30 août 2007
Lettre à Maurice Dantec
Lettre à Maurice Dantec, catholique de la fin des temps
Honoré confrère,
Votre Théâtre des opérations III, American Black Box, m'a tour à tour enthousiasmé et exaspéré, pour des raisons exactement contraires à celles que vous prêtez à vos adversaires. J'en ai goûté l'ardeur à vitupérer, dans la lignée d'un Bloy, tous ces producteurs de toxines, ces "caniches autocontrits de l'Occident", ci-devant rouges adeptes de la charia, islamites de synthèse, conformistes cool et autres dégénérés du système techno-marchand. J'apprécie nombre de vos salves contre la servitude volontaire, celle de nos contemporains. J'aime que vous citiez Drieu la Rochelle, Dominique de Roux (émouvant hommage sous votre plume acide), Céline ("écrivain futuriste, pont entre Rabelais et Burroughs"), mon cher Gomez Davila dont vous retrouvez trop rarement les accents, Abellio et, summum de la provocation, Maurras, penseur classique de haut parage.
Quiconque écrit que "la haine de l'aristocratie cache la haine de l'art; la haine de la monarchie cache la haine de Dieu; la haine de Dieu cache la haine de la justice" ne peut être totalement mauvais. Voilà pourquoi je vous écris, aux bons soins d'une revue, Eléments, que vous mitraillez sans discernement. Sachez en effet que la fidélité aux anciens Dieux, la mienne en tout cas, ne se confond nullement avec un quelconque jeu de rôle et encore moins avec des nostalgies totalitaires. J'ignore pourquoi tant de nouveaux Chrétiens se sentent obligés d'en faire trop en caricaturant le paganisme de la sorte, trahissant davantage leurs hantises qu'une foi affermie. La mauvaise foi - sans jeu de mot - cache rarement une sincérité de bon aloi. Trop de zèle nuit à la crédibilité et, si vous avez raison d'écrire qu'on tient un journal comme on tient un fusil, permettez-moi de vous dire, honoré confrère, que vous tirez comme un pied.
Vous ne maîtrisez pas votre respiration et vous appuyez sur la gâchette à tort et à travers, davantage absorbé par la contemplation de Maurice G. Dantec plutôt que par vos cibles. Résultat, vous faites un médiocre sniper, à qui je ne confierais jamais le moindre Dragunov, car les munitions coûtent cher (surtout au marché noir). Et, à force de gesticuler et de signaler votre position, vous risquez une bastos libératrice, celle qui vous enverrait rejoindre "le rivage lumineux de l'Etre" comme nous disons nous autres d'Athènes et de Rome, ou, pour parler catholique, le petit Jésus.
Des mauvaises langues prétendent que vous êtes psychotique, ce dont vous vous scandalisez. Mais pourquoi infliger à vos lecteurs la liste sans fin des psychotropes que vous ingurgitez, sans oublier les drogues, sans oublier ce goût des raclées (reçues plutôt que données), ces tatouages, et ce rock, inframusique qui m'a toujours paru une parfaite incarnation des forces du néant?
J'aime que vous vous référiez, à l'instar de mon ami Jean Parvulesco, au noyau carolingien de l'Europe impériale, au Saint-Empire dont je suis moi-même un loyal sujet. L'actuelle déréliction de notre continent, "hypermarché ouvert à tous les vents migratoires comme mafieux", vous fait hurler de douleur, signe de noblesse. Mais pourquoi, diables, se réfugier au Québec et faire l'article de l'Otan? Pourquoi cette confiance naïve, impolitique, et pour tout dire puérile, dans une Amérique "néo-contantinienne" qui sauverait le monde en éradiquant des réseaux terroristes qu'elle a elle-même formés? Pourquoi ces appels à une croisade dans le style Déroulède: "prions pour que Jérusalem soit épargnée et reste, en attendant qu'elle redevienne Capitale du Monde"? Ah ces majuscules, ces trémolos! Laissez donc cette capitale à tous ses habitants et cessez d'appeler aux armes pour défendre une terre qui n'est ni celle de vos ancêtres ni celle de vos descendants. Ou alors émigrez et prenez du service dans Tsahal: vous serez cohérent, et respectable. Les villes à défendre, nos villes, se nomment Athènes, Rome, Prague et elles ont besoin de tous leurs fils. Pourquoi déserter de la sorte, et insulter ceux qui restent à leur poste?
J'aime que vous ridiculisiez l'antiracisme publicitaire (les "Droâs de l'Haummeuh"), que vous chantiez avec lyrisme nos mégalithes dressés depuis six mille ans. Je jubile quand je lis que, à un "marxiste tendance Groucho", vous rétorquiez, superbe: "et moi, je suis franquiste, tendance Dali". Vous avez du panache quand vous voulez! Du courage aussi, mais vous manquent la maîtrise et la sérénité, fruits d'une connaissance de soi théorisée par nos Pères, ceux d'Athènes. Vous manque le "rien de trop" delphique, celui d'Apollon, notre Seigneur à nous, qui n'est pas un sauveur, Dieux merci, mais un inspirateur. Vous manque une claire vision des cycles, comme vous aveuglent cette obsession d'apocalypse (un genre littéraire juif à l'origine, devenu un leurre pour Gentils), cette rage théologique (parfaitement hérétique, soit dit en passant, car, pour ne citer qu'un exemple, le mot charité vous semble inconnu), cette croyance absurde que "c'est la fin", tout un fatras messianique appuyé sur une érudition mal digérée ou carrément fantaisiste (vos propos sur les présocratiques ou sur Platon frisent le ridicule). Mais non, honoré confrère, le secret, terrible, est qu'il n'y aura pas de fin. Ni de sauveur: ni la VIème Flotte ni la Sainte Face. Aucune présence surnaturelle, ni le bonheur ni même le malheur. Vision autrement grandiose, car tragique, de ce que Homère, l'éducateur de l'Europe, nomme le rapide Destin. Vision qui ne peut qu'inspirer une joie sauvage aux meilleurs, ceux qui refusent ces illusions consolatrices: salut, progrès, fin de l'histoire.
Il est temps de conclure. Votre révolte contre le nihilisme est salutaire, mais pour s'inscrire dans la durée, pour dépasser le niveau de l'appel au secours ou du prêche évangélique, elle devra s'appuyer sur bien autre chose que des vociférations hurlées avec démesure. Elle devra éviter l'écueil sur lequel vous trébuchez sans cesse: la parodie, car, honoré confrère, vous demeurez, quoi que vous prétendiez, un enfant perdu de la décadence.
Puissent les Dieux vous donner la force de devenir un Véridique!
Christopher Gérard
Paru dans Eléments 125, été 2007.
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22 août 2007
Marcel Schneider
Sacrum Imperium
Sacrum Imperium Romanum Nationis Germanicae : tel est bien le fondement de la puissante nostalgie qui habite les meilleurs des Européens, dont Ernst Jünger fut le modèle au XXème siècle. Voici révélé en quelques mots – latins – le contenu du livre que Marcel Schneider, ami de Dumézil, fin mélomane et grand connaisseur de la civilisation européenne, a consacré à l’énigme allemande. L’ouvrage est dédié au Maître de Wilflingen, « le poète d’idées le plus génial depuis Nietzsche », dont l’itinéraire est retracé dans le dernier chapitre. Sa conversion tardive (à 101 ans) au catholicisme maternel, est d’ailleurs expliquée par cette nostalgie d’Empire : le rôle de la théologie ne fut pas déterminant chez cet adepte d’une conception cyclique du temps ! Grâce à une culture d’une ampleur étonnante, une culture très vieille Europe, l'auteur a bien compris l’âme et les valeurs du Deutschtum : « la vaillance, le mépris du danger, le culte de l’exploit héroïque et de l’effort, la fidélité au suzerain et à la bien-aimée, le fatalisme qui fait accepter la mort, non seulement avec résignation, mais avec une joie sombre. L’amor fati, cet acquiescement passionné au destin, ce consentement profond, presque viscéral que l’Allemand fait aux lois inéluctables de la nature ». M. Schneider rappelle fort à propos l’importance de la fascination celtique et de la tentation occitane dans la culture allemande. Sur Nietzsche, l’auteur se surpasse : « Jamais Nietzsche n’a mieux laissé éclaté son mépris de la bourgeoisie triomphante abrutie par le nationalisme et la démocratie qu’en privilégiant le mythe de l’Eternel Retour. La grande idée de Platon et d’Aristote que le temps est cyclique, que l’humanité connaît des périodes de grandeur et de décadence, que tout s’abîme et renaît, qu’il n’y a ni amélioration ni progrès, que les révolutions cosmiques, que les rotations parcourues par les astres nous enseignent que le cycle est infini, que le temps détruit et restaure, que tout recommence sans fin, sans repos ni mesure, sans raison ni déraison ». Le plus curieux est qu’après une telle exaltation de la Grande Roue, M. Schneider se livre à des professions de foi ...parfois absurdes : la conversion sanglante de l’Europe orientale par les Teutoniques est par exemple présentée comme un « événement fabuleux ». Toute la démarche chrétienne, dans ce qu’elle peut comporter d’intrinsèquement schizophrène, apparaît bien dans ce livre : fascination pour le « mal » (le paganisme) et déclarations vertueuses (l’Eglise serait le « miroir de toute civilisation »). Ceci nous vaut quelques contradictions, dont sa vision de la forêt : « forêt vengeresse », celle d’Arminius, qui incarne le « Paganisme refoulé » (par qui ?) et donc « la puissance de la nature sauvage, la frénésie sexuelle, l’inconscient grouillant (sic) de pulsions malsaines, tout ce que le christianisme nous ordonne de repousser comme appartenant à Satan ». Cent pages plus loin, M. Schneider chante le recours aux forêts d’Ernst Jünger, en oubliant que le résistant au titanisme moderne est le descendant direct du rebelle païen.
Christopher Gérard
M. Schneider, L’ombre perdue de l’Allemagne, Grasset, Paris 1999.
17:45 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Allemagne
07 août 2007
Parcours païen
Parcours païen, essai, L'Age d'Homme, 2000
"Pourquoi recommander Parcours païen de Christopher Gérard? Parce que la pensée païenne abomine la bassesse mercantile. Parce que le païen Christopher Gérard a du talent. C'est un chrétien qui vous le dit." Pol Vandromme, Pan
"Quiconque s'interroge sur l'identité spirituelle de l'Europe ne saurait ignorer cette composante et négliger le livre si pétulant de Christopher Gérard." Bruno de Cessole, Valeurs actuelles
"Un parcours dont l'honnêteté et comme une fraîcheur lustrale me touchent". Jacques Franck, La Libre Belgique
"Son parcours, atypique, voire provocateur, n'est pas celui d'un passéiste nostalgique, mais celui d'un homme de conviction entré en résistance". P.-L. Moudenc, Rivarol
"Il fait sienne la parole du Bouddha: "j'ai vu l'Ancienne Voie, le sentier aryen, la Vieille Route prise par les Tout-Eveillés d'autrefois et c'est le sentier que je suis"." Jean Parvulesco, Contrelittérature
"Ce parcours païen est un véritable journal spirituel. (…) De Zeus à Mithra, de Cernunnos à Varuna, c'est à une majestueuse mise en ordre de l'univers et de son destin personnel à laquelle C. Gérard se livre. Hiératique et surtout pas erratique le parcours gérardien!" André Murcie, Alexandre
"Votre défense et illustration du polythéisme signifie, pour moi, un effort pour faire vivre l'esprit de tolérance en vue d'une humanité de paix où régneraient des dieux multiples." Marcel Conche
"J'ai aussi pleuré sur la mort de Pan." Vladimir Volkoff
21:50 Publié dans Opera omnia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paganisme, spiritualité
06 juillet 2007
Contre les Galiléens
Le Contre les Galiléens de l'empereur Julien (Ousia, 1995)
et Julianus redivivus (Antaios, 2002)
"La présentation et la traduction de Gérard sont d'une élégante érudition." Jacques Franck, La Libre Belgique
"Aisance du style, clarté de présentation, subtilité des analyses, tout est réuni pour permettre au lecteur avisé ou totalement néophyte de se sentir en pays de parfaite connaissance." André Murcie, Alexandre
"J'ai beaucoup plus apprécié la belle édition procurée par Christopher Gérard que l'imprécation elle-même". Marcel Conche, Antaios
"Comme vous l'aviez deviné, j'ai une certaine affection pour Julien et je trouve votre livre - traduction et commentaire - réellement tonique." Claude Imbert
"Julien est pour moi une figure mythique." Michel Maffesoli
"J'ai une particulière amitié pour l'Empereur Julien. C'est dire si votre petit livre m'a intéressé." Jean Dutourd
"Ces quelques pages montrent bien la ferveur de votre érudition. Le sujet, Julien, est admirable. Il y a toujours des moments dans la vie où son exemple fait chanceler." Michel Déon
"Merci pour votre jolie et intelligente plaquette sur notre ami Julien. C'était un type bien, comme nous disons par ici." Lucien Jerphagnon
"Merci de m'avoir adressé votre beau Julianus. Je demeure chrétien, mais je ne suis pas fermé à l'héritage polythéiste de l'Europe." Vladimir Volkoff
"Quarante pages d'érudition pure, un nectar digne des Dieux! (…) Mais les dernières pages de la brochure restent les plus fascinantes. C. Gérard y déverse assez d'idées, de vues, de réflexions, de pistes d'études et de préhension, pour nourrir les thématiques contradictoires de quatre ou cinq colloques…" André Murcie, Incitatus
22:45 Publié dans Opera omnia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, paganisme, christianisme
04 juin 2007
Rencontre avec Luc-Olivier d'Algange
Poésie et métaphysique
Propos recueillis par Christopher Gérard
Mystérieux Luc-Olivier d'Algange! Depuis près de trente ans, il sème à tous vents poèmes et essais dans les revues les plus diverses aux quatre coins du monde. De cet homme, né en 1955 à Göttingen, on sait qu'il a participé à Style, collaboré à plusieurs Dossiers H (Jünger, Daumal, Dominique de Roux,…) et qu'il peaufinait plusieurs essais en y mettant une telle lenteur que le doute s'était insinué dans les esprits les plus favorables à sa quête. Voilà que coup sur coup il balaie les inquiétudes de ses amis avec L'Ombre de Venise (Ed. Alexipharmaque) et L'Etincelle d'Or (Les Deux Océans), deux livres rares où il synthétise des décennies de réflexions sur le Vrai et le Beau. D'emblée, il définit son dandysme comme l'exact contraire de l'hédonisme actuel ("le véritable dandy se voit dans une citadelle assiégée") tout en se réclamant de Platon et de Baudelaire. Refusant avec panache le nivellement et la tyrannie de l'Utile, d'Algange se fait le chantre d'un temps vertical, un temps créateur, comme d'un fanatisme éclairé, qu'il oppose à la tolérance feinte des nouveaux pharisiens. Poète et métaphysicien (pour lui toute poésie est gnose), il fustige le monde de la lettre morte, notre monde moderne, et nous exhorte à la reconquête d'une souveraineté tant intérieure qu'extérieure. A le lire, on songe à un alchimiste égaré dans le siècle des Titans… Ou plutôt l'un de ces exploratores dont parle César dans la Guerre des Gaules: un éclaireur envoyé en territoire ennemi, et qui, dans une solitude quasi totale, prépare une lointaine victoire.
Entretien
Christopher Gérard : Qui êtes-vous ? Comment vous définir : homme de Tradition (plutôt que traditionaliste ?), dandy ?
Les vastes questions inclinent aux réponses les plus ingénues. Nous sommes ce que nous devenons dans une « inscience » divine, que je me figure assez bien sous la forme d’un tourbillon ou d’une spirale. Nous allons à la conquête de notre propre élan. La vie m’apparaît plus hélicoïdale que linéaire… Qui suis-je ? Le plus simplement du monde : un écrivain français pour qui le monde existe. Le monde, c’est-à-dire la terre, le ciel, les hommes et les dieux. Notre langue nous définit de façon plus précise que maintes théories, politiques ou philosophiques, plus ou moins abstraites. La langue française est, pour moi, une rivière scintillante, je la vois courir à travers des paysages, des temporalités, des états d’âme, des nuances qui m’apparaissent d’autant plus précieux que menacés par l’actuelle morale de Panurge, cette « ruée vers le bas », pour reprendre le mot de Léon Bloy. Or, les nuances sont, étymologiquement, les nuages, et le propre des plus belles rivières, de celle dont le bruissement accompagne nos songeries, est de naître de la nuit et de se perdre dans le ciel (ou de s’y retrouver !)… C’est, à tout le moins, ce que nous dit notre rêverie ! Le cours de la langue française, que nous préférons aux discours, féconde les paysages où il passe. Notre langue, comme la France, vient de haut et de loin. Nous en avons une certaine idée née de l’expérience. Et comme le rappelle Novalis, tout est écriture magique, les ailes des papillons, les fleurs de givre, les runes étranges que l’érosion trace sur les pierres. Le monde est récitation et prière, quand bien même « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » La Tradition est ainsi l’exact contraire de l’immobilité ; elle suppose le tradere, c’est à dire la traduction. Et la traduction, selon la vox cordis, la voix du cœur, qu’évoque Pierre Boutang, prouve l’existence du sens, c’est à dire d’un mouvement ou d’une émotion.
Sans bien savoir qui nous sommes, nous savons cependant que nous sommes uniques (non par introspection psychologique ou conviction individualiste, mais en nous remémorant les arguments décisifs de Parménide et de Zénon prouvant que le propre de l’être est d’être unique). Notre dissemblance témoigne de l’Un. Jünger distingue à juste titre, en usant d’un privilège de la langue allemande, le « Einzelne » de l’ « Individuum », l’individu créateur, libre, héritier, selon la formule de Dominique de Roux, d’une « certaine conscience européenne de l’être », de l’individu perdu dans l’individualisme de masse qui nous condamne à laisser parler « autre chose » à notre place, cet « autre chose », n’étant nullement le chant des Muses ou les voix sidérales des dieux mais de piètres idéologies, autrement dit des lieux communs. S’il y a un génie propre à la littérature française, j’aimerais y voir justement le génie des hommes libre. Tout se joue dans cette audace : ne rien laisser parler à notre place, avoir l’audace de cette singularité qui est la véritable fidélité. Les dandies en eurent l’intuition, qui leur épargna les errements des idéologues, des militants, des grégaires. Lorsque le clerc honteux, l’âme viciée par la mauvaise conscience, s’adonne aux marches forcées du « progrès », aux totalitarismes, aux morales collectivistes, le dandy sauvegarde la vérité sous les atours de la beauté.
Etre homme de Tradition, c’est tenter, avec la témérité de ceux qui s’engagent dans une cause qui semble perdue, une résistance à l’idéologie du progrès, sans pour autant devenir platement réactionnaire. Au demeurant, ce qui résiste à la progression du monde moderne, ce n’est pas la réaction ou la régression mais bien la digression, la « sente forestière » dont parlait Heidegger. A la table rase de la modernité, l’homme de Tradition oppose le palimpseste ; au progrès, à la linéarité, il oppose la digression, - ce qui suppose d’abord un autre rapport au temps. Pour le Moderne la fin justifie les moyens, et « l’avenir reconnaîtra les siens ». Pour l’homme de Tradition, le temps rayonne, il émane de l’instant, qui est l’éternité même, les finalités appartiennent au mystère ou à l’indiscernable, la beauté du geste est salvatrice.
J’aime particulièrement cette tradition des écrivains fragmentaires ou digressifs, illustrée par Montaigne ou Pascal, Joseph Joubert, les fusées baudelairiennes, les promenades de Valery Larbaud, les « graviers des vies perdues » de Dominique de Roux, les « Baraliptons » de Philippe Barthelet. Ces écrivains hostiles aux voies ferrées, semblent n’aller nulle part, s’éloignent des voies communes pour mieux faire l’expérience de la proximité ardente. Il me vient à croire que les plus beaux livres sont constitués de paralipomènes ; ce qui importe dans un livre est une invitation vers « l’en-dehors ».
Pouvez-vous retracer les grandes étapes de votre parcours spirituel et littéraire ? Les grandes lectures qui vous ont marqué à jamais, les grandes rencontres ?
Le regard rétrospectif est souvent trompeur, les grandes étapes que nous croyons distinguer dans notre cheminement témoignent bien mieux de ce que nous sommes au moment où nous parlons que du chemin parcouru. Nous confondons, souvent de bonne foi, les auteurs qui nous ont véritablement influencés avec ceux qui nous apparurent comme des confirmations d’une pensée déjà éprouvée. De même que l’histoire est écrite par les vainqueurs, le moment présent détient le secret de ce que nous pensons de notre passé. Or, de mon propre passé, je ne trouve à dire que du bien, mais un bien indéfinissable, polyphonique, versicolore, chatoyant. Je ne puis m’empêcher de voir dans le passé personnel ou hérité un faisceau de circonstances heureuses, de coups de chance, de bonheurs inexplicables, de dons inespérés, quand bien même rien ne m’inclina jamais à me dissimuler à moi-même le caractère désastreux de la situation d’ensemble, dans une France triplement, ou quadruplement vaincue, dont l’hébétude s’est changée peu à peu en un conformisme assez hargneux, voire inquisitorial, au point de faire de tout auteur, une figure assez crédible d’accusé. Dans le domaine littéraire, de nos jours, le rôle de procureur ne le cède, et rarement encore, qu’à celui de l’avocat. Il me semble, au contraire, que les œuvres, par les joies qu’elles nous donnent, par l’énergie nerveuse qu’elles nous communiquent, par les sollicitations sensibles et intellectuelles qu’elle prodiguent, appartiennent aux bienfaits de l’existence, quand bien même elles contredisent à nos convictions ou à nos croyances.
Ma première grande lecture, fut celle, vers l’âge de dix ans, de Balzac. Expérience prodigieuse : l’impression que le Saint-Esprit lui-même était descendu sur terre pour connaître l’humanité ! Je vous livre mon sentiment d’alors dans toute sa naïveté… Il n’en demeure pas moins que ma lecture de René Guénon, de Raymond Abellio ou de Henry Corbin est issue, pour ainsi dire de ma lecture du Louis Lambert de Balzac. Loin de moi d’exclure l’hypothèse que ma curiosité pour la Chine et le Tibet, ma lecture des taoïstes et de Milarepa n’eût été influencée, depuis l’enfance, par les albums de Hergé. Mon père eut l’excellente idée de me faire lire Voltaire et Barbey d’Aurevilly, sans me dire exactement s’il fallait préférer l’un ou l’autre. J’eus ensuite la chance d’avoir pour professeur en classe en cinquième, Jacques Delort, auteur d’un beau livre sur la poésie et le sacré, qui nous fit découvrir, entre autres, Rimbaud, Mallarmé, Stefan George, Saint-John Perse, André Breton et René Daumal. J’étais armé. Mes promenades du côté du Quartier Latin et de Saint-Germain, du temps où les librairies et les salles de cinéma n’avaient pas encore cédé la place aux marchands de ticheurtes et de bouffe, me permirent de parfaire une culture improvisée, je ne dirais pas d’autodidacte, mais d’amateur ou de promeneur. Quelques expériences dionysiaques me portèrent à m’intéresser à Mircea Eliade, Julius Evola et Ernst Jünger. Enfin, je devins un lecteur éperdu des romantiques allemands et anglais dont les œuvres me semblaient non seulement une admirable révolte contre la platitude imposée, mais comme l’approche d’une connaissance de l’âme humaine et de l’âme du monde. Novalis, Jean-Paul Richter, Arnim, Brentano, Chamisso, Eichendorff, Hoffmann, Schlegel, ces noms évoquent une pensée déliée, heureuse, légère où la raison et les mystères s’épousent plus qu’il ne se heurtent, où l’on pouvait croire encore en une civilisation, c’est à dire en une civilité romane, placée sous le signe des Fidèles d’Amour. Si l’on connaît mieux un écrivain en lisant ses livres qu’en dînant avec lui, au contraire du préjugé journalistique et de la psychologie de bazar, deux rencontres demeurent marquantes pour moi, celle de Raymond Abellio, attentif et généreux, et celle de Henry Montaigu, chevalier de l’Idée Royale « quêteur de Graal et chercheur de noise ».
Dans ce monde allergique à la fidélité, quelles sont vos fidélités, vos citadelles pour citer Saint-Exupéry ?
Pour commencer, le beau livre de Saint-Exupéry, Citadelle, auquel vous faites allusion, ouvrage méconnu mais de grand souffle, - un souffle de soleil brûlant, et « politiquement incorrect » comme par inadvertance, sans poses ni grimaces. Remarquons, en passant, à quel point nos classiques sont ignorés. Qui sont les lecteurs de la Vie de Henry Brulard de Stendhal, ou de son Voyage en Italie ? La littérature européenne s’éloigne vertigineusement de nos mémoires. Voyez les commémorations de Corneille, plus que discrètes ! Or, les tragédies de Corneille sont un diapason de l’âme française. Péguy en parle admirablement. Qu’en est-il de la grandeur d’âme ?
Nos citadelles intérieures sont la condition de notre survie individuelle et collective. Elles appartiennent au temps, en tant que succession d’événements sacrés, non moins qu’à l’espace qualifié, et relèvent de ce que Henry Corbin nommait le monde imaginal, qui unit le sensible et l’intelligible. La plus haute de ces citadelles est sans doute l’œuvre de Sohravardî, qui sut unir en une seule force téméraire, l’herméneutique abrahamique, la fidélité zoroastrienne, la philosophie néoplatonicienne et les aperçus védantiques sur la « non-dualité ». Œuvre poétique, spéculative et visionnaire, œuvre héroïque de résistance aux « docteurs de la Loi », l’œuvre de Sohravardî nous montre qu’un philosophe, au vrai sens du terme est d’abord à lui-même son temps propre, l’inventeur d’une temporalité toujours nouvelle, qui n’appartient pas au passé, et moins encore à l’avenir, mais bien à la présence réelle des êtres et des choses. Nous comprenons alors que ce n’est point l’homme qui est dans l’histoire mais l’histoire qui est dans l’homme, de même que ce n’est point l’âme qui est dans le corps, comme un attribut ou une composante, mais le corps qui est dans l’âme, à fleur d’âme, comme on dit à fleur de peau.
Mais citadelles aussi, et par allusion au beau livre de Pierre Hadot, outre les œuvres déjà nommées, les Pensées de Marc Aurèle, les Grands Hymnes d’Hölderlin, - car sont également nécessaires la rectitude intérieure et la foudre d’Apollon, les pierres taillées de la citadelle et le vertige du ciel très-haut, l’impondérable nostalgie de la terre céleste, et même ce péril, « cet azur qui est du noir » dont parle Rimbaud… Les citadelles nous protègent autant qu’elles nous livrent à des forces qui nous dépassent. Elles sauvent autant qu’elles mettent en danger. Je songe à la forteresse d’Alamût, où se réfugièrent les ismaéliens, annonciateurs d’une « Grande Résurrection » paraclétique et dont l’Histoire ne garde qu’une légende noire.
Depuis trente ans, vous écrivez sans relâche, imperturbable. Pouvez-vous évoquer en quelques mots votre conception du travail de l’écrivain, par exemple en partant de deux citations de L’Ombre de Venise (« Les œuvres ne valent qu’opératoires, je veux dire en tant qu’instrument de connaissance. Toute poésie est gnose » et « faisons du mot saveur un mot-clef ») ?
Ces trente ans que vous évoquez me donnent un vague sentiment d’effroi. J’ai toujours l’impression d’écrire pour la première fois et dans la plus grande improvisation. L’art d’écrire m’évoque la navigation. Nous prenons le large sur une embarcation plus ou moins frêle, avec une vague idée de retour, et sommes ensuite livrés à toutes sortes de chances maritimes ou météorologiques auxquelles nous ne pouvons presque rien. La notion de « travail du texte » me semble incongrue : elle vaut pour ceux qui restent à quai et passent leur temps à ripoliner leur coque. Si les œuvres ne sont pas des instruments de connaissance, si elles ne nous portent pas vers des Hespérides inconnues, vers ces « Jardins de la mer » qu’évoquent les Alchimistes, si nous ne sommes pas tantôt encalminés tantôt jetés dans la bourrasque, à quoi bon ? La saveur est le savoir, le sel de Typhon. La saveur est exactement le « gai savoir » nietzschéen, la sapide sapience qui est le secret de tout art de l’interprétation. L’écrivain est aruspice, il s’inspire des configurations aériennes ; ses signes sont des vols d’oiseaux sur le ciel blanc. La fin de l’interprétation est de prendre les choses pour ce qu’elles sont, des Symboles, autrement dit de magnifiques évidences. Nous écrivons pour que les choses redeviennent ce qu’elles sont, dans toute leur plénitude. Nous témoignons d’une préférence pour ce qui est, nous ne voulons pas d’autre monde que celui-ci, qui est à la fois naturel et surnaturel, en gradations infinies, du plus épais au plus subtil, du plus tellurique au plus archangélique. Nous aimons cette joie qui nous est donnée et nous détestons ce qui voudrait nous en exproprier.
L’Ombre de Venise : quelle en est la genèse ? Et le principal angle d’attaque… Car il s’agit d’un livre de combat, n’est-ce pas ?
Toute œuvre est de combat ; c’est exactement ce qui distingue une œuvre d’un travail. La genèse de L’Ombre de Venise fut simplement le dessein de capter un moment de ce dialogue intérieur qui accompagne mes promenades. Je suis, en effet, comme Powys, un écrivain du grand air… Quant au combat, c’est un combat contre l’abrutissement, l’inertie, le ressentiment, un combat contre l’indifférence et l’oubli qui nous menacent à chaque instant. Un combat contre le travail et contre la distraction, un combat pour l’otium. Un combat pour la possibilité d’être dans un corps, une âme et un esprit, autrement dit un combat pour la multiplicité des états de la conscience et de l’être. Tout, dans le monde moderne, semble vouloir nous réduire individuellement et collectivement à un seul état de conscience plus ou moins harassé, hypnotique, triste et morose. Il s’ agit de s’éveiller, de reprendre possession des biens qui nous sont offerts, à commencer, par notre pouvoir d’énonciation de ce beau cosmos miroitant qui nous entoure. La morale procustéenne dispose de mille ruses pour nous affaiblir, j’écris pour en déjouer quelques unes. D’où l’importance de l’œuvre de Nietzsche, qui inspire ces déambulations vénitiennes, exhortations à « l’éternelle vivacité » que nous préférons à la « vie éternelle ».
Vous vous dites anarchiste, comme beaucoup d’hommes d’ordre déçus par la caricature d’ordre à nous imposée. Ne seriez-vous pas, surtout, l’un de ces Impériaux, attaché à une antique légitimité ?
Anarchiste je ne peux l’être que relativement à l’ordre bourgeois, aux simulacres ou aux antiphrases des « valeurs » pétainistes ou « démocratiques », mais nullement en me rapportant à l’étymologie du mot qui veut dire « sans principes ». Car ce sont précisément les Principes qui s’opposent aux valeurs, qui résistent à leur despotisme ! Les « valeurs » sont sociales, grégaires, moralisatrices alors que le Principes sont métaphysiques. Les « valeurs » sont réactives, les Principes sont fondateurs. Rien, désormais, n’est plus « anarchiste », au sens étymologique, qu’un bourgeois. « Ni Dieu, ni Maître », ce pourrait être le slogan du Monsieur Homais nouvelle formule. Ma vie est pleine de dieux et de maîtres, de dieux qui fondent ma liberté, et de maîtres qui me font disciple, et non esclave. C’est la gratitude qui invente en nous les dieux et les maîtres : nous voulons remercier ce beau soleil, nous le nommons : il vit en nous. Tout ceux qui nous ont appris quelque chose sont nos maîtres. Le Prophète Mahomet, parfois bien inspiré, ne dit rien d’autre : « Celui qui t’apprend un mot est ton maître pour la vie ». Quant à la légitimité, elle est ce qui vient de la nuit des temps, et elle se reconnaît par contraste. La laideur du pouvoir de l’argent et de la technique suffit à démontrer leur illégitimité à régner sur nous.
Vous évoquez à chaque page le réenchantement du monde, et même une ferveur païenne. Qu’entendez-vous par ce paganisme… aux accents souvent taoïstes ?
Il y eut, aux dernières décennies du siècle précédent, un fort courant « philosophique », prônant le « désenchantement du monde ». Ces philosophes associaient l’enchantement à la barbarie, l’un d’eux n’hésitant pas à écrire, je cite : « Critiquer la technique au nom de la poésie de la nature est une barbarie » ! On voit bien ce qu’un philosophe héritier des Lumières peut trouver à redire aux enchantements. Mais ces ensorcellements obscurs, cette défaite de la Raison, cette capitulation de l’entendement devant des puissances ténébreuses me semblent bien plus, désormais, le fait de la Technique que d’une « poésie de la nature ». Autrement dit : la conscience humaine, avec ses vertus classiques, ou pour ainsi dire « humanistes », est aujourd’hui bien plus directement menacée par l’hubris technologique, avec ses folies génétiques et ses réalités virtuelles, que par les héritiers de Jacob Böhme ou de Novalis.
L’idée que l’enchantement et l’entendement humain soient exclusifs l’un de l’autre est des plus étranges. Ces dieux et ces mythologies chasseresses dans les jardins royaux, les Contes de Perrault, et, plus proche de nous Jean Cocteau, dans ses œuvres littéraires et cinématographiques, témoignent de l’alliance heureuse entre l’esprit décanté, usant des pouvoirs de la raison et l’enchantement immémorial. Toute pensée naît, pour reprendre l’expression de René Char, d’un « retour amont ». Aux antipodes des philosophes du désenchantement, nous trouvons donc les taoïstes, épris de ces « randonnées célestes » propices aux belles lucidités : « Après la perte du Tao, écrit Lao-Tzeu, vint la vertu. Après la perte de la vertu, vinrent les bons sentiments. Après la perte des bons sentiments vint la justice. Après la perte de la justice restèrent les rites ». Ainsi nous est donné à comprendre, pour nous en garder, le triomphe des écorces mortes : le fondamentalisme moderne et la modernité fondamentaliste qui se partagent le monde.
L’enchantement, loin d’être le signe d’une dépossession ou d’une régression est le signe d’une recouvrance. C’est au moment où nous nous approchons du sens que le monde s’irise et s’enchante. Nous désirons un monde clair, et le mot lui-même renvoie d’abord au son, avant de dire la lumière ou la raison. C’est d’un chant que naît la clarté, comme le disent les poèmes d’Hölderlin. Un monde désenchanté est un monde obscurantiste, « qui ne rime plus à rien », un monde sans voix, ou dont les voix sont couvertes par « le vacarme silencieux comme la mort ».
Avec L’Etincelle d’Or, vous livrez un traité d’herméneutique. Qu’entendez-vous par ce terme et en quoi êtes vous adepte d’Hermès ?
L’herméneutique est l’art de l’interprétation. Premier et ultime recours contre le fondamentalisme, contre les citernes croupissantes de l’exotérisme dominateur l’herméneutique n’est autre que la source vive, le tradere de la tradition, l’attention aiguisée par la véritable fidélité à la lettre. Toute herméneutique est une odyssée. Mais encore faut-il préciser que l’interprétation doit être sacrée et cosmique et non point psychologique, historique, ou sociale. En me référant à ma langue maternelle, je dirais que l’herméneutique est ce qu’on appelle, en allemand, Wesenschau, autrement dit la perception intuitive d’une essence. Elle illustre la devise de la philosophie grecque : sôzeïn ta phaïnomena, sauver les phénomènes. Il ne s’agit pas de nier les phénomènes, de refuser les apparences, de porter atteinte à la légitimité de la lettre (et ainsi de faire triompher quelque abstraction) mais bien de les sauver de l’insignifiance et de l’oubli. L’herméneutique s’attache à ce qui se montre en se cachant, pour ainsi dire le Logos du phénomène, cet invisible présent dans le visible, qui est sa présence réelle, son « acte d’être »… Vaste sujet que nul ne traite mieux que Henry Corbin ! L’alchimie et la poésie dont il est question dans L’Etincelle d’Or (« l’étincelle d’or de la lumière nature ») sont des herméneutiques à la fois immanentes et transcendantes. Elles montrent que les disciples d’Hermès n’ont jamais cessé d’œuvrer en une filiation ininterrompue. Inextinguible est cette flamme claire qui veut transmuter le plomb de la réalité quotidienne, l’accorder au soleil et au bruissement des abeilles d’Aristée. La « science d’Hermès » est d’abord une « luminologie ». Les mots et les choses vivent de l’éclat qui les frappe, de l’intelligence qui les illustre. Le disciple d’Hermès consent à l’épiphanie du mot.
Quel serait le conseil que vous donneriez à un jeune lettré ?
Aucun, de crainte d’être de mauvais conseil. Sinon, peut-être, de sauvegarder en lui, contre les ricaneurs, le sens de la tragédie et de la joie.
Paru dans La Presse littéraire, mars 2007.
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