04 juin 2012
Dulle Griet, faux écrivain mais vrai pillard. Un cas de vampirisme littéraire
Ouvrant le paquet que m’adresse un ami journaliste, j’en extrais un gros polar, Petits meurtres chez ces gens-là, qui serait l’œuvre, je cite la quatrième de couverture, d’un « écrivain bruxellois lauréat de plusieurs prix littéraires » et qui s’appellerait … Dulle Griet !*
Lequel de mes confrère aurait jugé bon de se dissimuler sous le pseudonyme de Margot l’Enragée ? Dès les premières lignes se révèle l’imposture : mal écrit, ficelé de travers, le livre apparaît pour ce qu’il est en réalité : un mauvais brouillon de premier roman, dénué de style, de souffle et de rythme. Le récit confus de meurtres dans la capitale belge, mêlant socialistes francs-maçons, extrémistes flamands et un condamné pour affaires de mœurs.
Pourquoi en parler alors ?
Le hic - hommage du vice à la vertu ? - est que « Dulle », faux écrivain mais vrai pillard, s’inspire de façon obsessionnelle, quasi maniaque, de mes livres, Aux Armes de Bruxelles et Porte Louise : lieux, établissements, étapes gastronomiques, allusions historiques et expressions bruxelloises s’accumulent sans humour ni grâce aucune, au point de donner le tournis - mais jamais l’envie de cheminer aux côtés du mystérieux « lauréat ».
Détail significatif : au contraire de Laszlo Vogelsang, qui se parfume avec Pour un Homme de Caron, ce vampire masqué, lui, ne s’asperge que d’eau de Cologne.
Christopher Gérard
Le 26 mai 2012
* Une pensée émue pour Dominique Rolin, récemment disparue.
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14 mars 2010
Du foulard comme signe extérieur de croyance
Voici un extrait de mon dernier roman, Porte Louise, dans lequel mon héroïne, Louise, débat avec une amie de la présence grandissante dans nos villes du foulard islamique.
« Je profite de l'euphorie pour raconter à Hélène mes retrouvailles avec la ville et lui fais part de ma surprise devant le nombre de mahométanes en foulard.
- Oui, rétorque Hélène, cela donne à la ville un aspect exotique…
- Excuse-moi, tu vas me trouver périphérique, mais j'y vois plutôt une crispation que l'expression d'une coutume, par ailleurs interdite dans la plupart de ces pays.
- Oh, tu sais, Louise, ces femmes veulent sans doute marquer leur différence. Regarde toutes ces filles qui exhibent leur lingerie, n'est-ce pas aussi critiquable? Pourtant cela ne scandalise personne, surtout pas les hommes, de réduire ainsi la femme à un objet de concupiscence. Comme si nous étions condamnées à exciter les mâles. Et puis, un foulard met le regard en évidence, non?
- Non. C'est un signe de soumission. L'acceptation d'une pitoyable vision de la femme, qui pour ne pas tenter le mâle devrait se couvrir. Impensable pour une Celte!
- Ne monte pas sur tes grands chevaux, Louise! Il faut être tolérant. S'enrichir de nos différences …
- Tout à fait d'accord avec toi pour trouver répugnante cette manie d'exposer strings, piercings et tatouages. Je vois cela comme une agression, subtile si j'ose dire, mais bien réelle. La femme et l'homme, réduits à de la viande qu'il faut marquer, mutiler, étiqueter comme dans une boucherie.
- Ah tu vois…
- Mais de là à considérer une femme comme vertueuse parce qu'elle se flanque un morceau de tissu sur les cheveux! Et toutes celles qui laissent leur chevelure libre tout en étant habillée avec décence? Sont-elles moins dignes de respect?
- Tu as raison, mais…
- Hélène, tu m'étonnes. Je pensais que pour toi la liberté ne se discutait pas! Et là, face au quadrillage mahométan, tu tergiverses. Tu cèdes.
- C'est délicat. Sur un plan citoyen …
- Oui ou non, acceptes-tu le symbole? Pense un instant à toutes ces gamines, forcées de s'harnacher pour éviter d'être montrées du doigt, - ou pis. Ce foulard n'est jamais qu'un signe extérieur de conviction. C'est-à-dire la preuve d'une soumission à un code totalement étranger à notre civilisation. »
© Christopher Gérard, Porte Louise, L’Age d’Homme 2010.
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06 décembre 2006
Schola delenda est
En mars MMV, je m'insurgeais contre le contrat stratégique pour l'école francophone de Belgique concocté par les services de la ministre Arena. Dans un texte largement diffusé, jusque chez notre vice-premier ministre, et partiellement publié dans L'Echo de la Bourse, je rappelais que arena, ae est aussi un nom latin, de la première déclinaison en -a. Faisant référence au dictionnaire Gaffiot, je donnais les sens multiples de ce mot utilisé depuis au moins vingt-trois siècles: le sable, le terrain sablonneux, le désert, le rivage, l'arène et, par conséquent, les combats du cirque. Quelle plus magnifique démonstration de l'infinie richesse d'une langue qui, en deux millénaires, a modelé le mental européen? Quelle plus belle preuve de l'utilité du latin pour inciter l'élève, quelles que soient ses origines, à développer son sens de l'observation et de l'analyse, à approfondir la connaissance de sa propre langue? Instrument idéal de promotion, le cours de latin permet ainsi à des enfants issus des milieux les plus divers de s'initier aux plaisirs subversifs de l'étymologie, sans doute l'arme de destruction massive par excellence de tous les slogans, publicitaires ou politiques.
Ne voir dans le latin qu'un méchant instrument de ségrégation sociale relève du procès d'intention que le témoignage de n'importe quel professeur balaie sans peine. Combien sommes-nous à avoir trouvé dans le cours de latin un antidote contre le désespoir, contre la bêtise des adultes avec leurs divorces "indolores", leurs calculs sordides… Combien sommes-nous à avoir trouvé, dans l'étude acharnée des déclinaisons et dans l'immersion au sein d'un monde à la fois proche et lointain, un tremplin vers une libération spirituelle, intellectuelle autant que sociale?
De ce projet, je critiquais le charabia, d'une lourdeur et d'un pédantisme à donner la migraine, les néologismes en cascade, tout l'arsenal du "pédagogisme" le plus dogmatique et le plus obscur, à un point tel qu'on se demande si l'objectif n'est pas justement d'imposer à la communauté éducative une novlangue incapacitante. Pédagogisme qui se révèle pour ce qu'il est: non point un savoir fondé sur l'expérience, mais une idéologie technocratique, celle des pédocrates de cabinet, opposés aux pédagogues de terrain, aujourd'hui sommés de réciter le nouveau catéchisme. Un exemple? La sacro-sainte notion de "compétence", jamais définie de manière claire mais correspondant parfaitement aux critères de la rentabilité marchande, car aisément quantifiable. Avec R. Debray, aux compétences préférons les aptitudes, qui ont le mérite de rompre avec cette "logique d'esclave, celle du salaire aux pièces ou du travail en miettes"(Pour l'amour de l'art, Paris 1998).
Autre élément remarquable de ce projet, la mise en accusation à peine camouflée du monde enseignant. Ce dernier, dont le statut s'est constamment dégradé depuis trente ans tant en France qu'en Belgique (nominations tardives, traitement médiocre, image de marque dépréciée par tous y compris par des ministres), dont le travail a été rendu harassant (classes surpeuplées, programmes illisibles, inflation de la paperasse, horaires mal conçus - par exemple pour les conseils de classe et autres délibérations), prié de faire toujours mieux avec toujours moins, se trouve en fait en première ligne, frappé de plein fouet par les effets pervers de l'utopie globalitaire. Souvent inconscients de ce fait par manque de recul, les enseignants sont en fait les premiers à payer les frais d'une faillite, celle d'un système techno-marchand qui broie impitoyablement les personnes (explosion de la famille), dilue les cadres de référence autres que financiers et impose lentement mais sûrement un mode de pensée unique dont les prétentions émancipatrices cachent mal une praxis aliénante. Ainsi l'éducation y était-elle définie comme "le premier vecteur d'émancipation". Fort bien, mais la transmission? Car le rôle de l'école n'est-il pas avant tout de transmettre un héritage qu'il appartiendra aux jeunes générations d'enrichir et de transmettre à leur tour? Face au grand laminage qu'on appelle mondialisation, face au brouillage grandissant des repères, seule l'identité de chacun, qui est son héritage actualisé, offre une protection contre les dérives intégristes et consuméristes. Paradoxe majeur que celui d'une école où tous rivalisent de bons sentiments, mais qui, cédant à l'utilitarisme le plus borné, prépare ses élèves à une soumission complète aux lois de la technique et du marché. Comme l'a bien observé M. Bougard (L'école et ses dupes. Libres propos sur quelques mythes pédagogiques, Labor 1996), l'un des risques majeurs de ce processus d'involution consiste en une "dilution de la logique qui doit amener chaque élève et étudiant au stade de crétin militant". Nous parlons bien d'un enseignement de l'ignorance, pour citer l'essai de J.C. Michéa.
Parmi les dogmes de cette bonne pensée, celui de l'intégration par décret, en lieu et place d'assimilation par l'effort. Toujours, il s'agit, pour réduire les fractures sociale et ethnique (ce dernier point, n'est jamais abordé avec franchise), d'imposer d'en haut ce que d'aucuns nomment joliment "la valorisation des bonnes pratiques".
Un essai récent, d'un courage et d'une lucidité admirables, vient nourrir ces réflexions. En voici un aperçu, sous forme de citation: "Il nous faut métamorphoser les anciennes armes des "nantis" en armes de résistance contre la perte de la mémoire et de la faculté de s'exprimer, la dissolution dans le présent, l'obéissance aux sirènes de la consommation ou à la dictature spirituelle du livre unique". En quelques mots est ainsi résumé le stimulant essai de Michèle Gally, professeur de Lettres classiques à l'Ecole Normale Supérieure, qui fonde sa démonstration sur cet inquiétant constat: notre civilisation est la seule, et la première dans l'histoire, à nier ses propres valeurs comme à refuser de les transmettre. Pour citer Pascal Quignard, dans Les Ombres errantes: "Les lettrés ne peuvent plus se tenir debout aux côtés des feudataires. Le brahmane et le rajah ne se parlent plus. Pour la première fois la forme d'une société s'oppose à l'existence d'une littérature". C'est sans doute ce qui me frappe le plus depuis vingt ans que j'observe la déglingue programmée de l'école: ce refus conscient de transmettre une tradition, qui n'est jamais qu'un suicide différé, un suicide sans courage. D'où le plaisir et l'approbation éprouvés à la lecture de cette savante déconstruction des utopies liberticides. Derrière les slogans modernistes et égalitaires - dont le grotesque "école de la réussite" - se cache une idéologie sournoise de la table rase, qui déstructure l'individu et l'enferme dans une amnésie et un narcissisme morbides, pour le livrer pieds et poings liés au système techno-marchand. En ce sens, la "ringardisation" déjà ancienne des cours de littérature et leur mise hors-la-loi ne doivent rien au hasard: "s'il n'y a pas de complot ni de big brother (…), il est des intérêts puissants qui préfèrent l'aliénation des esprits à la faculté de penser par soi-même, la dépendance économique et mentale d'ignorants sans repère, fascinés par les miroirs aux alouettes qu'on leur tend."
De manière lucide, Michèle Gally perçoit dans l'apprentissage des langues dites mortes et des belles lettres (qu'elle refuse de scinder) un facteur de résistance à une mondialisation barbare. Elle rappelle que l'humanisme ne se réduit pas à une banale et souvent peu sincère forme de philanthropie, mais bien comme un idéal de liberté de l'homme par la connaissance de son héritage plurimillénaire. Nous sommes loin de la doxa dominante d'une époque en effet "malade du temps et de la mémoire", une époque qui valorise la dictature d'un présent vide de toute profondeur temporelle, celui des nihilistes. Or, les humanités ou belles lettres - littératures anciennes, modernes et contemporaines confondues en un tout dynamique - constituent un facteur de résistance idéal à cette tyrannie en tant qu'incarnation d'une solidarité effective entre les siècles et les générations. L'humanisme, en fin de compte, n'est-il pas la conscience du temps alluvial, de l'indispensable multiplicité des mémoires, de la rencontre féconde avec des ancêtres parfois lointains? Mais voilà, depuis 1968 au moins, toute solidarité avec les prédécesseurs est devenue suspecte. Toute transmission se voit stigmatisée au nom d'un modernisme totalitaire, qui diabolise le principe d'autorité pour mieux dissoudre le lien social.
Justement, le latin correctement enseigné pourrait jouer un rôle à la fois émancipateur et intégrateur, en libérant la personne de l'emprise des affects (le viol des foules permanent par la crétinisation médiatique), en tissant entre adolescents d'origines diverses un lien fédérateur. La lecture des littératures, d'Homère à Gracq (un surnom latin, soit dit en passant), exalte la faculté de penser sur un mode critique, par-delà les dogmes les plus insidieux, avec l'humilité qui convient à tout héritier conscient de n'être que le maillon d'une chaîne. Quel plaisir, à quatorze ans, de mémoriser les phrases apprises deux, quatre, dix siècles avant soi! Quel sentiment de continuité, quelle force dans cette incorporation volontaire à cette gigantesque armée des ombres!
Le comble, c'est que les lettrés, qui devraient se liguer pour défendre leur héritage, se soumettent aux nouveaux impératifs catégoriques - le simple nom de Bologne bloque toute réflexion critique sur l'enseignement. Nouvelle trahison, celle de clercs justifiant la démolition générale, celle de pédocrates issus des classes supérieures ("ceux qui parlent le plus haut d'égalitarisme sont ceux qui appartiennent le plus souvent à l'élite sociale"), qui sapent au lieu de maintenir. Qui collaborent au lieu de résister et de "construire des individus qui ne soient ni noyés dans les modes de pensée collectifs d'une société médiatique, ni dans les rituels ressuscités de diverses communautés". Les parents, les professeurs, tous ceux qui sont attachés à la pérennité d'un type d'homme, l'héritier autonome qui à son tour transmet, liront ce livre courageux.
Michèle Gally, Le Bûcher des humanités. Le sacrifice des langues anciennes et des lettres est un crime de civilisation!, Armand Colin.
En complément, je signale l’excellente Nouvelle Revue d’Histoire (NRH, en kiosque), le numéro d’octobre, consacré à l’école, du succès au chaos. On y lit e.a. un entretien éclairant avec le professeur Pitte, président de la Sorbonne Paris IV (« on acceptez la sélection pour les footballeurs, pas pour les étudiants. La hiérarchie existe tant dans le monde animal, végétal qu’humain »).
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19 novembre 2006
Mahomet ou Charlemagne?
Tel est en effet le dilemme posé par l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union européenne. L’adhésion de ce pays extra-européen, qui marquerait la mort politique de l’Europe, serait un non-sens à la fois géographique, historique et politique. Le seul élément positif du débat suscité par la menace turque est qu’il force les Européens à réfléchir sur le sens donné au mot « Europe », sur la forme qu’ils désirent donner à leur communauté de destin. Les lettrés rappelleront que les plus grands esprits européens ont combattu la Sublime Porte, par la plume ou par l’épée : Cervantès, qui perdit un bras à Lépante, Erasme, Victor Hugo et Lord Byron, tant d’autres encore.
Dans notre réflexion, les figures de Mahomet et de Charlemagne peuvent jouer le rôle de symboles des deux options possibles : l’une, prophétique, celle du monothéisme de marché, ne concevant l’Union européenne que comme une zone de libre-échange la plus vaste possible – et donc extensible à l’infini (Le Canada ? Israël ? Le Maroc ?) -, peuplée de consommateurs privés de véritables points d’ancrage, si ce n’est un vague contrat « citoyen » (droits de l’homme et cartes de crédits: la nouvelle traduction de Bible and business). L’autre, celle de Charlemagne, héritière de la Rome des Césars et du Saint Empire, conçoit l’Europe comme un bloc civilisationnel, enraciné dans une histoire plurimillénaire et dans une géographie bien comprise, fondé sur un héritage très charnel, à la fois helléno-germanique et pagano-chrétien, c’est-à-dire un polythéisme des valeurs.
Aux figures de Mahomet et de Charlemagne peuvent se substituer celles de Carthage et de Rome, au mercantilisme des thalassocraties la vision purement politique des empires de la terre. Mais, si j’ai choisi Mahomet, c’est bien entendu pour rappeler un fait essentiel aux distraits: l’entrée dans l’Union européenne de la Turquie – rapidement rejointe par les républiques turcophones d’Asie centrale - signifierait que, dans moins de quinze ans, un Européen sur deux serait musulman, que la première armée du continent serait néo-ottomane et que les Turcs constitueraient des majorités dans toutes les assemblées européennes. Catastrophe historique qui marquerait l’étape ultime d’une stratégie séculaire de sabotage de l’union continentale par les puissances maritimes, Empire britannique tout d’abord, Etats-Unis ensuite. Car, l’étude un tant soit peu sérieuse de l’histoire de la Route de la Soie (devenue aujourd’hui Route du Pétrole, mais c’est le même axe depuis Alexandre le Grand), montre vite qu’une lutte sournoise oppose depuis des siècles deux types de civilisation, deux modèles d’empire. L’actuelle hégémonie américaine permet à Washington, qui a pris la relève de la City, de poursuivre avec autant de cohérence que de patience une vieille stratégie d’affaiblissement de l’Europe, qu’elle fait tout pour couper de la Russie. A ce propos, il est surprenant de constater à quel point certaines élites européennes ont pour Ankara les yeux de Chimène, alors que Moscou leur paraît mille fois plus exotique que la Nouvelle-Guinée ! Cet aveuglement, rarement dicté par la naïveté, fait le jeu de notre ennemi géopolitique, qui a tout intérêt à neutraliser un concurrent potentiel en jouant la carte de la libanisation du continent, commencée avec le Rideau de fer, poursuivie avec ses menées dans les Balkans, de la Bosnie au Kossovo. Une fois l’Europe paralysée, Washington pourra sans crainte tourner ses regards vers ses autres concurrents : Moscou, Delhi et Pékin. Surtout, cassant l’axe eurasien qui commande ce que le géopoliticien MacKinder appelait le Heartland - le cœur des terres émergées -, Washington pourra asseoir durablement son emprise mortifère sur un monde condamné à la soumission et à la misère. En ce sens, le rôle historique des Européens n’est-il pas de résister, en commençant par riposter aux sophismes des amnésiques et des stipendiés ? Accepterons-nous que Rome ne soit plus dans Rome et que flotte sur ses temples écroulés la bannière de Mahomet ?
Christopher Gérard
Paru dans La Libre Belgique du 13 décembre 2002
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"Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats." Recep Tayyip Erdogan, citant Ziya Gökalpturc
Cette citation en dit long sur le rêve de ceraines élites néo-ottomanes. En janvier 2003, le ministre des affaires étrangères turc, Abdüllah Gül, n'a-t-il pas déposé la candidature turque… à la Ligue arabe, ce qui en dit long sur l'européanité de ce pays d'Asie, tout en démontrant que, si les nostalgies impériales d'Ankara sont bien réelles (et parfaitement légitimes), sa prétendue laïcité, elle, n'est plus qu'un dangereux mirage. Dans La Turquie dans l'Europe Un cheval de Troie islamiste? (Editions des Syrtes, avant-propos de Péroncel-Hugoz), Alexandre Del Valle, géopoliticien français, spécialiste de l'islamisme radical, permet de faire le point sur le total non sens que constituerait l'intrusion turque dans l'Union européenne. En raison de son poids démographique, la Turquie, pays asiatique en voie d'islamisation rapide, deviendrait l'acteur prépondérant sur la scène européenne: première armée du continent avec un million de soldats (une armée peu soucieuse d'arguties juridiques ou morales dans son travail de nettoyage des minorités turbulentes), elle serait aussi la plus importante représentation au Parlement européen (92 députés contre 75 pour la France). Au fil des pages, A. Del Valle aligne argument sur argument, chiffres et références (souvent issues de la presse turque) à l'appui. Le résultat est confondant, tant l'aveuglement de certains Européens paraît total. Il est vrai que, comme le souligne dans sa préface Péroncel-Hugoz, ancien grand reporter du Monde: "les WASP encore au pouvoir sur les bords du Potomac ne redoutent vraiment qu'une chose: l'émergence d'une hyperpuissance paneuropéenne, seule capable de tenir la dragée haute à la quasi planétaire hégémonie états-unienne. Ils ont calculé que si l'Europe occidentale, outre le vieillissement de ses indigènes, se trouvait aux prises en permanence avec des troubles ethno-confessionnels type Liban, Yougoslavie ou "djihad de proximité" de nos banlieues, notre continent s'épuiserait à résister aux désordres socioculturels inévitablement liés à l'islamisation de vieilles terres chrétiennes. Déjà désorientés par la forte immigration afro-arabo-islamique non désirée, les Européens n'auraient plus assez de force pour contenir un islam conquérant, dès lors renforcé sur notre sol par le consistant apport humain du jeune colosse turc". Tout est dit, et avec une lucidité terrible… sinon que, une fois la Turquie dans la place, la porte s'ouvrirait toute grande aux républiques musulmanes d'Asie centrale et aux millions de turcophones des confins de la Chine. Comment rêver neutralisation plus définitive de l'Europe, une Europe alors forcée d'oublier Poitiers et Lépante? N'est-ce pas Chateaubriand, diplomate de haut lignage, qui, dans les Mémoires d'Outre-Tombe (livre 30), met en garde les Européens contre "la barbarie en Occident: des Ibrahim futurs (qui) pourront ramener l'avenir au temps de Charles Martel, ou au temps du siège de Vienne"?
18:50 Publié dans Polemos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Turquie, UE


