louis Védrines, découvert grâce à Michel Marmin, tant d'autres encore. Tous ces écrivains ont en commun de ne pas appartenir à la gauche idéologique, cette gauche puritaine qui a colonisé les médias, l’université et qui ostracise les libertins. Leur fidélité à une posture antimoderne, c'est-à-dire rebelle aux idéologies mécanistes et réductrices, doit être saluée. Toutefois, pas d’illusion : à droite aussi on trouve des sacristains et des pharisiens, pour qui, par exemple, un païen est un « paganiste » qui « adore » des « idoles », etc. La bêtise et la bassesse ne sont l’apanage d’aucune chapelle.
Le paganisme n’est ni de gauche ni de droite, mais compte des adeptes parmi tous les types de sensibilité. La mienne est aristocratique sans complexe; elle est propre à ce que j'appellerais l'Europe secrète, continent submergé, mais qui ne se soumet pas à l'imposture.
Je suis donc attaché au principe hiérarchique (du grec hiéros, « sacré » et archè, « principe »), omniprésent dans les mythologies, notamment indo-européennes. Tout panthéon illustre à sa manière la complexité des jeux de pouvoir, par le truchement entre autres du schème de la parenté. Un paganisme purement anarchique (alpha privatif et archè : littéralement « dépourvu de principes ») me paraît inconséquent. Quand je lis certains néo-païens de type confusionniste, je ne me reconnais pas dans leur salmigondis new age, religion à la carte sans cohérence ni exigence… et qui, de façon révélatrice, nie le tragique. Le voilà le vrai blasphème : la négation du tragique au profit d’abstractions moralisatrices (le Péché, le Progrès, la Race,…) qui viennent justifier les pires infamies.
Mon paganisme est celui d’un homme enraciné dans un lieu et une histoire : un citoyen européen des années 2000. Cette posture relève d’une voie sévère, helléno-romaine, celle suivie jadis par Caton, Sénèque ou Marc Aurèle. Et politique au sens noble : le paganisme des Européens d’aujourd’hui doit englober les trois fonctions de notre théologie millénaire (oratores, bellatores, laboratores). Avant tout poétique et cosmique, il est aussi civique : une volonté de maintenir, enrichir et transmettre un héritage spirituel, culturel et, désolé pour le gros mot, ethnique. Le reste relève de la parodie. Le païen qui n’est pas aussi un hoplite n’est qu’un jean-foutre.
Vous qui semblez prêter peu de foi à l’idée d’un « désenchantement total du monde », ne pensez-vous pas que le paganisme soit indissociable d’une réflexion sur ce qui préserve au mieux son mystère et son énergie primordiale, à savoir la Nature ? Le paganisme peut-il ou doit-il être un Écologisme ? Dans quelle mesure en tout cas le pouvoir de création et d’auto-création de l’individu, dimension si je ne me trompe cruciale du paganisme, n’est-il pas contradictoire avec l’aspiration au respect de la Nature ? Ne peut-on même y déceler les germes de l’autodestruction de l’homme ?
Pour continuer sur la lancée de la précédente question, oui, le paganisme en tant que vision organique ne peut déboucher que sur une volonté de préserver et de laisser un environnement vivable à nos descendants. Entendons-nous sur le mot « écologie » : je prends ce vocable au sens scientifique et non pas sentimental. Et, ne croyant pas plus au "tout ira mieux demain" qu'au "tout était merveilleux avant-hier", j’inclus la dimension tragique, celle de l’Homo sapiens, un prédateur qui détruit pour créer, à l’instar de Shiva ou d’Apollon Archer. Respect ne signifie pas idolâtrie infantile d’une nature idéalisée, celle du Bon Sauvage et des huiles essentielles. Un païen ne peut être qu’allergique au gaspillage insensé de notre Occident, à son prométhéisme aussi borné qu’intéressé, à sa criminelle irresponsabilité. Cela dit, lisez bien l’Ancien Testament et vous trouverez des justifications théologiques au saccage des bosquets et des forêts, à l’élimination des tribus non élues.
L’une de vos références majeures en poésie non française est Yeats. Goûtez-vous également la poésie païenne de Fernando Pessoa ou de certains de ses hétéronymes? Quels sont les autres grands poètes « contemporains » que vous aimez fréquenter ?
Yeats, chantre magnifique de l’indomitable Irishry, est pour moi inséparable d’un lieu enchanteur en Irlande, Thoor Ballylee, près de Galway. Là, dans un donjon normand, Yeats a composé ses plus beaux poèmes. J'y suis allé ainsi que sur sa tombe à Drumcliff, aux pieds du Ben Bulben : sur la dalle, une inscription : « Cast a cold eye On life, on death, Horseman, pass by ! » Ce qui peut se traduire : « Contemple la vie, la mort d’un œil froid, Cavalier, passe ton chemin ! ». Dans le genre homérique, qui dit mieux ?
Je connais mal Pessoa : je n'ai lu que quelques textes au mysticisme échevelé sur le retour des Dieux et le paganisme portugais. En général, je fais mon miel des inspirés, d’Homère à Nerval, d’Hölderlin à Lucrèce, sans souci de la chronologie. Peu de goût pour l’actuelle poésie informe. A rebours de ce bavardage subsidié, deux aérolithes, évidemment publiés par L’Age d’Homme : Chaunes et Sylvoisal.
Vous citez également à diverses reprises Paul Morand. Qu’est-ce qui vous rattache à ce personnage ?
Morand n’est pas un personnage, jeune homme ! Mais l’un des grands écrivains du XXème siècle français (dixit Céline). Un maître de style et de maintien. L'auteur de Milady et d'Hécate et ses chiens aura mené une vie "tout en noblesse et en style", pour citer un critique belge. J'avoue que le Morand que je préfère est le nouvelliste, celui d'après-guerre, qui connut le purgatoire de son vivant et le surmonta avec brio. Quelle lucidité (« C’est tout de même une immense tragédie que la disparition de la race blanche », dit-il à J.-J. Marchand), quelle langue souple et pleine d’invention, ces ellipses ! Et quelle élégance, ces costumes ! Un parfait représentant de la Vieille Europe, un insurgé contre la chiennerie moderne, un aristocrate au sens noble, c’est-à-dire qui assume sa singularité sans faillir. Si quelqu’un fonde une association des amis de Morand, j’en suis !
Vous évoquez, dans un très beau passage sur votre enfance, la lecture de ce livre pour la jeunesse, Vers le Nord mystérieux, qui a installé dans votre conscience un « Pôle qui n’appartient qu’à vous ». Pourrait-on dire que votre paganisme participe d’une même construction très intime, intérieure, difficilement partageable ? Dans ce sens, vous qui avez trouvé en Alain Daniélou et d’autres, quelques maîtres à penser et à être, vous sentez-vous l’âme d’un « passeur » ?
En effet, mon paganisme n’étant pas une doctrine, mais bien la religion éternelle du sang, du sol et de l’esprit (gardez, je vous prie, ces trois termes ensemble), il comporte donc une part intime, ressentie, à redécouvrir par chacun. Il s’agit bien d’une quête à la fois solitaire et solidaire. Je me vois mal en chef d’école : quel ennui, ces gens béats qui vous demandent sur quel pied danser. Qui acquiescent en psalmodiant des amen énamourés.
Eveilleur ? J’aime l’image : si mes livres poussent quelques-uns à voir le monde de façon plus autonome et plus intense, mon labeur n’aura pas été vain.
Bruxelles, Beltaine 2007
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06 septembre 2007
Jean-Loup Seban
Otiose ou l’ociosité vengée
Tel est le titre d’un curieux opuscule qui se lit sous le manteau de Paris à Amsterdam et de Genève à Bruxelles. L’ouvrage, somptueusement édité par Magermans à Andenne, se présente comme « un préservatif contre l’éthique protestante du travail » : il s’agit bien d’un brûlot contre « l’infernale religion du labeur », mais aussi, horresco referens, contre « les négriers du Dieu terrible ». Le piquant de l'affaire est que son auteur est professeur de théologie et pasteur de l’Eglise Protestante Unie de Belgique! Lecteur de Bayle et du divin marquis (je veux dire Boyer d’Argens), Jean-Loup Seban est issu d'une vieille lignée alasacienne, qui a donné à la France des rabbins, puis des pasteurs et des officiers. L'homme est un érudit raffiné qui a tout lu en édition originale jusqu’à 1789 en dégustant du thé de Chine et des brioches au cacao. Ce théologien est un sybarite qui ne dédaigne ni les vins de Bourgogne ni un pâté de héron, qui a lu Sénèque et Pyrrhon avant d’enseigner à Oxford et à Princeton. Un homme singulier, auteur d'une œuvre qui ne ressemble à rien: Otiose ou l’honnête ociosité vengée, lequel se présente comme un roman philosophique tel que l’affectionnaient les moralistes du XVIIIè siècle. J.-L. Seban y développe avec grâce sa vision de la théologie rationnelle, de la bibliophilie (-manie ?), de l’amitié, et même des chats,… Manifeste déiste et pamphlet aristocratique, l’essai est rédigé dans « la langue des Quarante », pétrie de latinismes et de termes archaïques pêchés chez Scarron ou Rabelais. L’humour n’en est jamais absent, juste sous-entendu à l’anglaise (Maître Seban me pardonnera de ne point écrire « angloise ») : je songe à la parabole des abeilles, par exemple. Je l’ai lu (et découpé, puisque le volume n’est pas massicoté) avec une jubilation constante tant son allégresse est communicative, à mille lieues du jargon académique ou des autofictions triviales. J’en ai apprécié le libertinage intellectuel et spirituel, par exemple à propos de « Mahome », « le chamelier péninsulaire » ou de l’indispensable indocilité par rapport à la créance officielle. En vérité je vous le dis, la République des Lettres compte un écrivain de plus, et un écrivain de haut parage.
Questions à Jean-Loup Seban
Qui êtes-vous ?
Rejeton hybride d’une couple de traditions séculaires et antagonistes, la sépharade et la huguenote, j’ai longtemps suivi la foi ancestrale en son sillon orthodoxe, enduré son dogmatisme, son puritanisme et son intolérantisme. Aujourd’hui, dessillé, détrompé, émancipé, je me complais dans l’empyrée de la créance hétérodoxe, au panthéon duquel figurent notamment Uriel da Costa, Spinoza et Mendelssohn du côté judaïque ; Aubert de Versé, Tyssot de Patot, Dippel et Kant du côté chrétien, sans omettre François Hemsterhuis, l’Hellène. Les libertins érudits et les libres-penseurs exercent sur moi une fascination diabolique ! « Les vieux fous sont plus fous que les jeunes » disait La Rochefoucauld, le lucide. En ce repaire d’hérétiques, havre hospitalier, je me nourris d’une pensée éclectique, féconde et radiante, puisée aux sources du Grand Siècle et du siècle des Lumières.
Les grandes lectures et les grandes rencontres ?
Outre la pléiade académique de rigueur – Platon, Horace, Sénèque, Montaigne, Calvin, La Mothe Le Vayer, Bayle, d’Argens et Voltaire – une foison de minores, théologiens ou littérateurs, souvent moralistes, qui se révélèrent dans l’instant d’ensorcelants « maîtres muets. » Fors mes maîtres aux Hautes Etudes à Paris et quelques savants de renom, croisés au cours de mes voyages ou lors de colloques, aucune rencontre conséquente, à l’heureuse exception d’un érudit, chantre du Sublime, qui m’inocula la dilection bibliophilique, j’ai nommé : Daniel Berditchevsky. Comme l’ambition m’a négligé régulièrement et l’indocilité flatté avec autant de régularité, je n’ai jamais éprouvé ce désir, ni ressenti ce besoin, qui pressent ordinairement l’opportuniste à s’agréger à une école philosophique en vogue ou à s’inféoder à une secte maçonnique influente.
Qui est donc ce mystérieux Otiose que nous voyons évoluer, discourir et faire bombance en amicale compagnie ?
Un patricien d’autrefois, un protestant baptisé à l’Eglise Wallonne des Pays-Bas, qui demeure dans une cité marchande à la veille du grand basculement qui va transsubstantier la société et ruiner l’art de vivre. Nous sommes à l’automne de l’an 1765. Bientôt le travail perdra, au sein de la Res publica, son caractère de malédiction divine pour revêtir celui de bénédiction sociale. Otiose est un homme de loisir, hypocondre et un tantinet misanthrope. En religion, c’est un déiste ; en éthique, un épicurien discrètement teinté d’hédonisme et un thériophile ; en épistémologie, un pyrrhonien qui adopte, selon son besoin, le platonisme, le cartésianisme ou l’empirisme. Mais c’est avant tout un sage qui a eu la prudence de substituer l’amour intellectuel à l’amour sensuel, l’amitié à la passion charnelle ; un solitaire qui vit avec Anacharsis, son chat confucien, et Jeannot, son jeune protégé, et qui s’est entouré d’une poignée d’amés complices avec lesquels il disserte : un papiste, un juif, un athée et un mahométan.
Qu’appelez-vous ociosité ? Comment distinguez-vous cette ociosité du quiétisme voire du nihilisme ?
L’honnête ociosité (honesta ociositas), distinguée des autres formes d’otium, comme catégorie du temps social et privé, c’est d’abord le refus du travail rémunéré, de l’enrichissement, de l’action, du pouvoir comme entéléchies de l’étant (libido dominandi) ; c’est ensuite une philosophie pratique qui livre la manne céleste à la concupiscence intellectuelle de l’âme (libido sciendi) - la contemplation de la nature, la méditation du divin et la création poétique - sans renier pour autant les œuvres de la chair, si toniques. Il se pourrait bien que l’honnête ociosité occupât une place médiane entre le quiétisme du Grand Siècle, qui participe du salutaire retirement du monde, et le nihilisme du siècle des idéologies mortifères.
Votre personnage est tout sauf tendre pour les diverses confessions abrahamiques qu’elles soient hébraïques, papistes ou parpaillotes, ceux que vous appelez « les négriers du Dieu Terrible » en prennent pour leur grade. Peut-on lire votre essai comme une sorte de manifeste déiste ? Pastiche du livre du XVIIIème siècle, amusement d’érudit…ou confession d’un solitaire ?
Certes, Otiose vit à l’ombre de Voltaire. Vous avez parfaitement raison : c’est un manifeste en faveur du déisme, cette panacée philosophique qui prétendait guérir, au dix-septième siècle comme au dix-huitième, les maux sociaux et politiques engendrés par les querelles religieuses. A mon estime, le déisme est, aux côtés de la mystique, une voie de la transcendance qui affranchit le sujet pensant de la bibliolâtrie, du sectarisme et du communautarisme, fléaux d’aujourd’hui. Je vous concède volontiers que cet essai est un amusement de lettré, peut-être même un radotage d’érudit. Dans la clairière du soi, le bibliophile danse avec le moraliste. Ce nonobstant, je me rebecque contre la suggestion qu’il s’agirait d’un pastiche, bien que quelques pastiches l’embellissent. Car, au siècle des Lumières, personne n’écrit de cette manière. Ce style, perfidement archaïsant et précieux, latinisant parfois, pédantesque toujours, je le revendique hautement comme mien.
Puis-je aussi y voir un manifeste du dandysme, car il y a du Des Esseintes chez votre héros ?
Le rapprochement que vous proposez me surprend. Rassurez-vous, cette parenté accidentelle ne me gêne aucunement ! En vérité, le héros vit à l’image des gens de condition de son époque. En ce qui concerne ma posture littéraire, je ne crains point d’être taxé d’antiquomanie, ni d’ailleurs d’être stigmatisé pour mon amphigourisme, voire conspué comme esthète du verbe. Il me convient que ma posture soit résolument à contre-courant. Notre langue étant si élégante et opulente, et le sabir contemporain si vulgaire et indigent, c’est lui rendre hommage que d’exhumer des vocables choisis, de les rédimer de la désuétude où ils croupissent ! Le troupeau des litterati se divise, me semble-t-il, en deux classes : les brebis qui suivent le berger du « politiquement correct » et celles qui s’en écartent. Pour mon salut, j’appartiens à la seconde catégorie. Surtout qu’aucun berger ne s’avise à me contraindre à rentrer au bercail ! « On renonce plus aisément à son intérêt qu’à son goût » de l’aveu même du sapientissime duc et pair. D’une certaine manière, votre inquiétude philosophique rejoint la mienne. Mais que j’eusse aimé posséder ce courage qui est le vôtre, pour oser proclamer urbi et orbi l’horreur que l’anti-culture contemporaine m’inspire ! Elle a sur mon cœur l’effet d’un émétique. Au demeurant, si ma pensée et ma parlure avaient l’heur de déplaire aux coryphées de la bien-pensance et de la bien-jactance, thuriféraires stipendiés de la néo-barbarie, croyez bien que j’en serais fort satisfait. Une vocation, que je n’ai point, se trouverait magistralement justifiée, avant même que j’eusse à m’inquiéter de l’utilité éventuelle de mes lucubrations intempestives de petit savantas en robe de chambre.
Jean-Loup Seban, Otiose ou l’ociosité vengée, Ed. Magermans, Andenne, 20 €. Se trouve chez Touzot à Paris.
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05 septembre 2007
Le Songe d'Empédocle
Le Songe d'Empédocle, roman, L'Age d'Homme, 2003 (Prix E. Martin)
Roman initiatique, Le Songe d'Empédocle narre le périple entrepris par le jeune Oribase, lancé à la recherche de la Phratrie des Hellènes, une mystérieuse société secrète qui, depuis vingt-cinq siècles, transmet les mythes et les rites de la Grèce des sages et des chamanes. Le fondateur de la Phratrie serait Empédocle d'Agrigente, penseur de l'éternelle alternance entre l'Amour qui tout étreint et la Discorde avide de sang, entre Aphrodite et Arès. A la fin du vingtième siècle, alors que le vieux continent sort exsangue des Grandes Conflagrations et que la Phratrie des Hellènes traverse une phase de déclin, Oribase reçoit pour mission de rassembler ce qui est épars et, tout d'abord, les quatre parties d'un polyptyque dû au génie d’Arminius, un peintre maudit. Cette quête mènera le jeune homme de la campagne brabançonne à la Forêt de Brocéliande, de la Rome souterraine au sanctuaire de Delphes, et jusqu'aux Indes, sur les rives du Gange. A la fois aventure spirituelle et parcours philosophique, Le Songe d'Empédocle illustre un type d'écriture au-delà des modes, mais que l'on rapprochera des grands voyages romantiques et du réalisme magique.
"Christopher Gérard pense à contre-courant du siècle et écrit à contre-mode de la platitude littéraire d'aujourd'hui. C'est un auteur hors norme, qui fait craquer l'univers confiné du parisianisme, qui largue les amarres, gonfle les voiles pour le départ du voyage de l'apothéose romantique. Une singularité éclatante inspire et soutient sa nostalgie cosmique (…) Aucun des travers de l'académisme ornemental et sous surveillance des augures; mais le libre mouvement du romanesque magique qui, dans une langue naturelle et limpide, rappelle les réussites majeures d'André Fraigneau" Pol Vandromme, Dernières Nouvelles d'Alsace
"Sa quête est toute de noblesse et de dépouillement." Jacques Franck, La Libre Belgique
"Un roman très érudit, d'une belle écriture, riche en images frappantes ou charmeuses." Jacques Crickillon, Lectures
"Voilà un roman qu'eût aimé Abellio, un "roman du huitième jour"." P.-L. Moudenc, Livres propos.
"De ce livre qui concilie la haute culture et une réjouissante alacrité, de ce roman pétulant qui est une somme, dire que c'est un pur joyau ne serait pas faux. Ce serait banal, insuffisant." David Mata, Eléments
"Voici quelques années, en lisant la relation biographique de son Parcours païen, nous avions pressenti que nous avions davantage affaire à un véritable écrivain qu'à un spécialiste de la mythographie. Avec ce songe d'Empédocle Christopher Gérard confirme son appartenance inspirée à l'ordre intemporel des adeptes de l'orbe littéraire. (…) Dans ces temps de reconnaissance et de regroupement qui sont les nôtres, Le Songe d'Empédocle a déjà stature et statut de signe. Des Dieux." André Murcie, Chroniques de pourpre
"Un jeune et talentueux auteur belge, Christopher Gérard, dans un roman aussi passionnant que savant, Le Songe d'Empédocle, entraîne ses lecteurs sur les traces d'une société initiatique imaginaire, la "Phratrie des Hellènes". (…) Relier, comme il arrive à le faire brillamment, au-delà de l'espace et du temps, les cultures grecques, étrusques, iraniennes, celtiques et indiennes est une salutaire bousculade de nos habitudes culturelles. Sa description de cette société initiatique idéale témoigne d'une remarquable connaissance, vécue ou non, d'une telle démarche." Francis Baudoux, La Franc-maçonnerie: une psychothérapie de groupe pour gens dits "normaux"?
"Alors que le sinistre nocher, Charron pour ne pas le nommer, convoie les vivants au royaume des morts, Christopher Gérard procède d'une autre logique, exhumant des ténèbres infernales tout un peuple de dieux et de héros pour les rendre au rivage verdoyant de la vie. Le Songe d'Empédocle s'inscrit dans cette veine secrète et surnaturelle de la littérature française, celle qui s'enfonce au plus loin dans le cœur élémental et ardent de notre présence au monde et renoue ainsi avec les matrices ouraniennes de la haine et du désir entremêlés." Adrienne Bonnel, Situation critique
"J'aime votre livre. Pour son titre d'abord, qui ouvre à la pensée le troisième espace comme dirait René Char, pour sa méthode ensuite, et le parti que vous avez pris de faire assister le lecteur à une errance, à un voyage initiatique. (…) Brocéliance, Merlin, Dada, l'Ordre teutonique… Oui, voilà le vrai savoir. Grâce à vous, l'eau parlante ne s'est point tarie…" Yves Battistini
"Ton merveilleux livre, qui ne s'adresse qu'à des hommes - et des femmes - capables de faire leur "révolution intérieure" ou l'ayant déjà faite (…) Toi aussi, tu nous enseignes la ferveur." Jean Mabire
21:40 Publié dans Opera omnia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman initiatique
Bruno Favrit
Grand voyageur devant les Immortels, Bruno Favrit est un adepte de la haute montagne, l’un de ces esprits solitaires qui aiment à méditer du haut des cimes. Dans son premier roman, qui fait suite à plusieurs essais (dont un rafraîchissant Nietzsche aux éditions Pardès), il entraîne le lecteur des sommets balkaniques aux vignes de Provence sur les traces d’un proscrit, un reître en cavale, rescapé d’une guerre perdue. Fanatiquement rebelle au monde techno-marchand, ce ksatriya égaré fuit le siècle et ses tentations, vivant comme un animal traqué et pratiquant une méditation sans rien de transcendantal. Il s’agit bien d’un périple spirituel, une peregrinatio, aventure autant intérieure qu’extérieure, et d’une leçon de liberté. L’homme recourt aux forêts et aux rochers pour s’immerger dans une nature divine, la seule loi qu’il accepte encore. Pour dépeindre cet éreintant parcours, B. Favrit use d’une prose anguleuse comme une paroi, dont l’âpreté souligne son indocilité foncière, celle du desperado. Disciple de Diogène et de l’empereur Julien, le héros nous convie à le suivre dans sa guerre sainte, celle qu’il mène contre les Infidèles – et contre lui-même. A lire ce récit abrupt, comment ne pas songer au fragment XVIII d’Héraclite : « Qui n’espère pas n’atteindra pas l’inespéré, qui est au-delà de toute recherche et à l’écart de toutes les routes » ?
Bruno Favrit, Criminel de guerre, Editions ACE, 126 p., 15€
17:38 Publié dans Figures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, montagne


