12 octobre 2009
Aux Armes de Bruxelles
L’Age d’Homme a publié en mars mon dernier ouvrage: Aux Armes de Bruxelles, portrait contrasté d’une ville trop méconnue, y compris par ses propres habitants. A la suite du héros de cette quête amoureuse, lancé à la recherche de la mystérieuse Louise, le lecteur flâne au fil des saisons dans les rues et les parcs de Bruxelles. Il se recueille dans les églises et rêve dans les musées, pousse la porte de boutiques puis s’attable dans des restaurants et des salons de thé avant de rencontrer des antiquaires et des libraires hors du commun. Au cours de cette pérégrination où se mêlent le passé et le présent, il croise Baudelaire et Charles Quint, Ghelderode et Horta, Bruegel et Tintin. Il part à la découverte de lieux singuliers – et de bonnes adresses - sur les traces d’artistes célèbres, dans l'atmosphère typique d’une certaine Belgique, charnelle et magique.
Ouvrage unique en son genre, Aux Armes de Bruxelles est à la fois un guide littéraire et un récit gourmand: un livre de savoir et de plaisir.
Aux Armes de Bruxelles
récit,Collection La petite Belgique,
dirigée par Jean-Baptiste Baronian
186 p., 19 €
http://www.lagedhomme.com/boutique/<...
L'ouvrage d'un collectionneur d'antiques qui aurait trempé une fibule dans l'encre du souvenir. (...)
Une petite douceur qui envoûte par un effet de sortilège tout ghelderodien.
R. Demaeseneer, Le Carnet et les Instants, octobre 2009
Un parcours de lettré et d'épicurien,
un guide de toutes les gourmandises du corps, du coeur et de l'esprit.
Et bellement écrit.
France Bastia, Revue générale, septembre 2009
Léger, vif, jubilatoire, euphorique, espiègle. C’est le ton d’un mousquetaire septentrional qui connaît tous les secrets de sa capitale et nous les fait partager. (…) Christopher Gérard est délicieusement gourmand, il sait préparer les plats tout autant que les livres. Sous sa main experte, l’initiation à sa ville devient comme une dégustation à livre ouvert. Les arts de la plume et de la table y voisinent. Alexandre Dumas et Brillat-Savarin réunis.
François-Laurent Balssa, Le Choc du mois, juin 2009
"Un quadrillage alerte, considérablement plus précis et peuplé de fantômes que les guides habituels"
Claire Devarrieux, Libération du 18 juin 2009
Le livre a aussi été salué par Jacques De Decker dans Le Soir du 27 février : « un livre délicieux, dont on peut dire qu’il est un des plus fervents que la ville ait inspirés ; (…) L’auteur se promène dans Bruxelles comme autour de sa chambre, (…) il pérégrine parmi ses lieux d’élection, librairies, jardins publics, musées, maisons de thé et autres étapes hospitalières d’une capitale dont il nous confirme qu’elle est imprégnée d’un art de vivre sans équivalent. (…) Il nous donne là un ouvrage qui deviendra un talisman que se recommanderont les Bruxellois de souche et de cœur, et un sésame indispensable à ceux qui se sentent la vocation de les rejoindre. »
http://www.lesoir.be/culture/livres/un-sesame-pour-bruxel...
et, à la radio, au micro de l'écrivain Jean Jauniaux:
http://www.demandezleprogramme.be/Aux-Armes-de-Bruxelles-...
Dans La Libre Belgique du 6 mars, Jacques Franck a salué l'ouvrage en termes fort élogieux:
"Christopher Gérard, infatigable piéton de Bruxelles, infatigable lecteur, infatigable fouineur, excentrique rêveur."
http://www.lalibre.be/culture/livres/article/486604/ces-r...
ou, sur parutions.com, la chaleureuse chronique de l'écrivain Frédéric Saenen:
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&sr...
Dans Valeurs actuelles, l'écrivain Bruno de Cessole loue "une délicieuse flânerie dans un haut lieu de la civilisation du Saint-Empire, sous la conduite d'un guide qui sait à la fois voir, décrypter, décrire et écrire."
http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/...
"Vous avez l'imagination nervalienne et rien n'est plus rare aujourd'hui"
Philippe Barthelet
"Plaisant et badin, poli et polisson, curieux et culturel, inédit et érudit, gourmand et gastronome...
brisons là la litanie des adjectifs pour me suffire d'un mot: régal."
Bernard Rio
"Ainsi, grâce à votre texte à la foix charmeur et savant, je finirai par me souvenir de ce que j'ai manqué
- oui, tout cela est exquis et douloureux."
Guy Vaes
" L'auteur traverse la ville comme il traverse la vie, dévoilant ce qu'on ne sait voir, décryptant un passé enseveli sous les ruines d'un monde qui ne demande qu'à renaître."
Alain Lefebvre, Juliette et Victor
"Il faut savoir flâner, s'attarder, savoir perdre un peu de temps, et vous le faites de façon raffinée.
Ghislain de Diesbach
"Christopher Gérard arpente les venelles de Bruxelles en digne fils de cette histoire tourmentée et ensanglantée,
il est le soldat perdu de l'Empire qui ne veut pas mourir.(...)
Il réalise l'impossible union, celle de la plume et de l'épée, celle de la pierre des bâtisseurs et celle philosophale. Rouge du sang des frères humains, et d'or comme les promesses de l'esprit."
André Murcie, Orpheus
Aux Armes de Bruxelles vient de faire l'objet d'une remarquable chronique sur le site
http://www.europemaxima.com/spip.php?article462
sous le titre "Les Fils d'Ariane. Promenade dans une capitale d'Empire" à la date du 30 mai 2009.
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10 avril 2008
Traditio perennis
Traditio perennis
Propos recueillis par Laurent Schang
En octobre 2000 paraissait à L’Age d’Homme, providence des dissidents, mon essai Parcours païen, que je qualifiais d’archéologie de la mémoire. L’ouvrage, rapidement épuisé, a reparu en 2007 chez le même éditeur dans une version revue et augmentée, sous le titre La Source pérenne. Voici ce que le jeune Laurent Schang disait de Parcours païen dans Le Baucent, revue littéraire publiée à Metz.
Acte un. Imaginez un gamin, douze ans à peine, passionné d'archéologie, penché sur le squelette d'un guerrier franc enterré là depuis quoi ? dix, quinze siècles... L'enfant, pas encore un adolescent, s'active pour mettre au jour les restes du vieux Belge qui en son temps dut être un rude gaillard. Pour Christopher plus qu'une pièce de musée, c'est une authentique relique qu'il est en train d'exhumer. Mieux: qu'il ressuscite. Premier sentiment de religiosité, et déjà, confusément, le sens du tragique. L'alchimie s'opère.
Acte deux, quelques années ont passé. Nous retrouvons Christopher, jeune homme toujours passionné de fouilles, dégageant du chantier où il s'affaire une pièce de monnaie romaine du règne de Constantin. On lui a dit que ces ruines, tout ce qu'il reste d'un édifice jadis magnifique, remontent aux premiers chrétiens et à leur frénésie destructrice. Pourquoi un tel déchaînement de violence ? Il frotte la pièce, parvient à lire l'inscription qui y est martelée. En bon latiniste, il n'éprouve aucune peine à la traduire. Soli Invicto Comiti. Sans qu'il s'en rende bien compte, quelque chose se produit en lui, comme une prise de conscience qui va déterminer toute sa vie. Sa religion est faite.
Si vous demandez à Christopher Gérard ce qu'il fait dans la vie, question typiquement occidentale qu'il déteste, sa réponse sera invariablement la même: «archéologue de la mémoire». Avec ça, vous serez bien avancé. Demandez-lui plutôt qui il est, et d'où il vient. Là, il vous répondra tout accent dehors: «Moi, Irlandais, Germain et Hellène»! Né new-yorkais en 1962, d'un père belge et d'une mère d'origine irlandaise, Christopher Gérard n'attend pas sa première année pour faire son grand retour sur le Vieux Continent. Il n'en bougera plus que pour effectuer des en Inde, ce qui, pour Gérard l'indo-européen revient au même, ou à peu près. Une fois diplômé de l'Université Libre de Bruxelles (licence de philologie), Gérard se lance dans l'enseignement. Mais pas n'importe lequel, celui de la plus vieille sagesse européenne, celle que lui a révélé sa formation de latiniste.
Ne manquant pas d'ambition et prenant son courage à deux mains, il écrit à Ernst Jünger, pour obtenir de lui l'autorisation de reprendre à son compte la publication d'Antaios, revue que le nonagénaire auteur du Traité du rebelle avait cofondée et animée avec Mircea Eliade de 1959 à 1971. Jünger accepte. Le premier numéro d'Antaios nouvelle formule paraît sous le parrainage de l'anarque à l’été 1993 (seize livraisons ainsi que plusieurs plaquettes paraîtront jusqu’en 2002). Antaios se veut une source d'inspiration pour préparer le XXIème siècle, dont on sait depuis Jünger qu'il sera celui des Titans, et le XXIIème siècle, celui des Dieux. Depuis, Antaios s'honore d'accueillir dans ses pages Michel Maffesoli, Alain Daniélou, Arto Paasilina, Robert Turcan, Gabriel Matzneff, ou Jean-Claude Albert-Weill.
Le paganisme selon Christopher Gérard? L'expression, superbe, est de lui: «redevenir soi-même macrocosme». Pas de divinité tutélaire, ni de menu à la carte, façon New Age. Pas question de se convertir au brahmanisme ou à l'hindouisme. Ridicule! Pas de mythe de l'Age d'Or. Pas d'illusion sur la technique, mais pas de blocage mental dessus. Pas d'idolâtrie non plus. «Méden agan» (rien de trop). Prier une multitude de dieux revient toujours à vénérer le seul et même dieu démultiplié en autant de services à rendre. Non, le paganisme vrai consiste à révérer l'un et son contraire, Apollon et Artémis, Sol et Luna, tous participant d'un même ordre du monde harmonieux, dans une pratique personnelle, libre et joyeusement acceptée. Une ascèse, un combat aussi, contre le monothéisme génocidaire, l'homogénéisation, les idéologies modernes. Rien de plus éloigné du paganisme que le fanatisme, le sectarisme religieux. Cest pourquoi Gérard n'aime pas le mot foi, et lui préfère fides (sa devise, «Fides aeterna»). Et n'allez pas lui dire que le monde est désenchanté, lui vous rétorquera crépuscule en bord de mer, brame du cerf au petit matin, bruissement du vent dans les branches, chant du ruisseau.
Le Baucent: Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, Christopher Gérard, pourquoi ce titre, Parcours païen ?
Parcours païen est un recueil de textes illustrant le réveil des Dieux dans la conscience d'un jeune Européen d'aujourd'hui. La pensée grecque, surtout celle des présocratiques (sans oublier l'héritage tragique), l'empereur Julien, le souvenir de fouilles archéologiques menées durant l'adolescence, la figure solaire de Mithra, des voyages aux Indes sur les traces d'Alain Daniélou, l'Irlande ancestrale, tous ces éléments à première vue disparates, mais d'une cohérence souterraine, composent le paysage mental d'un «Païen» d'aujourd'hui. La vision proposée est donc personnelle: il s'agit bien d'un itinéraire et d'un témoignage, celui de la permanence d'un courant polythéiste en Europe. En rassemblant ces textes, j'ai voulu offrir au lecteur des pistes de réflexion et montrer que le paganisme est à la fois civilisateur et apaisant. Trop de malentendus, de caricatures l'ont rendu suspect et il était temps d'en finir avec toute une bimbeloterie. Ce recours à la mémoire païenne constitue un idéal de résistance aux ravages de la modernité. Prenons un exemple: les Grecs nous ont livré comme principale leçon de ne se laisser arrêter par aucune question, de refuser tout dogmatisme. Or notre modernité, héritière d'un christianisme désincarné (protestantisé), se fonde sur des dogmes: autonomie de l'individu, mythe du progrès et de la croissance, etc. Etre Païen, c'est opposer à ces chimères les cycles éternels, la souveraineté de la personne, c'est-à-dire des hommes et des femmes de chair et de sang qui héritent, maintiennent et transmettent des traditions, une lignée, un patrimoine au sens large. Je lisais il y a peu le beau roman d'un authentique Païen, Jean-Louis Curtis, Le Mauvais Choix (Flammarion 1984). Ecoutons ce que cet homme remarquable hélas disparu dit du paganisme: «On discerne dans le paganisme une grâce quasi miraculeuse, une intelligence profonde de la vie, du bonheur de vivre. Alors point de religion contraignante, mais seulement des fables gracieuses ou terribles, (...) des choses de beauté qui étaient à la portée de tous». Curtis voit bien que les utopies, ces maladies de l'intelligence, vomissent le sacré parce qu'elles y voient une menace. Etre païen aujourd'hui, c'est refuser les utopies, la marchandisation du monde et le déclin de la civilisation européenne. C'est aussi revendiquer haut et fort une souveraineté attaquée de toutes parts. Je signale qu'en plus, l'ouvrage comprend une défense de l'Empire: du Brabant à la Zélande, de la Lorraine au Limbourg, nous sommes tous les héritiers d'une civilisation prestigieuse. Il nous appartient de rétablir l'axe carolingien, pivot d'un ordre continental digne de ce nom. Adveniet Imperium!
Le Baucent: Vous citez abondamment Ernst Jünger et on comprend pourquoi. Mais que pensez-vous de son compatriote Hermann Hesse, dont l'œuvre immense, disponible au format de poche, présente bien des similitudes avec celle de Jünger, en particulier s'agissant de la vision du monde, et ce malgré deux cheminements dans le siècle à l'opposé l'un de l'autre ? Je pense à Siddharta, Demian, ou Le Loup des steppes.
Vous avez raison de faire référence à cet écrivain «alémanique», que Jean Mabire définit très justement dans Que lire II (1995) comme «le plus fidèle disciple de Nietzsche, mais aussi des romantiques allemands». La lecture de Siddhartha m'a bouleversé autant que celle de Sur les falaises de marbre. Hesse, comme Jünger est l'un des grands éveilleurs de l'aire germanique: tout jeune Européen doit avoir lu Le Loup des steppes, Le Voyage en Orient, Le jeu des perles de verre,... J'empoigne mon exemplaire annoté de Siddhartha et je tombe sur ces lignes: «Qu'un héron vînt à passer au-dessus de la forêt de bambous et Siddhartha s'identifiait aussitôt à l'oiseau, il volait avec lui au-dessus des forêts et des montagnes, il devenait héron, vivait de poissons, souffrait sa faim, parlait son langage et mourait de sa mort». Quelle plus belle évocation du paganisme?
Propos recueillis par Laurent SCHANG, le 8 novembre 2000, anniversaire de l'interdiction de tous les cultes païens par Théodose (392) pour la revue Le Baucent (Metz).
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18 octobre 2007
Maugis
Poète et fin lettré, François d'Aygremont a été initié sous le nom de Maugis aux mystères d'une société secrète remontant à la Grèce antique. Fils posthume d'un héros de la Grande Guerre, le jeune homme au cœur pur affronte diverses tempêtes: la guerre dans les tranchées du Canal Albert et dans les forêts d'Ardenne, l'action clandestine au sein d'un réseau de renseignement et d'aide aux Hébreux persécutés, des amours candides ou vénéneuses, une mission secrète en Irlande, une descente dans les ténèbres infernales et puis la fuite éperdue à travers l'Europe ruinée par les Grandes Conflagrations. Une somme d'épreuves qui, d'Oxford à Bénarès, permettront au poète aux yeux émeraude de lever le voile qui recouvre les circonstances obscures de sa naissance et de découvrir sa vraie nature. Roman initiatique, Maugis entraîne le lecteur dans une quête envoûtante, dans un monde magique à la lumineuse pureté. Ce périple romantique, qui évoque Nerval et Hölderlin, propose aussi une subtile méditation sur le destin, l'art et l'amour, incarné au fil des pages par trois fascinantes figures féminines.
"Ce Maugis est une épopée historique et intime aussi raffinée qu'enlevée". Pascale Haubruge, Le Soir
"Un livre étrange et beau, qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses." France Bastia, La Revue générale
"Bref, autour de l'énigme du monde, le voyage initiatique et la quête d'un illuminé de la plus lointaine histoire poétique comme de la plus haute sagesse intemporelle" Pol Vandromme, Valeurs actuelles
"Nous avons cette chance d'assister, en temps réel, à l'érection d'une de ces structures quadriphoniques que le génie de Lawrence Durell avait initiées avec son fabuleux Quatuor d'Alexandrie (…) Christopher Gérard nous a livré un chef-d'œuvre, un livre d'une richesse incroyable et d'une densité extraordinaire." André Murcie, Incitatus
"Ce qui importe dans ce roman, ce qui en fait l'intérêt et le charme - en l'occurrence, s'impose évidemment le sens fort du latin carmen! -, c'est qu'il développe des harmoniques transcendant le temps et l'espace. L'errance se confond avec le voyage intérieur. (…) Une tentative, à travers la fiction, de réenchantement du monde." P.-L. Moudenc, Rivarol
"Ce livre insiste sur la fonction initiatique et libératrice de la poésie. Ce n'est donc pas seulement l'Ancienne Religion que défend Christopher Gérard, ce sont, hors-temps, les voies du Réel." Rémy Boyer, La Lettre du Crocodile
"Christopher Gérard appartient à la nouvelle cohorte d'écrivains qui ont entrepris de réenchanter l'univers dépeuplé de ses dieux, désertifié par le matérialisme, monde lunaire où des individus erratiques, solitaires, déracinés, aveugles, avides, se croisent, se heurtent, …" Michel Mourlet, La Revue littéraire
"Le rythme tacitéen suffit à m'enchaîner, à me condamner à l'assentiment. Le moyen de n'aller pas au bout d'un livre si bien écrit? Le moyen de ne pas succomber au charme d'un écrivain qui prétend conter l'histoire récente dans la langue des Maîtres - chaque guerrier est Patrocle et Achille et le champ de bataille, toujours, a le visage des faubourgs de Troie? (…) Heureux Christopher, le monde moderne est venu, le hideux XIXè siècle suivi du non moins exécrable XXè, sans contaminer votre plume ou polluer votre esprit!" Sarah Vajda, Les Epées
"Tout un chacun ne goûtera pas ce style en ligne claire, cette prose solsticiale au classicisme épuré, écrite "à contre-mode" comme le constate Pol Vandromme." Frédéric Saenen, Parutions.com
"Maugis est un roman initiatique au vrai sens du terme, qui dans un style d'une clarté chantante, proche de Matzneff et de Montherlant, nous conte les tribulations et les pérégrinations de François d'Aygremont". Luc-Olivier d'Algange, Eléments
"Maugis ravira les amateurs de littérature bien ordonnée, un rien sévère, les lecteurs d'intrigues policières comme les chercheurs en ésotérisme." Arnaud Bordes, Le Journal de la Culture
"Surprenant parcours, de l'université d'Oxford au toit du monde, où les oies sauvages rejoignent des dieux pour le moins exotiques." Jean Mabire, Nouvelle Revue d'Histoire
"Ernst Jünger l'ambigu aurait apprécié votre secrète épopée. (…) Grand merci, cher Poète, de m'avoir offert l'occasion d'une lecture différente." Guy Vaes
"Bref, tout au long de votre roman, j'ai passé la frontière entre l'immédiat et l'au-delà des apparences, plongé dans cette lecture du monde qui est le propre de notre lumina le plus intime." Jacques Henrard
"Vous devez vous amuser prodigieusement en écrivant. D'accord, on n'écrit pas pour tromper l'ennui (encore que certains…), mais chez vous c'est une joie évidente. (…) Vous êtes un écrivain somptueusement décadent: cela manque!" Alain Bosquet de Thoran
"En vous félicitant d'écrire à contre-temps de notre époque si peu spirituelle". Michel Déon
"Je lis ce roman comme une victoire décisive remportée sur la linéarité. Maugis enchante au sens fort du terme." Luc-Olivier d'Algange
"Vous nous offrez l'antidote nécessaire à la médiocrité, à la petitesse, et au néant contemporains." Jacques d'Arribehaude
"C'est d'un véritable joyau qu'aimé des dieux Christopher Gérard nous fait ici le don." David Mata
"Je vais lire Maugis et je suis sûr de ne pas y trouver de fausse monnaie." Jean Raspail
"Un Abellio qui saurait écrire… Voilà CG, intelligent comme un diable, élégant comme Byron, cavalier comme Stendhal, profond comme Billy Wilder c'est-à-dire avec légèreté et c'est là toute la grâce de votre livre, cette façon de traiter de choses graves avec désinvolture. Heureuse qu'il existe dans ce camp où beaucoup firent le choix de Sparte contre Athènes un garçon tel que vous." Sarah Vajda
« Maugis, dont la lecture m’a ravi par la qualité du style, avec des phrases qui semblent gravées dans le bronze de l’Antiquité. » Ghislain de Diesbach
« J’ai le vrai plaisir de vous dire que j’aime beaucoup Maugis. Vraiment et profondément. Belle écriture, classique et nervalienne. Plaisir à se retrouver dans le monde des poètes missionnés, de Virgile à Hölderlin. Dans le souvenir lumineux de cette Hellade au principe de ce que nous sommes et de tout ce que nous aimions quand la pensée marchait à l’endroit. Plaisir à retrouver des lieux et des microcosmes aimés, comme la Bruxelles des Solvay. Comme cette Rome de nos jeunesses… » Christian Dedet
« Je dois vous avouer que j’ai beaucoup et très vivement apprécié votre roman Maugis, sur lequel je me suis réservé le droit de faire un important article, livrer toutes les raisons, y inclus les plus cachées, de la fascination obstinée que ce roman n’a pas fini d’exercer sur moi. » Jean Parvulesco, La Presse littéraire
16:40 Publié dans Opera omnia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, réalisme magique
05 octobre 2007
La Source pérenne
Aux éditions L’Age d’Homme
http://www.lagedhomme.com/boutique/liste_rayons.cfm
La Source pérenne retrace une quête singulière, celle d’un « païen » d’aujourd’hui. La pensée des Antésocratiques Héraclite et Empédocle, le souvenir de fouilles archéologiques durant l’adolescence, les expériences et les réflexions tirées de voyages aux Indes ou dans l’Irlande ancestrale, la proximité des dieux et des hommes, tous ces éléments d’une cohérence souterraine constituent le paysage spirituel de l’auteur. Par un appel à la plus ancienne mémoire de l’Europe, Christopher Gérard fait sienne cette phrase de Martin Heidegger : « il faut une méditation à contre-courant pour regagner ce qu’une mémoire tient pour nous, de toute antiquité, en réserve ». Parti à la recherche des divinités enfuies, l’auteur nous convie à une conversion du regard, à la redécouverte d’une source trop longtemps murée, mais jamais tarie. La postérité littéraire de l’empereur Julien, d’Anatole France à Régis Debray, est étudiée dans un chapitre, ainsi que l’importance d’Alain Daniélou dans le parcours païen de l’auteur. Intelligence et sensibilité se conjuguent dans ce livre d’une grande originalité, qui est aussi celui d’un franc-tireur.
"Quiconque s'interroge sur l'identité spirituelle de l'Europe ne saurait ignorer cette composante et négliger le livre si pétulant de Christopher Gérard".
Bruno de Cessole, Valeurs actuelles.
« L’on ne présente plus Christopher Gérard. Dans cette portion d’orbe européenne qui se décline en ce vieil idiome français de racine latine, il est le plus illustre représentant de ce mouvement informel, protéiforme, chaotique et irrépressible que nous nommerons, faute d’un terme revendiqué par ses adeptes mêmes, la Nouvelle Renaissance Païenne. Nous ne rappellerons pas ici son long combat mené autour de la revue Antaïos, et ses deux premiers romans Le Songe d’Empédocle et Maugis (L’Age d’Homme) qui l’ont classé d’emblée comme l’un des maîtres du renouveau du genre. Nous nous contenterons de renvoyer le lecteur curieux, sur ce même site, à notre troisième livraison du dix-huit janvier 2006, intitulée Un Roman Contemporain.
La Source Pérenne n’est pas à proprement parler un nouveau livre mais la réédition – ce qui est un très bon signe – du premier ouvrage de Christopher Gérard, paru en 2000, sous le titre de Parcours Païen. Pour parler romain, l’opportunité de ce changement ne nous était guère apparue comme relevant d’une priorité absolue. Nous avions peur d’y deviner une peu convaincante manœuvre de communication éditoriale. Reconnaissons que nos frayeurs anticipatives n’étaient guère fondées. Dans sa première mouture Parcours Païen se donnait à lire comme l’itinéraire spirituel d’un jeune européen à la découverte de son originelle identité. Des bois de la Belgique profonde aux rivages de l’Hellade éternelle, de la haute figure de l’Empereur Julien à la rencontre de l’Inde vénérable, du Nord mythique au Sud vivant, nous empruntions des routes qui nous ramenaient aux sources castaliques d’un ancien savoir civilisationnel et rituellique préservé comme par miracle des incessantes attaques menées depuis des siècles par des monothéismes totalitaires, aujourd’hui relayés par des modernités frelatées…
Sept années ont passé. Ce qui fut donné comme un combat, est désormais vécu comme une victoire. Le regard de Christopher Gérard sur son propre parcours est empli d’assurance. A l’angoissante incertitude des débuts a succédé la sérénité des accomplissements. Le foisonnement antésocratique de l’antique physis heideggerienne est toujours-là. Même si la végétation a obscurci la présence de la margelle sacrée, il suffit de suivre le sillage des couleuvres oroboriques pour tremper son visage dans les limpidités de l’eau lustrale.
Malgré de nombreux textes que le lecteur retrouvera pratiquement à l’identique dans les deux volumes, La Source Pérenne est un livre beaucoup plus important que Parcours Païen. Ce n’est pas que Christopher Gérard aurait trouvé quelques formules plus heureuses ou quelques formulations plus percutantes. Tout est question de perspectives. Dans Parcours Païen Christopher Gérard pare au plus pressé. Il s’attaque à la racine du mal. Paganisme contre christianisme, polythéisme contre monothéisme. Tel l’Héraklès sur les bords fangeux de l’Herne il coupe les têtes sans cesse renaissantes de l’Hydre monstrueuse. Mais il ne suffit pas de lutter contre les rejetons visqueux de la pieuvre lernique. Il faut trancher ras le principe génératif de cette cancéreuse prolifération carnivore.
Le païen qui tente de résister à l’assaut du chrétien est un accident circonstanciel de l’Histoire. Il y a longtemps que les chrétiens se sont aperçus de l’étroitesse de leur point de vue. L’on pourrait décrire l’édification de la théologie chrétienne comme la digestion successive de multiples strates païennes. Le rabbinisme christique des premiers temps a avalé au cours des siècles maints éléments des doctrines stoïciennes, du platonisme et du mithracisme… Nous arrêtons là une liste que nous pourrions longuement poursuivre ou détailler… Dans le chapitre « Mysteria Mithrae » Christopher Gérard nous offre le plaisir d’une analyse descriptive, mais qu’il précise non exhaustive, des plus jouissives de quelques uns de ces emprunts qui sont devenus des piliers essentiels du catholicisme ! Les théologiens ont senti venir le danger. Devant la montée de l’érudition d’une fraction non négligeable des élites à la fin du dix-neuvième siècle et la remise en question au siècle suivant des fondements historicistes et dogmatiques des religions monothéiques ils ont dû trouver quelques parades plus efficaces que les sempiternelles et péremptoires objurgations de rares fidèles récalcitrants à l’obligation passive de la croyance en la Vérité révélée. Très malignement le christianisme a tenté de surmonter ses tendances sectaires. Au lieu de gratter là où ça fait mal l’on passera le badigeon de l’oeucuménisme conciliant, l’on ne parlera plus d’hérétiques mais de religions du Livre, la machine du monothéisme a resserré les rangs pour contrer le seul véritable ennemi ; le polythéisme. Mais comme celui-ci embrasse une multiplicité de civilisations en leur essence étrangères à l’idée même de monothéisme, l’intelligentsia d’obédience culturelle catholique a mis au point un concept de tradition religieuse capable de ratisser beaucoup plus large que les instruments messianiques habituels. L’on n’a jamais comparé le travail de René Guénon à celui de Spinoza. Et pourtant un escalier qui permet de s’échapper d’une vision infantile de la représentation de Dieu par un concept philosophique moins naïf est aussi et en même temps l’escalator mécanique qui permet de remonter à ce que l’on avait quitté.
Le lecteur aura compris le sens du nouvel intitulé : le concept de Source Pérenne s’oppose au dogme de Tradition Primordiale. N’allez pas accroire que Christopher Gérard s’en est allé bricoler une notion plus ou moins ingénieuse à opposer aux dogmatiques de la Tradition Primordiale. La Source Pérenne se donne à lire comme une entreprise généalogique de restitution généralisée. Ce qui est en premier n’est pas à l’origine : le christianisme ne s’est pas seulement coulé dans le lit du platonicisme et du plotinicisme il a aussi annexé l’évidence de la multiplicité du monde qui fonde le polythéisme. L’Un exige le Multiple, sans quoi il ne serait que l’indifférencié totalitaire du néant et de l’être. Devant ce scandale de la nécessité de l’existence du Multiple pour assurer sa propre existence, les monothéistes se sont vus obligé de mettre au point cette notion de primordialité temporelle pour assurer la prééminence de l’Un sur le Multiple, qu’ils considèrent comme le gardien du troupeau. Avec la tradition primordiale les pieuses ouailles seront bien gardées !
Avec La Source Pérenne, la vision gérardienne s’agrandit. La pensée de Christopher Gérard a gagné en altitude et en plénitude. Le concept de Source Pérenne est un bélier de bronze qui ne cessera plus de battre les murailles de la Tradition Primordiale jusqu’à leur écroulement final. Ce livre de Christopher Gérard est à méditer. Il est d’abord d’une richesse incroyable. Il n’est surtout pas le résultat de longs et oiseux raisonnements interminables. Il est le fruit juteux de la connaissance savoureuse des choses, des êtres, des gens, des livres et des cultures qui se donnent à vivre selon les concrètes modalités de l’expérience pragmatique de la rencontre d’un poëte, d’un guerrier, d’un Homme libre et ferme, tel qu’en lui-même sa volonté le fonde, avec la chair païenne du monde et des Dieux. »
André Murcie
Publié sur http://littera.incitatus.ifrance.com/ le 16 mai MMVII
***
Rémi Boyer, La Lettre du Crocodile, mai 2007.
« Erudit, profond, pertinent y compris dans ses impertinences, l’essai de Christopher Gérard vient réveiller les consciences dans une défense subtile, vivante et non pas archéologique du paganisme.
Le paganisme dont il est question ici, loin d’être une nostalgie d’un passé idéalisé, un refuge, une fuite, est l’affirmation franche de la reconnaissance du divin dans sa manifestation visible, au quotidien, et du lien sacré entre l’homme et la nature. C’est aussi un combat contre tout ce qui réduit la liberté et la créativité, contre toutes les prisons nées des conditionnements. En ce sens, le paganisme, comme tradition au temps cyclique, est bien davantage le véhicule de voies d’éveil que des traditions au temps linéaire. Christopher Gérard voit aussi dans le paganisme le vecteur du renouveau d’un Occident en détresse, non dans une opposition quelconque à l’Orient mais plutôt en cherchant en Orient, en Inde notamment, les ingrédients du réveil.
Christopher Gérard montre comment derrière le vernis, certes épais, des monothéismes, les mentalités restent païennes et appellent au plus profond d’elles-mêmes au réenchantement du monde : « La religion de l’Europe est d’essence cosmique. Elle voit l’univers comme éternel, soumis à des cycles. Cet univers n’est pas regardé comme vide de forces ni comme « absurde » comme le prétendent les nihilistes. Tout fait sens, tout est forces et puissances impersonnelles régies par un ordre inviolable, que les Indiens appellent Dharma (concept récupéré plus tard par les Bouddhistes), terme qui peut sembler exotique, mais que les Grecs traduisent par Kosmos : Ordre. Depuis des millénaires, notre religion, reflet de la tradition primordiale, pousse l’homme à s’insérer dans cet ordre, à en connaître les lois implacables, à comprendre le monde dans sa double dimension visible et invisible. Le païen d’aujourd’hui, comme il y a trois mille ans, fait siennes les devises du Temple d’Apollon à Delphes : connais-toi toi-même et rien de trop. »
Cet essai veut délier et réveiller, appeler à l’aristocratie de l’esprit, se souvenant que la voie est d’abord une mise en œuvre et non un discours sur l’œuvre. »
***
"Voilà un bréviaire plein d'intelligence et de lumineuse vitalité"
Bruno Favrit
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11 septembre 2007
Autour de La Source pérenne
La revue Eléments (été 2007, http://www.labyrinthe.fr) publie une version partielle de mon entretien avec le critique littéraire Fr. Guchemand. En voici le texte complet.
Dans La Source pérenne, que vient de publier L'Age d'Homme (http://www.lagedhomme.com/), on retrouve, enrichis d'autres textes, des articles qui figuraient dans Parcours païen (L'Age d'Homme, 2000). Est-ce à dire que la démarche qui préside à votre dernier ouvrage participe d'un retour rituel, sept ans après la pose d'un premier jalon important? Plus largement, d'après votre vision cyclique du temps, votre pensée est-elle, selon vous, susceptible d'évoluer encore?
Epuisé depuis plusieurs années, Parcours païen faisait l'objet de demandes pressantes. Mon éditeur et néanmoins ami, Vladimir Dimitrijević, m'a demandé de retravailler l'ouvrage en profondeur pour proposer un nouveau titre. J'ai donc relu ce livre avec sept ans de recul et je l'ai enrichi de textes parus ici ou là. Surtout, l'intervalle "rituel" - coïncidence en effet curieuse - m'a permis d'approfondir ma démarche, aujourd'hui moins polémique qu'à l'époque (1993-2001) où je m'occupais d'une revue de combat, Antaios.
Quant à ce que vous appelez ma pensée, diables, je ne dirais pas qu'elle "évolue", pour la simple et bonne raison que je me sens davantage pensé que pensant et surtout, que ces idées sur le paganisme me trottent dans la tête depuis l'adolescence. Je ne crois pas que, sur l'essentiel, notre pensée évolue, mais plutôt qu'elle se déploie et s'exprime avec plus de clarté. Il s'agit plutôt d'approfondir l'énigme du monde, "d'accueillir le réel" pour citer Marcel Conche, un penseur encore trop méconnu.
Le paganisme se vit au quotidien; il peut s'exprimer de mille façons: par la musique ou l'écriture, par les histoires que l'on raconte aux enfants ou par un geste posé en un moment donné (l’adieu à une personne chère, un feu dans la nuit,…). Dans mon cas, puisque je ne suis ni peintre ni musicien mais homme de l'écrit, ma tâche consiste à verbaliser le mieux possible des intuitions en germe chez moi depuis toujours. Une chose est d'accumuler des références, tel l'écureuil et ses noisettes dans son arbre creux. Plus difficile est la connaissance de soi et du monde, qui seule fonde un discours audible sur le divin.
Pouvez-vous nous expliquer plus précisément les circonstances dans lesquelles s’est passée votre reprise du flambeau de la revue d’histoire des religions Antaios, initialement fondée par Ernst Jünger et Mircea Eliade ?
J'ai été fasciné par le mythe d'Antée dès ma première lecture de ce dernier, à l'âge de dix ans, dans un livre illustré. L'image tirée de ce livre est d'ailleurs encore présente à mon esprit. En mars 1982, j'ai déniché à une vente publique un volume d'Antaios, première du nom (Editions Klett, 1959-1971). L'élégance de ces livres allemands, reliés et à l'impeccable typographie, m'avait frappé autant que la haute tenue des textes: Corbin, Cioran, Nelli, Borges,… Au même moment, j'étudiais en franc-tireur l'œuvre de Jünger et d'Eliade, deux auteurs pratiqués en lieu et place des "syllabus" (belgicisme pour "cours polycopiés") de mon Alma Mater (où Eliade est aujourd'hui mal vu, car "dangereux"). J'avais immédiatement compris l’importance de leur démarche, fondée sur un refus sans concession du nihilisme. Ainsi, lorsque j'ai lancé, avec des moyens dérisoires, la revue sur le paganisme que je ne trouvais nulle part, j'ai tout naturellement choisi Antaios. Eliade étant mort depuis plusieurs années, c'est Jünger qui m’a répondu en me disant que la résurrection d'Antaios le réjouissait et qu'il me souhaitait bonne chance. Quelques mois plus tard, Jünger écrivait à une connaissance qu'il lisait la revue "avec plaisir et approbation". Dans d'autres courriers, rédigés d'une main étonnamment ferme, il m'a encouragé à mener des recherches sur Friedrich Hielscher ainsi que sur son frère, Friedrich Georg, dont l'influence sur lui est encore minorée. Il parle de la revue dans le dernier volume de son Journal, où je figure non loin de D. Venner: "Merci pour Antaios 3. Le numéro, une fois de plus, est excellent. Espérons qu'il y aura encore beaucoup d'autres livraisons".
Vous vous référez souvent à l’Inde, « Terre des Dieux » où vous avez d’ailleurs séjourné. Comment envisagez-vous le fait que ce pays compte désormais parmi les « émergents » qui risquent de se voir gagnés par les dérives du capitalisme sauvage et de la modernité triomphante, voire d’en devenir un nouveau paradigme ?
Vaste problème, mon général! Le cas de l'Inde peut se comparer à celui du Japon. Ces deux civilisations traditionnelles (et polythéistes) sont soumises aux assauts du système techno-marchand. On y voit émerger une bourgeoisie aussi hideuse que la nôtre. Mon plus vif souhait est bien sûr qu'elles résistent à cette menace et qu'elles évitent la tabula rasa que nous avons subie, cette rupture d'avec l'ordre traditionnel. Remarquons toutefois que, d’une part Sa Majesté Impériale Michiko du Japon compose des poèmes raffinés dans la plus pure tradition lettrée, et que de l’autre les sanctuaires tant shintoïstes que shivaïtes demeurent des lieux de prière et de pèlerinage, alors que nos églises, hélas, rassemblent davantage de touristes que de fidèles. En Inde, j'ai rencontré des Brahmanes plongés dans la vie active de ce pays et parfaitement conscients des risques encourus par leur héritage ancestral. Prenez aussi le cinéma chinois : tout un imaginaire traditionnel y est magnifié avec un sens parfois remarquable de l’esthétique. Ces pays émergents visent la puissance, ce qui est de bonne guerre, mais sans ces remords (tardifs) et cette haine de soi qui nous forcent à une repentance morbide, corollaire probable de notre arrogance de naguère.
Y a-t-il des endroits (des lieux, des villes, etc.) où il vous paraît impossible de vous sentir païen ? Lorsque vous évoquez qu’il vous est arrivé de saluer Sol Invictus du haut du Parlement européen de Bruxelles, ne faites-vous pas tout simplement profession de foi d’un archéofuturisme typiquement postmoderne ? Plus généralement, de quels aspects de la modernité un réactionnaire tel que vous s’accommode-t-il le plus aisément ? Et quels sont les aspects que vous en rejetez radicalement ?
Héraclite disait il y a vingt-cinq siècles que tout est plein de Dieu(x). Y compris le métro parisien (station Odéon), y compris les décharges publiques "de notre merveilleuse civilisation occidentale", pour citer Hergé dans Le Lotus bleu. Le genius loci peut être éveillé par l'homme dont le regard n'est pas mutilé, dont le cœur a gardé une fraîcheur d’enfant. Il ne s'agit pas d'une vision extérieure, dictée d'en-haut par je ne sais quel Sauveur jaloux. Plus généralement, le paganisme n'est ni une doctrine, ni une idéologie cantonnée à une chapelle et encore moins une jonglerie de concepts. Parlons plutôt de poétique, de vision du monde, en insistant alors sur le mot vision: une vision mythique qui ne se scinde pas. Quelle absurdité de se sentir païen au Luxembourg, mais pas rue du Temple! Même la plus crasseuse ruelle d'une mégapole en folie peut incarner un aspect du divin, les Enfers par exemple.
En saluant le Soleil du dernier étage du Parlement européen, je ne jouais pas "tout simplement" à l'archéofuturiste - un bel oxymore, soit dit en passant. Je manifestais un moment privilégié de communion entre le corps, l'âme, l'esprit et l’univers ; je rendais grâce, en toute simplicité, à un symbole salué jadis par nos ancêtres, le Sol Invictus des légions romaines, l'Apollon delphien, le Bélénos gaulois,… Surtout, au-delà d'une "croyance" (je ne crois pas un seul instant que le Soleil soit Dieu: il est de Dieu), je goûtais la quintessence de la joie tragique: un jour, ce Soleil, je ne pourrai plus l'honorer ni le voir, ni sentir ses rayons sur ma peau. Chaque salut - chaque baiser - est un instant de gagné sur le malheur, qui s'avance de façon irrépressible.
Si dans La Source pérenne j'avoue éprouver de la tendresse pour divers réactionnaires, de Dioclétien aux Pikkendorff du cher Jean Raspail, je ne me définis pas explicitement comme tel… même si, quasi quotidiennement, je suis bien obligé de me reconnaître en "celui qui réagit" au milieu d'un monde à l'effarante docilité, le monde pseudo-libertaire d'Homo festivus (Muray, qui nous manque déjà), celui fustigé avec talent par un autre esprit libre, Jean Clair : "Dans un temps où tout se détruit, le beau nom de "conservateur". Voire: dans un temps où tout furieux court à la ruine, le fier nom de "réactionnaire"." Va pour conservateur, du latin servare: être attentif, préserver ; et au sens anglo-saxon: "in order to preserve" (Burke). Etre conservateur, c’est avoir une conscience aiguë, globale, de la fragilité des équilibres. Nous savons certes que la vie est aussi faite de dissonances (l’immobilité étant la mort), mais ces points d’équilibre obtenus au prix d’expériences séculaires (en clair : du sang et des larmes) ne peuvent être bousculés sans réflexion, par manie du changement. Le conservateur est empirique (et donc allergique aux utopies en tant que maladies de l’intelligence), modeste (car conscient de n’incarner que le maillon d’une chaîne) et sans illusion sur un hypothétique salut. Il y a à mon sens une poésie, un profond sens du tragique chez tout conservateur authentique. Nicolas Gomez Davila, dont vous avez parlé dans Eléments, dit des choses essentielles sur cette posture.
S'accommoder de la modernité? Mais avons-nous le choix? La disparition des famines, les progrès de la médecine malgré sa commercialisation galopante, la relative protection des plus faibles, un confort minimal accessible au grand nombre (ceux qui ont voyagé dans le Tiers Monde comprendront ce que j’entends par « confort », de même que ceux dont les grands-parents ont eu faim), tout cela je vois mal comment ne pas l’accepter sans passer pour un inconscient. En revanche, l'omniprésence de la technique et l'obsession du profit à court terme, qui modifient à grande vitesse notre mode de vie de même que les relations humaines, me font horreur au même titre que le nivellement par le bas (pléonasme), l'amnésie volontaire et la perte générale de repères - cette dernière donnant naissance à des parodies, comme le mariage des invertis ou les carabistouilles "citoyennes". Nous sommes plongés dans une basse époque, l'Age sombre, caractérisée par une débauche de moyens matériels alliée à une effrayante misère spirituelle, l’absence de sens. Ce nihilisme me révoltait déjà adolescent, mais avec le triomphe sans partage du système techno-marchand et l’accélération du processus d’implosion qui a suivi, mon dégoût parvient aujourd'hui à son zénith. L’ancien monde des ouvriers, des paysans et des instituteurs disparaît à grande vitesse, laminé par une gentryfication et une prolétarisation sans âme. Pourtant, tel est notre destin, et nous devons l’accepter, en vrais stoïciens. Amor fati.
Même si vous vous situez dans une perspective en amont des idéologies et des nationalismes, vos références contemporaines sont plutôt à chercher du côté de la droite, tant buissonnière (Gabriel Matzneff) qu’aventurière (Jean Mabire)...
Vous avez raison de me situer en amont, position qui convient le mieux à un aristo-païen (dans les faits, prolétarisé). Patriote plutôt que nationaliste, je suis favorable à la double médiation royale et impériale. L'esprit de parti, le réflexe militant ("il est de chez nous", etc.) me sont étrangers. Monarchiste belge et européen, je verrais bien sur le trône impérial un membre des Habsbourgs, seule légitimité dans nos régions depuis la Translatio Imperii ad Germanos.
Je ne me livrerai pas au jeu futile « gauche-droite, marchons au pas ». Je préfère me définir au sens large (et à condition de ne pas en faire un parti!) comme impérial-conservateur… tout en gardant à l’esprit que le regretté Jean Mabire, collaborateur plus qu'original d'Eléments pendant un quart de siècle, n’a jamais caché sa sensibilité socialisante et ce dès les années 60 et que Gabriel Matzneff demeure un pur libertaire. Le progressisme dogmatique, que Clément Rosset définit parfaitement comme "la revendication criarde contre les faits au nom de principes moraux", ne m'a jamais tenté: idéologie de paresseux par ailleurs contredite par la réalité, il n'est guère fécond en art et catastrophique en politique. Eléments, que je lis depuis 1981, parle avec une grande sympathie d'auteurs chers à mon cœur: Jacques Laurent, Dominique de Roux, Michel Mourlet, David Mata, l’étonnant Louis Védrines, découvert grâce à Michel Marmin, tant d'autres encore. Tous ces écrivains ont en commun de ne pas appartenir à la gauche idéologique, cette gauche puritaine qui a colonisé les médias, l’université et qui ostracise les libertins. Leur fidélité à une posture antimoderne, c'est-à-dire rebelle aux idéologies mécanistes et réductrices, doit être saluée. Toutefois, pas d’illusion : à droite aussi on trouve des sacristains et des pharisiens, pour qui, par exemple, un païen est un « paganiste » qui « adore » des « idoles », etc. La bêtise et la bassesse ne sont l’apanage d’aucune chapelle.
Le paganisme n’est ni de gauche ni de droite, mais compte des adeptes parmi tous les types de sensibilité. La mienne est aristocratique sans complexe; elle est propre à ce que j'appellerais l'Europe secrète, continent submergé, mais qui ne se soumet pas à l'imposture.
Je suis donc attaché au principe hiérarchique (du grec hiéros, « sacré » et archè, « principe »), omniprésent dans les mythologies, notamment indo-européennes. Tout panthéon illustre à sa manière la complexité des jeux de pouvoir, par le truchement entre autres du schème de la parenté. Un paganisme purement anarchique (alpha privatif et archè : littéralement « dépourvu de principes ») me paraît inconséquent. Quand je lis certains néo-païens de type confusionniste, je ne me reconnais pas dans leur salmigondis new age, religion à la carte sans cohérence ni exigence… et qui, de façon révélatrice, nie le tragique. Le voilà le vrai blasphème : la négation du tragique au profit d’abstractions moralisatrices (le Péché, le Progrès, la Race,…) qui viennent justifier les pires infamies.
Mon paganisme est celui d’un homme enraciné dans un lieu et une histoire : un citoyen européen des années 2000. Cette posture relève d’une voie sévère, helléno-romaine, celle suivie jadis par Caton, Sénèque ou Marc Aurèle. Et politique au sens noble : le paganisme des Européens d’aujourd’hui doit englober les trois fonctions de notre théologie millénaire (oratores, bellatores, laboratores). Avant tout poétique et cosmique, il est aussi civique : une volonté de maintenir, enrichir et transmettre un héritage spirituel, culturel et, désolé pour le gros mot, ethnique. Le reste relève de la parodie. Le païen qui n’est pas aussi un hoplite n’est qu’un jean-foutre.
Vous qui semblez prêter peu de foi à l’idée d’un « désenchantement total du monde », ne pensez-vous pas que le paganisme soit indissociable d’une réflexion sur ce qui préserve au mieux son mystère et son énergie primordiale, à savoir la Nature ? Le paganisme peut-il ou doit-il être un Écologisme ? Dans quelle mesure en tout cas le pouvoir de création et d’auto-création de l’individu, dimension si je ne me trompe cruciale du paganisme, n’est-il pas contradictoire avec l’aspiration au respect de la Nature ? Ne peut-on même y déceler les germes de l’autodestruction de l’homme ?
Pour continuer sur la lancée de la précédente question, oui, le paganisme en tant que vision organique ne peut déboucher que sur une volonté de préserver et de laisser un environnement vivable à nos descendants. Entendons-nous sur le mot « écologie » : je prends ce vocable au sens scientifique et non pas sentimental. Et, ne croyant pas plus au "tout ira mieux demain" qu'au "tout était merveilleux avant-hier", j’inclus la dimension tragique, celle de l’Homo sapiens, un prédateur qui détruit pour créer, à l’instar de Shiva ou d’Apollon Archer. Respect ne signifie pas idolâtrie infantile d’une nature idéalisée, celle du Bon Sauvage et des huiles essentielles. Un païen ne peut être qu’allergique au gaspillage insensé de notre Occident, à son prométhéisme aussi borné qu’intéressé, à sa criminelle irresponsabilité. Cela dit, lisez bien l’Ancien Testament et vous trouverez des justifications théologiques au saccage des bosquets et des forêts, à l’élimination des tribus non élues.
L’une de vos références majeures en poésie non française est Yeats. Goûtez-vous également la poésie païenne de Fernando Pessoa ou de certains de ses hétéronymes? Quels sont les autres grands poètes « contemporains » que vous aimez fréquenter ?
Yeats, chantre magnifique de l’indomitable Irishry, est pour moi inséparable d’un lieu enchanteur en Irlande, Thoor Ballylee, près de Galway. Là, dans un donjon normand, Yeats a composé ses plus beaux poèmes. J'y suis allé ainsi que sur sa tombe à Drumcliff, aux pieds du Ben Bulben : sur la dalle, une inscription : « Cast a cold eye On life, on death, Horseman, pass by ! » Ce qui peut se traduire : « Contemple la vie, la mort d’un œil froid, Cavalier, passe ton chemin ! ». Dans le genre homérique, qui dit mieux ?
Je connais mal Pessoa : je n'ai lu que quelques textes au mysticisme échevelé sur le retour des Dieux et le paganisme portugais. En général, je fais mon miel des inspirés, d’Homère à Nerval, d’Hölderlin à Lucrèce, sans souci de la chronologie. Peu de goût pour l’actuelle poésie informe. A rebours de ce bavardage subsidié, deux aérolithes, évidemment publiés par L’Age d’Homme : Chaunes et Sylvoisal.
Vous citez également à diverses reprises Paul Morand. Qu’est-ce qui vous rattache à ce personnage ?
Morand n’est pas un personnage, jeune homme ! Mais l’un des grands écrivains du XXème siècle français (dixit Céline). Un maître de style et de maintien. L'auteur de Milady et d'Hécate et ses chiens aura mené une vie "tout en noblesse et en style", pour citer un critique belge. J'avoue que le Morand que je préfère est le nouvelliste, celui d'après-guerre, qui connut le purgatoire de son vivant et le surmonta avec brio. Quelle lucidité (« C’est tout de même une immense tragédie que la disparition de la race blanche », dit-il à J.-J. Marchand), quelle langue souple et pleine d’invention, ces ellipses ! Et quelle élégance, ces costumes ! Un parfait représentant de la Vieille Europe, un insurgé contre la chiennerie moderne, un aristocrate au sens noble, c’est-à-dire qui assume sa singularité sans faillir. Si quelqu’un fonde une association des amis de Morand, j’en suis !
Vous évoquez, dans un très beau passage sur votre enfance, la lecture de ce livre pour la jeunesse, Vers le Nord mystérieux, qui a installé dans votre conscience un « Pôle qui n’appartient qu’à vous ». Pourrait-on dire que votre paganisme participe d’une même construction très intime, intérieure, difficilement partageable ? Dans ce sens, vous qui avez trouvé en Alain Daniélou et d’autres, quelques maîtres à penser et à être, vous sentez-vous l’âme d’un « passeur » ?
En effet, mon paganisme n’étant pas une doctrine, mais bien la religion éternelle du sang, du sol et de l’esprit (gardez, je vous prie, ces trois termes ensemble), il comporte donc une part intime, ressentie, à redécouvrir par chacun. Il s’agit bien d’une quête à la fois solitaire et solidaire. Je me vois mal en chef d’école : quel ennui, ces gens béats qui vous demandent sur quel pied danser. Qui acquiescent en psalmodiant des amen énamourés.
Eveilleur ? J’aime l’image : si mes livres poussent quelques-uns à voir le monde de façon plus autonome et plus intense, mon labeur n’aura pas été vain.
Bruxelles, Beltaine 2007
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05 septembre 2007
Le Songe d'Empédocle
Le Songe d'Empédocle, roman, L'Age d'Homme, 2003 (Prix E. Martin)
Roman initiatique, Le Songe d'Empédocle narre le périple entrepris par le jeune Oribase, lancé à la recherche de la Phratrie des Hellènes, une mystérieuse société secrète qui, depuis vingt-cinq siècles, transmet les mythes et les rites de la Grèce des sages et des chamanes. Le fondateur de la Phratrie serait Empédocle d'Agrigente, penseur de l'éternelle alternance entre l'Amour qui tout étreint et la Discorde avide de sang, entre Aphrodite et Arès. A la fin du vingtième siècle, alors que le vieux continent sort exsangue des Grandes Conflagrations et que la Phratrie des Hellènes traverse une phase de déclin, Oribase reçoit pour mission de rassembler ce qui est épars et, tout d'abord, les quatre parties d'un polyptyque dû au génie d’Arminius, un peintre maudit. Cette quête mènera le jeune homme de la campagne brabançonne à la Forêt de Brocéliande, de la Rome souterraine au sanctuaire de Delphes, et jusqu'aux Indes, sur les rives du Gange. A la fois aventure spirituelle et parcours philosophique, Le Songe d'Empédocle illustre un type d'écriture au-delà des modes, mais que l'on rapprochera des grands voyages romantiques et du réalisme magique.
"Christopher Gérard pense à contre-courant du siècle et écrit à contre-mode de la platitude littéraire d'aujourd'hui. C'est un auteur hors norme, qui fait craquer l'univers confiné du parisianisme, qui largue les amarres, gonfle les voiles pour le départ du voyage de l'apothéose romantique. Une singularité éclatante inspire et soutient sa nostalgie cosmique (…) Aucun des travers de l'académisme ornemental et sous surveillance des augures; mais le libre mouvement du romanesque magique qui, dans une langue naturelle et limpide, rappelle les réussites majeures d'André Fraigneau" Pol Vandromme, Dernières Nouvelles d'Alsace
"Sa quête est toute de noblesse et de dépouillement." Jacques Franck, La Libre Belgique
"Un roman très érudit, d'une belle écriture, riche en images frappantes ou charmeuses." Jacques Crickillon, Lectures
"Voilà un roman qu'eût aimé Abellio, un "roman du huitième jour"." P.-L. Moudenc, Livres propos.
"De ce livre qui concilie la haute culture et une réjouissante alacrité, de ce roman pétulant qui est une somme, dire que c'est un pur joyau ne serait pas faux. Ce serait banal, insuffisant." David Mata, Eléments
"Voici quelques années, en lisant la relation biographique de son Parcours païen, nous avions pressenti que nous avions davantage affaire à un véritable écrivain qu'à un spécialiste de la mythographie. Avec ce songe d'Empédocle Christopher Gérard confirme son appartenance inspirée à l'ordre intemporel des adeptes de l'orbe littéraire. (…) Dans ces temps de reconnaissance et de regroupement qui sont les nôtres, Le Songe d'Empédocle a déjà stature et statut de signe. Des Dieux." André Murcie, Chroniques de pourpre
"Un jeune et talentueux auteur belge, Christopher Gérard, dans un roman aussi passionnant que savant, Le Songe d'Empédocle, entraîne ses lecteurs sur les traces d'une société initiatique imaginaire, la "Phratrie des Hellènes". (…) Relier, comme il arrive à le faire brillamment, au-delà de l'espace et du temps, les cultures grecques, étrusques, iraniennes, celtiques et indiennes est une salutaire bousculade de nos habitudes culturelles. Sa description de cette société initiatique idéale témoigne d'une remarquable connaissance, vécue ou non, d'une telle démarche." Francis Baudoux, La Franc-maçonnerie: une psychothérapie de groupe pour gens dits "normaux"?
"Alors que le sinistre nocher, Charron pour ne pas le nommer, convoie les vivants au royaume des morts, Christopher Gérard procède d'une autre logique, exhumant des ténèbres infernales tout un peuple de dieux et de héros pour les rendre au rivage verdoyant de la vie. Le Songe d'Empédocle s'inscrit dans cette veine secrète et surnaturelle de la littérature française, celle qui s'enfonce au plus loin dans le cœur élémental et ardent de notre présence au monde et renoue ainsi avec les matrices ouraniennes de la haine et du désir entremêlés." Adrienne Bonnel, Situation critique
"J'aime votre livre. Pour son titre d'abord, qui ouvre à la pensée le troisième espace comme dirait René Char, pour sa méthode ensuite, et le parti que vous avez pris de faire assister le lecteur à une errance, à un voyage initiatique. (…) Brocéliance, Merlin, Dada, l'Ordre teutonique… Oui, voilà le vrai savoir. Grâce à vous, l'eau parlante ne s'est point tarie…" Yves Battistini
"Ton merveilleux livre, qui ne s'adresse qu'à des hommes - et des femmes - capables de faire leur "révolution intérieure" ou l'ayant déjà faite (…) Toi aussi, tu nous enseignes la ferveur." Jean Mabire
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07 août 2007
Parcours païen
Parcours païen, essai, L'Age d'Homme, 2000
"Pourquoi recommander Parcours païen de Christopher Gérard? Parce que la pensée païenne abomine la bassesse mercantile. Parce que le païen Christopher Gérard a du talent. C'est un chrétien qui vous le dit." Pol Vandromme, Pan
"Quiconque s'interroge sur l'identité spirituelle de l'Europe ne saurait ignorer cette composante et négliger le livre si pétulant de Christopher Gérard." Bruno de Cessole, Valeurs actuelles
"Un parcours dont l'honnêteté et comme une fraîcheur lustrale me touchent". Jacques Franck, La Libre Belgique
"Son parcours, atypique, voire provocateur, n'est pas celui d'un passéiste nostalgique, mais celui d'un homme de conviction entré en résistance". P.-L. Moudenc, Rivarol
"Il fait sienne la parole du Bouddha: "j'ai vu l'Ancienne Voie, le sentier aryen, la Vieille Route prise par les Tout-Eveillés d'autrefois et c'est le sentier que je suis"." Jean Parvulesco, Contrelittérature
"Ce parcours païen est un véritable journal spirituel. (…) De Zeus à Mithra, de Cernunnos à Varuna, c'est à une majestueuse mise en ordre de l'univers et de son destin personnel à laquelle C. Gérard se livre. Hiératique et surtout pas erratique le parcours gérardien!" André Murcie, Alexandre
"Votre défense et illustration du polythéisme signifie, pour moi, un effort pour faire vivre l'esprit de tolérance en vue d'une humanité de paix où régneraient des dieux multiples." Marcel Conche
"J'ai aussi pleuré sur la mort de Pan." Vladimir Volkoff
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06 juillet 2007
Contre les Galiléens
Le Contre les Galiléens de l'empereur Julien (Ousia, 1995)
et Julianus redivivus (Antaios, 2002)
"La présentation et la traduction de Gérard sont d'une élégante érudition." Jacques Franck, La Libre Belgique
"Aisance du style, clarté de présentation, subtilité des analyses, tout est réuni pour permettre au lecteur avisé ou totalement néophyte de se sentir en pays de parfaite connaissance." André Murcie, Alexandre
"J'ai beaucoup plus apprécié la belle édition procurée par Christopher Gérard que l'imprécation elle-même". Marcel Conche, Antaios
"Comme vous l'aviez deviné, j'ai une certaine affection pour Julien et je trouve votre livre - traduction et commentaire - réellement tonique." Claude Imbert
"Julien est pour moi une figure mythique." Michel Maffesoli
"J'ai une particulière amitié pour l'Empereur Julien. C'est dire si votre petit livre m'a intéressé." Jean Dutourd
"Ces quelques pages montrent bien la ferveur de votre érudition. Le sujet, Julien, est admirable. Il y a toujours des moments dans la vie où son exemple fait chanceler." Michel Déon
"Merci pour votre jolie et intelligente plaquette sur notre ami Julien. C'était un type bien, comme nous disons par ici." Lucien Jerphagnon
"Merci de m'avoir adressé votre beau Julianus. Je demeure chrétien, mais je ne suis pas fermé à l'héritage polythéiste de l'Europe." Vladimir Volkoff
"Quarante pages d'érudition pure, un nectar digne des Dieux! (…) Mais les dernières pages de la brochure restent les plus fascinantes. C. Gérard y déverse assez d'idées, de vues, de réflexions, de pistes d'études et de préhension, pour nourrir les thématiques contradictoires de quatre ou cinq colloques…" André Murcie, Incitatus
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05 mai 2007
Enquête sur le roman
Une maison parisienne, Le Grand Souffle (http://www.legrandsouffle.com/livres_eslr.html), publie ces jours-ci un recueil collectif, dirigé entre autres par Arnaud Bordes, jeune espoir de la littérature dissidente, et par Stephan Carbonnaux, biographe de R. Hainard. Il s’agit d’Enquête sur le roman, où une cinquantaine d’écrivains francophones (trois Belges, les Liégeois Frédéric Saenen et Frédéric Dufoing, animateurs de Jibrile, et l’auteur de ces lignes) répondent à quelques questions sur l’actuelle crise de la littérature. Convié à cette enquête grâce au cher David Mata, j’ai surmonté ma méfiance pour tout discours théorique sur la littérature et me suis prêté au jeu de répondre à ces questions un peu tarabiscotées, mais qui ont le mérite de pousser à s’interroger sur la doxa dominante.
J’y retrouve quelques complices du temps d’Antaios : Michel Mourlet, le premier à croire à la revue et qui m’invita chez lui en 1993 pour un déjeuner mémorable (Matulu, Fraigneau, le calva du bouilleur de cru, …) ; Jean-Claude Albert-Weil l’inhumaniste ; Luc-Olivier d’Algange le gnostique ; Jean Parvulesco (nos rendez-vous quasi clandestins Chez Francis où il me contait ses souvenirs sur Eliade et Evola, l’entrevue historique Douguine-Parvulesco). Ainsi que des amis plus récents : Alain Paucard (du XIVème), David Mata l’hidalgo,… Sans oublier Déon, le maître. Et Juan Asensio alias Stalker, qui ferraille contre l’imposture ; Sarah Vajda, fille d’Athènes et de Jérusalem, tous dissidents résolus. Bref, une belle galerie, où chacun donne un avis personnel, souvent pertinent, sur la crise actuelle du roman, de la littérature française, et en fait de notre modernité finissante.
Ma contribution, appuyée sur les thèses de Dumézil à propos des trois fonctions archétypales de l’univers mental des Indo-Européens, illustre une vision païenne de la littérature, et de première fonction. Je pense que c’est la première fois qu’un écrivain de langue française se réclame de façon explicite du paganisme indo-européen. En voici quelques extraits :
« Mon idéal? La littérature comme sacerdoce. L'écriture comme théurgie, comme exaltation de la beauté du monde visible et invisible. Elle doit consister à chanter les fiançailles et les noces plutôt que le divorce, l'Amour qui tout étreint plutôt que la Discorde aux noires prunelles. L'art comme digue dressée face au déclin, aux forces de la déréliction et de la mort. L'artiste? L'agent des Puissances, le barde au service de Dieux, qui, par sa bouche, s'adressent aux mortels. Si la littérature n'est pas une forme de dévoilement, si elle ne nous protège pas, comme le dit Kundera dans son Art du roman (Gallimard, 1986), contre « l'oubli de l'être », elle n'est que profane, c'est-à-dire insignifiante. La fonction de l'artiste est de se mettre à l'écoute des Puissances pour une plus grande connaissance de soi, des Dieux et du monde. Quant à l'œuvre, opus magnum, elle a pour finalité de réintégrer en disant le vrai, qui est toujours beau. La fonction de l'artiste est bien d’ordre sacerdotal : tout poète ne peut être que théurge. Notre tâche, d’essence magique et religieuse, consiste à restaurer l’ordre du monde par le mythe, le rite et l’image. Notre mission est de modeler une pâte que les insensés, oublieux de sa nature divine, jugent informe. Caspar David Friedrich disait que le vrai peintre ne peint que ce qu’il voit en lui : le visible et l’invisible, unis et dévoilés tous ensemble.
Or, l'âge moderne est résolument postlittéraire. Le livre se réduit à une marchandise et trop d'auteurs acceptent sans broncher les dogmes du jour, par exemple celui de l’horizontalité. Un écrivain qui aurait le toupet de défendre et d’illustrer par son œuvre une littérature verticale se verrait aussitôt rejeté dans les marges. Les mercenaires de la pensée unique déchiquetteraient à pleines dents le malheureux assez naïf pour prétendre qu’écrire est un acte dicté par les Muses et dont la mission consiste à dire le Juste, le Vrai et le Beau. Qu’est-ce qu’un artiste qui ne serait pas en quête du divin ? Un histrion. L’un de ces leurres dont est friand le système techno-marchand.
Aux antipodes, la vision traditionnelle de l'écriture, qui remonte très haut dans le passé de notre civilisation. Grâce aux savantes recherches du mythologue Georges Dumézil, nous savons que les civilisations indo-européennes connaissent trois fonctions archétypales: magico-religieuse (sagesse), guerrière (force) et de (re)production (santé). Dumézil appelait cela l'idéologie tripartie, terme par lequel il entendait un ensemble de principes, de jugements de valeur, d'idées justifiant l'état du monde visible et invisible. Il s'agit d'un cadre mental contraignant, d'une vision globale et idéale de l'univers, d'un système conceptuel autonome, spéculatif et non spéculaire. Cette idéologie tripartie ou trifonctionnelle caractérise le paysage mental des IE, et d'eux seuls, à qui elle fournit trois principes d'action et de réflexion pour coordonner, hiérarchiser les choses humaines et divines dans le but de garantir l'harmonie sociale et cosmique. En clair, la sagesse doit idéalement prévaloir sur la force et sur la santé.
Il était fatal qu'à la dictature d’une fonction correspondît la littérature exaltant ses idéaux. De façon tout à fait cohérente, les dominants de l'actuelle fin de cycle prônent les valeurs de leur caste. Valeurs qui ont leur place dans l'ordre divin, mais qui aujourd'hui sont les seules à avoir droit de cité.
Mon drame est d'appartenir peu ou prou à la première fonction, et de partager avec une minorité aujourd'hui diabolisée la vision magico-religieuse de l'écriture. Je me suis permis ce petit exposé de mythologie comparée pour tenter de cerner les racines du malaise qui frappe tous ceux que révulse l'actuelle scolastique littéraire: peur panique de toute transcendance, réduction totalitaire du supérieur à l'inférieur, relâchement stylistique, travail de sape mené contre la langue et ses codes, etc. Tout se tient, car le marché n'a besoin ni de poètes ni de critiques. Il leur préfère les "créatures ministérielles" (Schopenhauer) de la littérature subventionnée, si possible moniteurs d'ateliers d'écriture ou encore spécialistes du littéraire groupés en unités de recherche et adeptes de grilles de lecture. Atelier, grille, unité: les mots d'ordre de la mise au pas. Ecrire - et donc transmettre - est une forme de résistance à cette dernière. En guise de conclusion, je cède la parole à Jünger, qui, dans Héliopolis, nous confie: "le classique, c'est le dessein souverain de l'homme de s'avancer en bon ordre à la rencontre du Tout". »
A. Bordes et alii, Enquête sur le roman,
Le Grand Souffle, Paris, 384 pages, 18€
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