18 janvier 2010

Porte Louise

En mars paraîtra aux éditions L'Age d'Homme 

Porte Louise, mon prochain roman,

dont voici une présentation.

 

 

Après trente-huit ans d'absence, Louise revient dans sa ville natale, Bruxelles, pour mener une enquête sur la disparition de son père, Charlie, séduisant Irlandais mystérieusement assassiné alors qu'elle n'était qu'une enfant.

Au cours de ses recherches dans la capitale, Louise découvre les multiples facettes d'une ville qu'elle croyait connaître et nous entraîne à sa suite d'endroits disparus en lieux bien réels où l'on se régale.

En quête d'une vérité qui se dérobe sans cesse, Louise rencontre des interlocuteurs aussi variés qu'attachants: un commissaire de police, tombé amoureux d'elle à douze ans; Ingrid, la secrétaire et confidente de Charlie, qui s'est éprise de lui à Berlin en 1943; une avocate branchée à la vie compliquée; un espion français, libertin et amateur d'art; Lord Pakenham, l'ancien chef de l'Intelligence Service, qui a bien connu Charlie à Lisbonne pendant la guerre. A une Louise de plus en plus désemparée, chacun dévoile à sa manière un aspect de la vie complexe de Charlie et propose, non sans arrière-pensées, son hypothèse sur la mort d'un homme insaisissable.

Les continuels allers et retours entre Bruxelles et Dublin des années soixante à aujourd'hui, le balancement permanent entre humour, nostalgie, suspense et gourmandise constituent une mosaïque pleine de fantaisie.

Porte Louise est une sorte de polar, de roman d’espionnage. Plus encore, c’est le roman du souvenir et de la réminiscence, l’histoire d’une femme émouvante, lancée dans une quête progressant par cercles concentriques jusqu’au coup de théâtre final.

 

« Christopher Gérard, infatigable piéton de Bruxelles, infatigable lecteur, infatigable fouineur, excentrique rêveur. »

Jacques Franck,  La Libre Belgique

 http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=...

 

 

04 janvier 2010

Exit Pol Vandromme

Ma surprise quand le facteur m’a tendu un paquet des éditions du Rocher dont l’étiquette était de la main du regretté Pol(ydore) Vandromme ! Six mois après sa disparition, son écriture anguleuse m’apparaissait comme un message d’outre-tombe, comme un ultime salut. D’emblée cette suite attendue de son Journal de lectures, de L’Humeur des Lettres et de Vagabondages a balayé toute mélancolie tant Vandromme s’y révèle au sommet de son art, tant le maître de la critique buissonnière force son lecteur à le suivre dans son galop enthousiaste. La jeunesse d’âme de Vandromme éclate à chaque page de ce livre de famille, où sont conviés les proches d’hier et d’aujourd’hui : une lignée, de Retz à Nimier, de Saint-Simon à Dominique de Roux, de Stendhal à Déon. Une subjectivité brandie telle un étendard, un sain refus des conformismes (aucune place pour la sainte trinité Kafka-Joyce-Musil) comme des exorcismes idéologiques : Vandromme se gausse des ukases comme des apparatchiks. Une esthétique, le goût passionné de la langue naturelle (Morand, pas Malraux ; Larbaud, pas Sarraute) qui implique une éthique, lâchons le mot qui fâche Tartuffe et Trissotin – aristocratique. Ne cite-t-il pas en exergue Dominique de Roux : « Il n’y a pas de grande poésie sans grand exil » ? De quoi se faire guillotiner par les Torquemada de service. Sa méthode ? La voici : « j’ai batifolé de fleur en fleur comme une abeille dans l’été des récoltes (…) Je n’ai rien dit d’autre, dans ce parcours de combattant, que les préférences et les répugnances de mon goût ». Rien d’académique donc, mais l’ébauche (et même davantage : presque une encyclopédie !) « d’un dictionnaire égotiste de ma littérature ». Vandromme butine en évitant les fleurs vénéneuses, tout ce qui suinte le renoncement comme le ressentiment, ces deux plaies de l’esprit petit-bourgeois.

Aragon, « poète de cour », « lyrique abondant et démagogue » (mais estimable prosateur) qui n’arrive pas à supplanter Apollinaire et Toulet, artistes majeurs; Aymé, capable de cet accord miraculeux entre le fond et la forme ; le surréalisme comme « récupération de l’esprit du dadaïsme par des esthètes postromantiques » ; Céline, « un styliste qui saigne à blanc les mots pour qu’ils dégorgent leur émotion ».

La Belgique littéraire n’est pas absente de ce testament littéraire, qui avait naguère inspiré à Vandromme un essai que tout Belge cultivé devrait lire, Lettres du Nord (L’Age d’Homme). Hergé, « entre Baden-Powell et Balzac » ; Simenon : « un pauvre type survit en nous interminablement ». La Grande roue, ce roman de Jacques De Decker où « la lumière brille avec la douceur d’une lampe de chevet » lui inspire des lignes… lumineuses : « quelque chose de lent, de feutré, de frôleur aussi ». L’apport flamand, caractérisé par son aptitude à assimiler toutes les civilisations de l’Europe, est abordé en quelques pages magistrales, où Vandromme rappelle cette évidence, que la Flandre vit à jamais dans l’œuvre de francophones. Un tribut est rendu au R.P. Guillaume, célèbre nervalien des facultés Notre-Dame de Namur, ainsi qu’à un oublié de nos Lettres, Paul Werrie, généreux critique de théâtre et auteur d’un chef-d’œuvre occulté, La Souille.

D’une rare justesse, les formules claquent comme des balles de mousquet. Un seul dogme : l’écriture doit être allègre, jamais aguicheuse, commandée par le seul naturel. Ecrire juste et vrai, sans charlatanisme ni grandes orgues.

La leçon de Stendhal.

Le testament de Vandromme, qui nous manque.

 

Christopher Gérard

 

Pol Vandromme, Une famille d’écrivains, Le Rocher.

 

 

 

Adieu à Pol Vandromme

 

« Je m’étais fait le serment de ne jamais me leurrer », écriviez-vous dans Libre parcours, précieux volume de souvenirs et de réflexions, dont le titre illustre votre itinéraire, celui du petit-fils de mineur, du fils de résistant devenu le témoin de la droite buissonnière. Plus de soixante livres publiés depuis 1955 font de vous un écrivain majeur de notre époque, et son meilleur critique littéraire.

Aymé et Chardonne, Hergé et Sagan, Drieu et Malraux, Simenon et Céline, vous les avez tous lus d'un œil fraternel, refusant les listes de proscription comme les grilles de lecture "qui oppriment et exténuent". Vous avez démontré par l'exemple qu'il valait mieux être probe que prétendre à l'objectivité des pintades et des faisans à la sauce Bourdieu.

Vous nous avez donné des leçons de courage et d'ironie, de finesse et de liberté. Car vous étiez un libertaire à votre manière, désuète et courtoise - délicieuse. Un réfractaire, supporter enthousiaste de football, amateur de cigares et de vins fins.

Votre unique mot d'ordre: "littérature d'abord!", comme pour répondre à Maurras, dont vous vantiez sans faiblir le talent de poète. Critique intuitif et sensuel, vous avez toujours été rétif aux fariboles des pédants comme aux ukases des apparatchiks, attentif à la seule musique et, comme vous me l'écriviez naguère, à "ne pas séparer le texte de l'accent qui se pose sur lui".

Vous étiez un maître d'armes, que je salue une dernière fois, la mort dans l'âme.

 

Christopher Gérard

1er juin MMIX

 

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A 80 printemps, l’écrivain Pol Vandromme, auteur d’une soixantaine d’essais littéraires et de passionnants mémoires (Bivouacs d’un hussard), ne cherche « ni la gloire, ni le scandale, ni le pardon », pour citer Saint Augustin. La récente pantalonnade politico-psychanalytique de la Belgique lui inspire ainsi des pages véhémentes, fortes d’une saine colère contre ce qu’il désigne justement comme « le triomphe ubuesque de l’irrationnel ». Dans ce pamphlet, il tente d’expliquer le delta Rhin – Meuse - Escaut, ingouvernable pays « harnaché de bric et de broc, n’appartenant à personne », qui de monarchie prospère (grosso modo, de Léopold Ier à Léopold III), a dégénéré en république des partis. Le règne funeste de despotes invertébrés ruine en effet ce reliquat de l’empire de Charles-Quint, où l’absence d’esprit public favorise les logiques séparatistes, notamment celles de flamingants, faux martyrs mais vrais lilliputiens, qui masquent à peine leurs ambitions de parvenus. Un pavé bienvenu dans la mare aux crapauds.

 

Pol Vandromme, Belgique. La Descente au tombeau, Rocher, 106 p.

 

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 Auteur d’essais sur la Belgique littéraire, du Monde de Tintin (La Table ronde) à Lettres du Nord (L’Age d’Homme), en passant par un Ghelderode chez ce même éditeur suisse, providence de nombreux Belges, Pol Vandromme est sans doute l’un des tout grands critiques littéraires du dernier demi-siècle. Son secret ? Un amour exclusif de la littérature et le souverain mépris des modes. Né en 1927 à Charleroi, aux marges septentrionales de la France, il demeure en effet, aujourd'hui comme hier, fidèle à l'exigeante passion qui s'empara de l'adolescent des années de guerre: "littérature d'abord!"

Telle pourrait être la devise du critique qui se définit comme "un écrivain français au patriotisme sourcilleux" et qui, depuis son premier livre (1955), incarne à la perfection une figure devenue rare de nos jours, celle du dévot de la littérature. Lecteur infatigable, mais surtout rétif aux préjugés, Pol Vandromme scrute, juge et exalte livres et écrivains avec une probité d'un autre temps. N'avoue-t-il pas benoîtement, dans L'Humeur des lettres. Chroniques et pastiches (Editions du Rocher), ne pas avoir de théorie de la littérature, et être allergique aux grilles qui "oppriment, exténuent et finissent par se substituer à l'auteur"? Fariboles de pédants, répond notre libertin, pour qui l'écrivain authentique est celui qui fait pâlir le lecteur: seule l'ardeur à émouvoir, seule l'aptitude à persévérer dans sa singularité, distinguent les grands des autres. Tournant le dos aux jugements moraux, Vandromme déchire avec allégresse les listes de proscription, et ce depuis bientôt un demi-siècle, poussant la provocation jusqu'à s'intéresser aux réprouvés: Brasillach, Drieu, Rebatet, mais sans jamais sombrer dans l'hagiographie ni dans un quelconque militantisme. Littérature d'abord. Que cet authentique anarchiste en discorde avec le siècle (anarchiste par nostalgie d'un Ordre digne de ce nom) nous entretienne du barrésien Aragon - du prosateur Aragon - ou de Céline, à qui il consacra naguère l'un des premiers essais, il se révèle toujours aussi intuitif et sensuel, comme son cher Casanova.

Lisant les lignes fraternelles qu'il dédie à Léon Daudet, comment ne pas songer à un autoportrait: "seuls les écrivains qui ont rôdé eux-mêmes autour des secrets de création, sont capables de reconnaître le génie, de s'enthousiasmer d'emblée à son contact, de nourrir d'arguments l'intuition de leur ferveur, de communiquer celle-ci irrésistiblement"? Tout Vandromme est là, dans cet amour exclusif de la beauté, au mépris des modes et des mots d'ordre. Parlant de Fromentin, Vandromme nous livre la quintessence du métier d'écrivain: "raconter ce qui assiège et harcèle au lieu de décrire ce qui se complaît; indiquer ce qui se dérobe au lieu de peindre ce qui se fixe". Son amour pour Retz (son livre pour l'île déserte), pour le mage Nerval ou encore pour Suarès le méconnu, s'accorde à une très saine méfiance pour Sade ("un maniaque de la violence vulgaire") et pour Saint-Just, ces annonciateurs des atrocités modernes.

Dans la dernière partie de l'essai, Vandromme se livre à un jeu aussi périlleux que révélateur: le pastiche, faux en écriture obligeant le critique à décrypter un génie pour mieux le saluer, car l'exercice n'a pour but que la célébration. Œuvre ardue, et d'une humilité quasi franciscaine! C'est là que Vandromme donne toute sa mesure: pastichant Céline ("Une seule façon de nous en sortir: qu'on rouvre les bordels. C'était doux, c'était bien, c'était familial; la lanterne qui pendouillait, la bonté de la maison, la pogne en traîne-savate sur la soie des boulevards, mézigue bien au chaud, le tango beurré qu'on chaloupait,…") ou Vialatte ("Un jour, nous aborderons aux îles"), parfois même meilleur que l'original (dans la cas de Marcel Moreau: "Dans mon enfer baroque et hébété, je viole les rimes du poème et l'infini dogmatisé des curetons"), Vandromme déclare sa passion avec une fraîcheur d'âme, une ferveur qui forcent l'admiration.

« Je m’étais fait le serment de ne jamais me leurrer ». Tel pourrait être l’incipit de Libre parcours (Editions du Rocher), précieux volume de souvenirs et de réflexions qui prolonge et affine les Bivouacs d’un hussard (La Table ronde). Non point banals mémoires du journaliste qui dirigea in illo tempore le Rappel de Charleroi, côtoyant tout ce qui comptait dans la Belgique de papa, mais plutôt le vagabondage de l’écrivain, une promenade buissonnière où l’auteur, fidèle à ses amis comme à ses maîtres, évoque quelques étapes de son itinéraire, parant sa nostalgie de masques altiers. Le goût de la belle formule et de l’allusion littéraire, l’ironie parfois grinçante, permettent en effet à Pol Vandromme de tempérer l’émotion qui l’étreint. Comment ne pas songer au capitaine de Boieldieu de La Grande Illusion, qui – hasard ou coïncidence - apparaît  au détour de l’une ou l’autre page ? On lira avec attention le chapitre XIV, l’ultime, la "Lettre d’un père à sa fille". C’est à mon humble avis la part du livre la plus bouleversante : la nuit tombe, et un aîné s’adresse à celle qui lui survivra. L’enfance, socle d’une vie réussie ; les images glanées tout au long d’une existence dédiée au travail (combien de livres cet infatigable travailleur a-t-il publié ? 60 ? 80 ? Même la Bibliothèque Royale ne s’y retrouve pas); le dégoût des idéologies mortifères ; la critique des conformismes, l’homme tout entier s’y révèle par le truchement du style – adamantin. « Et si tu dois rengainer ton épée, parce que la vie oblige à des ménagements tactiques, calfeutre le réduit des pensées qui sont tiennes ; c’est ton tabernacle, et un tabernacle ne se laisse pas profaner. Ne cherche pas pour trouver, mais pour te trouver. »

La Belgique y est bien entendu fort présente : une Belgique qui s’éloigne à pas de géant, celle de Tintin et des maisons du peuple, celle des calotins et des sans-dieu, celle des 1er mai fervents et des 11 novembre lugubres. Homo festivus va bientôt balayer toutes ces vieilleries dans la joie et la bonne humeur, obligatoires dans le village global. Mais avant de connaître cette apothéose, penchons-nous sur ce passé encore proche : Albert I, ce gaulliste avant la lettre ; Léopold III, ce Grand d’Espagne égaré, celui qui « désacralisa la démocratie des dévots sans sacraliser le dieu cruel des idolâtres de la force : la liberté sans l’ordre, cette anarchie ; l’ordre sans la liberté, cette tyrannie ». Ou le journalisme d’antan, avec ses trucs et ses ficelles, quand « on était engagé sans être licencié, au lieu d’être licencié avant d’avoir été engagé ».

Mais Vandromme est avant tout écrivain et c’est de ses confrères qu’il parle le mieux : Marceau, le Louis Carette des éditions du Houblon, devenu académicien malgré les cabales; Pirotte et Moreau, deux Belges atypiques, eux aussi montés à Paris ; Simenon et Ghelderode,… Sans oublier cette maison d’édition bruxelloise du Boulevard Saint-Germain, les Editions universitaires de notre compatriote J.-P. Delarge, qui, crânement, crée la première collection de poche consacrée aux classiques du XXème siècle. Justement, à la fin des années cinquante, ce jeune Belge extérieur au sérail fut sollicité par Pierre de Boisdeffre pour un essai sur Drieu la Rochelle, l’écrivain foudroyé. Il était vaste, le champ de mines que P. Vandromme dut traverser : un auteur maudit, des oeuvres inédites ou introuvables, peu d’études sinon le beau livre fraternel de P. Andreu,... Ce défi, notre carolorégien le releva avec autant d’intégrité que de panache. Son essai, publié en 1958, fut loué par les plus grands : Morand, Nimier, qui apprécièrent que Drieu fût jugé par un critique littéraire « convaincu que les erreurs et les fautes d’un militant ne prévaudraient pas sur le talent autodiffamatoire d’un héritier du romantisme viril de Baudelaire ». Drieu, qui fascina Malraux comme Modiano, est l’auteur de quelques livres forts: Rêveuse bourgeoisie, que, pour ma part je trouve plus puissant encore que l’Aurélien d’Aragon ; La Comédie de Charleroi, où l’ancien fantassin chante « le couple divin de la peur et du courage »; Le Feu-follet, sans doute l’un des témoignages les plus glaçants sur le suicide (Louis Malle en fit le film que l’on sait, avec M. Ronet). Réédité à la demande générale sous le titre Les saisons de Drieu (Editions Dualpha), l’essai nous fait (re)découvrir un écrivain de haut parage ; il révèle aussi ce mixte inimitable de lucidité et de ferveur qui assure à Vandromme la seule postérité  qui vaille, celle des schismatiques et des esprits passionnés.

En mai 2005, j'ai adressé à Pol(ydore) Vandromme quelques questions pour un entretien paru dans La Revue générale.

Christopher Gérard : Lisant L’Humeur des Lettres, ce manuel du lecteur et de l’écrivain, je tombe sur ces lignes qui paraissent vous convenir à la perfection : « en discorde avec siècle, en harmonie avec la littérature ». Seriez-vous l’un de ceux que Nimier appelait les libertins du siècle ?

Vous êtes un critique clairvoyant, à l'intuition souveraine, ce qui me change heureusement des critiques aveugles qui brandissent leur canne blanche et qui ne s'aperçoivent de rien.

Votre devise? Littérature d'abord?

Si vous voulez, étant entendu que la littérature ne sert à rien, affranchie qu'elle est de la norme utilitaire - politique, morale, sociale, mercantile -, se bornant à être une incitation au plus voluptueux des plaisirs.

Et si vous deviez citer trois de vos maîtres?

Puisque vous me contraignez à me borner - sans doute parce que vous croyez avec la sagesse populaire que les bonnes choses ne vont que par trois -, je choisis trois maîtres de style, Saint-Simon, Retz, Pascal

Parmi les écrivains belges (ou français de Belgique), quels sont ceux qui vous ont le plus fait pâlir?

Par souci de sécurité - les mégères m'attendent au tournant pour bastonner le mauvais sujet, mauvais confrère de surcroît - je m'en tiendrai à des écrivains morts, Max Elskamp, Norge, Simenon, Henri Michaux et Marcel Thiry (parce qu'il m'a fait pâlir au nom de Vancouver).

Depuis plus de trente ans, vous commettez impunément le délit de faux en écriture. D'où vous est venu ce goût pour le pastiche littéraire? Quel plaisir vous apporte-t-il?

Parce qu'un écrivain, c'est d'abord un ton, un style. Parce que le pastiche, tentative de critique interne, est un jeu de rôle que soutient l'élan d'une sympathie de tour mimétique (du moins quand il est pratiqué à la suite de Proust, en réprouvant le dénigrement médiocre d'un Reboux). Parce que, en définitive, le plaisir n'a pas de raison à donner, la sienne suffisant à tout.

Parmi tous les auteurs que vous abordez, je ne trouve ni Elémir Bourges, ni Ernst Jünger. Vous imaginez sans peine ma stupéfaction. Justifiez-vous sur le champ!

En somme, vous exigez que je me mette à la mode et que je m'astreigne à un exercice de repentance. Dans le temple des dieux et des déesses, au pied de l'autel antique, je bats ma coulpe en récitant mon confiteor. Je réclame humblement votre pardon et, avec l'espoir que vous me l'accorderez, je suis sensible à votre indulgence, puisque vous ne me réprimandez qu'à propos de mon silence sur Bourges et Jünger. Il y a beaucoup d'autres grands auteurs qui ne sont pas traités dans mon recueil et qui eussent mérité de l'être. Il me semble que vous auriez dû m'accabler de votre courroux en regrettant que mon recueil ne soit pas encyclopédique.

Je vous absous. Et vos projets?

Quoi! Vous n'avez pas l'air de vous souvenir de La Fontaine: Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge! Un quasi-octogénaire peut avoir des projets, mais aucune assurance de les mener à bien. Voici les miens, pourvu que le Dieu des chrétiens me prête vie: un volume de souvenirs, un essai sur Jacques Perret (Jacques Perret, Gaulois de noble origine, Editions du Rocher) un volume de chroniques, cette fois consacré à des écrivains contemporains. Rien donc qui puisse satisfaire le sens de l'histoire et la conscience universelle.

Publié dans la Revue générale, mai MMV.

03 décembre 2009

Sébastien Lapaque, écrivain français


Né à Tübingen d'un père officier, Sébastien Lapaque a étudié l'histoire et la philosophie à la Sorbonne avant de se consacrer avec une réjouissante liberté d'esprit à la critique littéraire, de Réaction au Figaro. Surtout, Sébastien Lapaque est écrivain, l'une des voix les plus singulières d'aujourd'hui. Enfin, Lapaque s'impose comme le meilleur connaisseur des vins non trafiqués et, en fait, de l'art de vivre traditionnel en tant que mode de résistance à l'aliénation techno-marchande. On l'a connu exégète de Bernanos, chantre du Brésil indompté, défenseur du Grand Siècle, polémiste de race. Un humaniste au savoir amoureux, doublé d'un gourmet, mais attention, un gourmet aux griffes acérées, car notre "animal politique" entend combattre l'imposture aux mille faces. Bref, un mixte de reître et de lettré.
Le voilà qui publie un roman, Les Identités remarquables, ou la dernière journée d'un condamné à mort. Pas celui de l'Armée des ombres (inoubliable Lino Ventura) ni l'un de ces soldats perdus à la Schoendoerffer. Nenni: un professeur de lycée, non syndiqué, qui ne ressemble donc pas à Bruno Cremer. Et qui n'officie pas dans une banlieue du Nord dévasté par les délocalisations, mais bien sur les rives de l'Adour; au soleil. Flâneur impalpable et pourtant bien présent, hédoniste gentil, paresseux qu'on a envie de secouer par les bretelles, dont l'unique aventure reste l'amour. L'élue? Une exquise marchande de jouets, Caroline, elle, vraiment éprise de son Louis. Peut-être aussi Laurence, qui joue à la banquière. Notre condamné, on l'aura compris, est un velléitaire, un amnésique aussi. Dieux merci, la Providence lui fait rencontrer Laroque, Lucien Laroque, agrégé de philosophie, boxeur, dandy prolétarien et "conspirateur du sublime", - le personnage le plus attachant du roman. Ses plus belles pages évoquent a mon sens l'amitié entre les deux hommes: "son mépris a rendu plus intelligent ton chagrin, ton chagrin plus sensible son mépris". Nos deux amis communient entre autres dans la nostalgie des campagnes d'Alexandre le Grand ("armement, mouvement, moral"). Apparaît un couple étrange, Mademoiselle Mystère et son frère, à la carrure de tueur. Une faute, un héritage. Un cambriolage, une vengeance rêvée depuis vingt ans, un concierge portugais. Acta est fabula.
Je me suis régalé à la lecture de ce roman, que j'ai lu comme une sorte de memento mori et d'exaltation du "divin imprévu" cher à Stendhal. La langue en est ferme, classique, nourrie de souvenirs de lecture, d'une densité devenue bien rare. L'époque y apparaît pour ce qu'elle est: celle de la grande rupture, de la liquidation festive du monde ancien, de l'omniprésence d'une technique démoniaque. Mais Lapaque garde un sourire faussement léger, un sourire à la Nimier, tant son beau roman me donne l'envie de relire Les Enfants tristes. Une dernière citation, pour la route: "pense à ceux qui souffrent, vois ceux qui t'aiment".

Christopher Gérard

Sébastien Lapaque, Les Identités remarquables, Actes Sud, 18 sesterces.
& Le petit Lapaque des vins de copains, Actes Sud, 16 sesterces.

Paru dans Le Magazine des livres, novembre 2009

ENTRETIEN AVEC SEBASTIEN LAPAQUE

Qui êtes-vous?

Dans Les Identités remarquables, le héros se rappelle le temps où il aimait «tout ce qu’il peut y avoir de sonore dans une idée» — partant dans une définition de soi. Et son ami Laroque se souvient qu’il épatait les filles en citant Alcméon de Crotone ou Nonnos de Panopolis. À l’orée de son âge d’homme, on aime le bruit, les mots qui claquent, les citations, les références. Comme eux, j’ai dû me sentir tour à tour classique et romantique. Aujourd’hui, je pourrais continuer. Me dire anarchiste chrétien ou catholique baroque. Mais la configuration du monde en tribus par l’économie autonomisée ne me donne pas envie de me bricoler une identité. Je préfère écouter le Paul de l’Epître aux Galates : «Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.» Et puis, si je savais qui j’étais, je n’écrirais pas de livres.

Quelles ont été pour vous les grandes rencontres?

Né trop tard dans un siècle trop vieux, c’est dans les livres que l’on fait ses rencontres les plus marquantes. J’aimais Balzac, Flaubert, Simenon. Je n’ai pas le souvenir d’avoir reçu l’enseignement décisif d’un professeur, sauf un professeur de physique-chimie (!) qui m’avait donné à lire L'adieu au roi de Pierre Schoendoerffer en classe de seconde. Au lycée Hoche à Versailles, je subissais les cours de vieux marxistes ralliés aux vertus de l’économie de marché et des droits de l’homme. C’était la fin des années 1980, la Bourse, l’argent, l’Empire du Bien, l’impératif catégorique d’Emmanuel Kant, bientôt les bombes incendiaires sur l’Irak… Vous voyez le genre… Pour avoir des bonnes notes, il fallait aimer Brecht et Sartre… Enfant, j’aimais l’aventure : Stevenson, Maurice Leblanc. À quinze ans, je lisais Saint Exupéry et Guy de Larigaudie… J’ai découvert ce qu’était la littérature avec l’œuvre de Bernanos, les essais d’abord, puis les romans. J’avais remarqué La Liberté pour quoi faire ? en librairie, le titre m’avait conquis. À la même époque, j’ai lu Maurras : c’était un bon moyen d’exaspérer les imbéciles. Mais avec Bernanos, j’avais ingurgité l’anticorps avant de prendre le poison. J’ai vite compris que le maurrassisme était un modernisme. Je préférais Pascal, Simone Weil, Jacques Maritain et le François Mauriac des romans et du Bloc Notes… L’humanisme intégral… C’est mon côté catho de gauche… À l’époque, il y avait aussi Orwell… Mes anticorps à la Critique de la raison pratique, c’était la Somme de saint Thomas d’Aquin, que j’ai toujours gardée à portée de main, et l’Ethique à Nicomaque d’Aristote. En 1988, j’avais dix-sept ans lorsque ont paru les Commentaires sur la Société du spectacle de Guy Debord aux éditions Lebovici. J’ai eu la chance d’avoir des amis plus âgés qui m’ont conseillé d’acquérir ce volume à la couverture grise. Quel tremblement… «La construction d’un présent où la mode elle-même, de l’habillement aux chanteurs, s’est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l’impression de croire à un avenir, est obtenue par l’incessant passage circulaire de l’information, revenant à tout instant sur une liste très succincte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d’importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes, sur ce qui change effectivement. Elles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son autodestruction programmée.» Je me souviens qu’un de mes voisins, fils de bonne famille qui étudiait à Sciences-Po, m’avait surpris dans un train de banlieue avec ce livre entre les mains… «Qui t’a dit de lire ça ?» … Il avait raison de me parler comme ça. Qui ? Héritage et transmission, «générations d'esprits fécondants et d'esprits fécondés, qui à leur tour fécondent d'autres esprits ; filiation des maîtres et des disciples» (Larbaud) : c’est là toujours toute la question.


De Narcisse à Clytemnestre, les figures de la mythologie sont très présentes dans votre œuvre. Ce que vous nommez «le plus ancien et le plus caché»…

Pardon de faire le cuistre en citant le Proust de Contre Sainte-Beuve, mais ce n’est pas S.L. qui s’exprime dans les Identités remarquables… «Un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices.»… C’est Laroque qui évoque l’importance de la «ce qui est le plus ancien et le plus caché». Dans les Idées heureuses, mon précédent roman, le héros se faisait appeler Philoctète. Lui aussi savait que l’Antiquité, c’est le trésor enterré au fond du jardin auquel on ne revient pas par hasard, mais parce qu’on connaît son prix. Faire retour à Homère, Thucydide ou Platon, convoquer les figures de la mythologie, mettre en scène leur réelle présence, c’est savoir qu’il y a du toujours dans le temps qui passe. Voué à naître orphelin et à mourir célibataire, l’homme du XXIe siècle n’aime pas entendre ce toujours. La survalorisation de sa singularité lui fait écarter le trésor de l’expérience humaine. Tant pis pour lui.


Votre dernier roman, Les Identités remarquables, peut-il se lire comme un memento mori contemporain, une mise en garde ainsi qu'une illustration de cette philosophie tragique que Clément Rosset, que vous avez peut-être lu, avait synthétisée il y a plus de quarante ans?

Clément Rosset est longtemps resté caché dans un angle mort de ma bibliothèque. C’est mon amie Alice Déon, qui dirige les éditions de la Table Ronde, qui a insisté pour que je le lise. Le sentiment tragique de la vie, je l’avais trouvé auparavant chez Pascal, Kierkegaard, Bernanos. Qui saura à quel point leur cœur a saigné ? Ce que j’aime chez Pascal, c’est le sentiment aigu de l’ambiguïté du monde et du caractère inauthentique de la vie quotidienne. Les identités remarquables essaie de traduire ce sentiment en employant des moyens qui appartiennent au seul roman.

Pour revenir à ma première question, qui êtes-vous, puis-je voir en vous un mélange de reître (comme le sous-lieutenant Laroque, le narrateur de votre roman) et de lettré (comme votre singulier héros - mais s'agit-il d'un héros?)?

C’est étrange que vous parliez du «sous-lieutenant» Laroque, je ne me souviens pas de lui avoir donné ce grade. Dans mon idée, bien qu’agrégé de l’Université et boxeur amateur de bon niveau, Laroque a fini son service militaire avec le grade de caporal-chef, incapable d’être passé sous-officier, et a fortiori officier, à cause de son franc-parler. Laroque, c’est un garçon que je vois bien siffloter «le Déserteur» en passant sous les fenêtres de son colonel avec la Médaille miraculeuse cousue au fond de son béret amarante… Mais bon, si vous dites qu’il est sous-lieutenant, c’est que j’ai dû l’écrire quelque part. Sous-lieutenant, c’était le grade Stendhal au sein du 6e régiment de Dragons, l’ancien La Reine Dragons du siècle de Louis XIV. C’est le régiment dans lequel Bernanos s’est engagé en 1914 et dans lequel il a servi pendant presque toute la Première Guerre mondiale. Il a fini avec le grade de brigadier… Mais revenons-en à nos reîtres et à nos lettrés… Laroque n’est pas mon double, le héros non plus. Le personnage que j’aime le mieux, dans mon roman, c’est Caroline, la petite marchande de jouets : simplicité, tendresse, intelligence.

In vino veritas pourrait être l'une de vos devises. Dionysos semble lui aussi omniprésent dans le roman comme dans ce précieux Petit Lapaque des vins de copains, dont le cru 2009 est enfin disponible chez les cavistes ?

Dionysos, c’est le deux fois né, celui qui vient semer le désordre régénérateur au sein de nos vies trop bien peignées. Dans un roman, comme dans la vie, il faut que la folie joue sa partie. Le vin, c’est une extension du domaine de la lutte. L’important est de proposer un art de vivre complet, une vision du monde cohérente pour faire face à la dévastation capitaliste. J’ai présenté ma collection de vins une première fois en 2006, je récidive : avantage aux vins de vignerons, expressifs et naturels, non trafiqués, peu ou pas soufrés, « à boire entre amis, « entre hommes », probablement en grande quantité, pour discuter rugby » comme l’écrit le critique anglais Paul Strang, qui est un peu l’anti Robert Parker, vous l’aurez compris. Ces vins « nouvelle vague » ont pris l’avantage sur les bêtes de concours bodybuildées. Et je crois savoir qu’on en trouve dans de nombreux endroits en Belgique. En épigraphe de la nouvelle édition du Petit Lapaque des vins de copains, j’ai reproduit une réflexion de Joan Sfar qui résume mon propos. «Il me semble que la pensée occidentale, qu’elle soit religieuse ou philosophique, s’est bâtie autour de deux éléments sacrés : le vin et les étoiles. On boit, on regarde le cosmos et on invente la Bible, la pensée dialectique, la géométrie, l’amour du prochain, le Graal, le roman moderne. On ne peut vivre debout que si l’on est perpétuellement tendu entre la terre et le cosmos. Perdre ces deux liens c’est redevenir des singes. Aujourd’hui, on ne voit plus les étoiles à cause des lumières des villes. Voilà qu’on nous propose de tous boire le même vin. On a le droit de dire NON, parfois ?»


«Ce monde (…) borgne et bête, fragile, méchant, infantile, agité, orgueilleux», «ce siècle en miettes» : me permettrez-vous de vous considérer comme appartenant à la noble cohorte des antimodernes?

J’ai lu les Antimodernes d’Antoine Compagnon. Je ne vais pas vous mentir en prétendant que la place avantageuse que vous me réservez sur la photographie de famille aux côtés de Joseph de Maistre, Charles Baudelaire, Léon Bloy, Charles Péguy, Jean Paulhan et Roland Barthes me déplaît. Mais j’en reviens à votre première question : je ne suis pas en recherche d’une tribu. L’écriture est un exercice solitaire, une responsabilité personnelle. Attendez que je sois mort pour savoir dans quelle case me ranger : six pieds sous terre, tout cela n’aura plus beaucoup d’importance. Ce qui ne veut pas dire que je me crois le seul dans mon genre. J’ai des maîtres, j’ai aussi des contemporains. Parmi les écrivains de ma date, j’éprouve un sentiment de fraternité à l’égard de Jérôme Leroy, Jean-Marc Parisis et François Taillandier. Mais nous n’avons pas la prétention de former une école ou un groupe constitué. Vous me direz que nous n’en avons plus la possibilité… N’importe ! Nous vaincrons parce que nous sommes les plus faibles.

Propos recueillis par Christopher Gérard, entre Amazonie et Brabant, équinoxe de septembre 2009.

28 octobre 2009

Michel Déon

Avec Lettres de château (Gallimard), Michel Déon nous offre un splendide exercice d’admiration. Alors que tant d'écrivains oscillent quand il s'agit de rendre hommage à leurs enchanteurs, Déon choisit de leur rendre une visite de digestion. Un lettré salue ceux qui l'ont nourri - peintres et poètes - avec une épatante capacité d’émerveillement, juste ce qu'il faut d'humour, beaucoup de gratitude et, last but not least, de réels moments de grâce. Ses pages sur Nicolas Poussin suscitent ainsi un bonheur qui rappellera la lecture d'Un déjeuner de soleil ou des Poneys sauvages. En quelques lignes lumineuses, Déon partage ses réflexions sur un peintre qui "a abordé des rivages inconnus, dialogué avec des puissances ou ténébreuses ou radieuses". Toulet (Déon prononce le t final), Braque et Manet, Apollinaire et Conrad nous valent des pages témoignant d'une éblouissante maîtrise sans rien de brillant. Non, simplement, un gentilhomme nous guide dans sa mémoire et restitue un monde, celui de l'Europe civilisée.

Tous les aficionados de Déon liront donc ce livre… et prieront le libraire Eric Fosse ( fossefosse.e@wanadoo.fr) de leur céder, à prix d’or s’il le faut, le catalogue qu’il a édité à l’occasion des 90 printemps de MD : belle préface de Pierre Joannon (connu de tous les amoureux de l’Irlande comme des déoniens – it’s all the same). Et des raretés : le mythique Adieu à Sheila (Robert Laffont, Marseille, 1944, avec envoi), Amours perdues (Bordas, 1944), des grands papiers en veux-tu en voilà, des E.O. par dizaines, la Lettre à un jeune Rastignac (celui-là, je l’ai !) avec envoi à Raoul Girardet, des éditions rares illustrées, le manuscrit d’Ariane à Naxos relié par Miguet, celui du Dieu pâle (que MD semble considérer comme un péché de jeunesse), bref : Byzance.

Surtout, l’E.O. de Plaisirs, par Michel Férou, aux éditions de Paris, la mythique série blonde : le roman coquin de l’ermite de Tynagh.

 

Christopher Gérard

 

13 octobre 2009

Langendorf

Plus connu en Italie et dans le monde germanique que dans son Helvétie natale, Langendorf est l’auteur d’un livre culte, Un débat au Kurdistan (1969), où ce spécialiste de la pensée stratégique illustrait une philosophie du renseignement.  Féru d’histoire militaire, fasciné par les empires austro-hongrois et ottoman, Langendorf a aussi écrit sur la mystique, l’érotisme, les ours ou les tortues ; bref, l’homme fait montre d’une érudition allègre, jamais gratuite. Son dernier roman, Zanzibar 14, nous plonge dans les touffeurs de l’Afrique orientale, à la veille de la grande conflagration. Nous y suivons à la trace Wilhelm von Kampe, alias le Docteur Auberson, alias Monsieur Albert, alias Mister Camp, un Nachtrichtenoffizier au service du Kaiser. Agent efficace, doté d’un instinct sûr et d’un remarquable sens de l’observation, cet espion qui se fait passer pour un médecin suisse amateur de papillons renseigne Berlin sur les mouvements de la Royal Navy dans une zone stratégique. A perfect spy ? Presque, car notre prédateur a un défaut : le goût du meurtre (au cran d’arrêt, seize centimètres). Un commander venu de Londres, chargé d’enrayer par tous les moyens l’infiltration d’agents allemands du Congo au Mozambique, le piste. Tous les moyens ? Même les plus inattendus, qui tiennent du supplice chinois et de la cuisine, car Langendorf a vu Le Festin de Babette. Un roman pervers et jubilatoire.

 

Christopher Gérard

 

Jean-Jacques Langendorf, Zanzibar 14, Ed. Infolio.