16 mai 2012
Vogelsang ou la mélancolie du vampire

« Les grandes villes du monde ont "leur" écrivain. Dublin, New-York, Berlin, Le Caire pour ne citer qu’elles. La capitale de l’Europe a longtemps été boudée par les romanciers qui préfèrent situer outre-Quiévrain leurs inventions romanesques.De livre en livre Christopher Gérard est peut-être en train de devenir l’écrivain de Bruxelles, avec un "E" majuscule. »
Bel entretien radiophonique avec Edmond Morel ce 16 mai 2012:
http://www.demandezleprogramme.be/Ecoutez-Christopher-Ger...
« Monsieur Gérard a la plume alerte. Son vampire a la classe de Christopher Lee et l'appétit de Tom Cruise. Nuit canine, nuit de Chine ! »
Service littéraire, mai 2012
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« Jouant avec une habilité consommée, Christopher Gérard multiplie les références, les sous-entendus, les allusions perfides et perverses. Les fastes d’enfer et un brin de bouffonnerie font de ce roman un régal. »
Alfred Eibel, Valeurs actuelles, 10 mai 2012.
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"Ce conte entre cannibalisme et dandysme ne transpose pas seulement le mythe du vampire dans les rues de Bruxelles, il le recrée par l’imagination rocambolesque du romancier comme par son regard sur le monde actuel : la fin d’une époque, la nostalgie d’une culture qui s’enfonce dans l’oubli comme fondent les glaces de l’Arctique, le goût des mythes dans lesquels les hommes se sont projetés de la forêt celtique aux rives du Gange. Cela se lit, me semble-t-il, comme en filigrane de ce récit pas triste pour autant, marbré d’ironie, tramé d’inventions narquoises et de sourires en coin. Et pourtant, si la mélancolie du vampire était aussi celle de Christopher Gérard ? "
Jacques Franck, La Libre Belgique, 7 mai 2012:
http://www.lalibre.be/culture/livres/article/736442/un-va...
et entretien avec l'auteur sur:
http://www.vampirisme.com/interview/gerard-interview-voge...
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Le roman a été évoqué dans l'émission de J.-P. Hautier, "Bonjour quand même" le mardi 8 mai à 9h
http://www.rtbf.be/radio/player/lapremiere/podcasts?c=LP-...
Il fait aussi l'objet d'une chronique dans l'émission 50 degrés nord diffusée le jeudi 10 mai à 19h sur ARTE Belgique, et qui peut être écoutée ici: http://www.rtbf.be/video/v_50-degres-nord?id=1728543&...
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« Vogelsang ou la mélancolie du vampire se lit à cette allure dont on découvre les textes inattendus : celle de la délectation empressée. (…) Sans jamais sombrer dans le roman de genre, Christopher Gérard revisite avec panache la veine fantastique en lui prêtant une dimension authentiquement décalée. (…) A l’aurore d’un nouveau millénaire, Christopher Gérard persiste à manier la plume fin-de-siècle – une audace où il excelle. »
Frédéric Saenen, Le Magazine des Livres, avril 2012
Pour lire l'article complet: http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=...
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Mon vampire à moi est mélomane, musicien et quelque peu dandy. Il vit et tue à Bruxelles dans le souvenir du Paris de Louis-Philippe, du Moscou d'avant la Révolution, du Vermont des années 60. Le regard détaché - avant tout celui d’un prédateur - qu'il jette sur l'homme moderne comme sur notre époque se révèle singulier. Sa rencontre avec une humaine, Penthésilée, lui fera découvrir les affres de l’amour et scellera leur destin.
Vogelsang peut se lire comme un conte philosophique sur l'amour, la mémoire et la mort. J’y vois aussi une tragédie d'où l'humour noir n'est pas absent. Le mythe du vampire s’y trouve subverti, traité sur un mode parfois satirique afin de susciter une réflexion sur la fuite du temps, l'évolution de l'humanité, les pouvoirs cathartiques de la musique (chaque chapitre se termine par un intermède musical symbolique où apparaissent e. a. Richter, Gould et Lipatti).
La psychologie de mon prédateur - complexe et fascinante - renouvelle l'image du vampire tout en conservant des archétypes du récit vampirique, avec des clins d'œil cinématographique (de Nosferatu à Morse) et littéraires (de Stoker à Rice) qui combleront les amateurs.
18:08 Publié dans Opera omnia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, vampire
Avec Paul Morand
« Voyager, c ‘est s’étonner ; sinon le voyage n’est plus qu’un déplacement » disait Paul Morand à la fin de sa vie. Rassemblés avec bonheur par Olivier Aubertin, grand connaisseur de Morand comme de Jünger, quatre élégants opuscules nous laissent entendre la voix de l’écrivain diplomate, qui s’y révèle historien et géographe à la fulgurante lucidité autant que poète de haut parage.
Après D’autres Venise et Entre Rhin et Danube, voici Bains de soleil et l’Espagne au deuil éclatant, Madère et les Açores avant le tourisme de masse, la Crète et Tanger vus d’un œil de poète et de géopoliticien. Et So British ! : l’Angleterre traditionnelle que Morand aima comme sa seconde patrie. N’était-il pas formel et silencieux, amateur de chevaux et globe-trotter, passionné d’étiquette, de régates et de chasse au renard ? Quel écrivain français aura, mieux que Morand, décrit la dette de son pays à l’égard de cette vieille culture « où s’affirment la primauté de la morale, l’amour de la liberté et de l’indépendance, où dominent le sens civique, le respect de l’épargne, la vénération du contrat constitutionnel et l’appel à l’unanimité quand il s’agit de le modifier, l’horreur de toute oppression, même majoritaire et à plus forte raison minoritaire, le sens de la transaction vivable, l’aversion pour tout gouvernement confondant l’exécutif et le législatif, la déférence reconnaissante envers la bourgeoisie, état-tampon entre la tyrannie et l’insurrection » ?
L’homme savait tout, voyait tout et écrivait comme personne.
Paul Morand, Bains de soleil et So British !, aux éditions Nicolas Chaudun.
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Quel meilleur guide que Paul Morand pour suivre, au fil de l’eau, l’axe de l’Ancienne Europe ? L’homme savait tout, voyait tout et écrivait comme personne. Bayreuth, Walhalla orchestral, et ses mélomanes bavards comme des pies, décrit en 1931 avec un mélange d’impertinence pince-sans-rire et d’angoisse devant les prophètes de vengeance d’une Germanie mal vaincue. Le Rhin et ses auberges aux meubles luisants ; Vienne et ses palais, « capitale d’un monde révolu » ; Budapest l’orientale et ses cicatrices ; Prague « sous la neige rose des fleurs de cerisiers »,… Magnifique descente que nous offre, le log du Rhin et du Danube, « serpent long comme deux fois la France » aux eaux tour à tour moussues et huileuses, un Morand elliptique et suprêmement cultivé. Mélancolique aussi, car il cache à peine sa nostalgie du monde d’avant le cataclysme d’août 1914, celui du Saint-Empire, quand les Habsbourg, hobereaux helvètes devenus empereurs régnaient sur la Mitteleuropa. Seuls les lecteurs superficiels prendront pour un mondain Art déco un auteur aux intuitions profondes (« De la Mandchourie à l’Alsace et au Valais, il existe une civilisation du poêle »), au regard d’autant plus acéré qu’il avait vécu une grande partie de son existence hors de France et qui, en 1925, répond à un détracteur : « I am simply an author ; and like the Danube, I carry impartially corpses and flowers ».
Le même éditeur nous permet de découvrir un autre ensemble de textes rarissimes de Morand consacrés à Venise. Les amoureux de la Sérénissime, et les lettrés en général, connaissent tous Venises, l’un de ses seuls textes autobiographiques où il revient sur ses quarante séjours dans la lagune. D’autres Venise se glissera dans la poche de votre redingote avant d’aller s’asseoir « sous le Chinois », au Florian. D’autres Venise : une incursion à toute allure dans Venise (cent vingt églises, quatre cent onze ponts, zéro voiture), portée par un style sec et rapide comme une vedette. Erudit, drôle (« Midi ; personne ne parle plus ; les Vénitiens ont des spaghettis plein la bouche ; ils y ajoutent tant de fruits de mer que les nouilles deviennent algues. »), cruel, snob – mais oui, et alors ? - ; Paul Morand, semper idem. Vous y croiserez Henri de Régnier, Alfred Fabre-Luce, Byron et Montaigne. Wagner et les vaporetti, des cigares et des monocles. D’autres Venise.
Paul Morand, Entre Rhin et Danube, et D’autres Venise, aux éditions Nicolas Chaudun.
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L'un des rares écrivains français ayant fait, dès ses débuts en 1949, "allégeance au Rêve", Marcel Schneider connaît sur le bout des doigts le Romantisme allemand, l'opéra et le monde de la danse. Un esthète au sens le plus noble du terme, bref un civilisé, qui suivit le conseil de son ami Dumézil: "Plonge-toi dans la forêt de toi-même, c'est là que tu trouveras les dieux". Ce qu'il fit, à rebours des modes. A lire les cinq volumes de L'Eternité fragile, ses mémoires, on reste pantois devant le récit d'une vie aussi riche: Cocteau, Dumézil, Nouréev, Jünger, Chardonne, Marie-Laure de Noailles ou Selma Lagerlöf, qui n'a-t-il fréquenté? Quiconque se plonge dans Ce que j'aime ne pourra que frémir de bonheur tant M. Schneider correspond à l'Anarque, insurgé d'une exquise courtoisie, toutefois dénué de la moindre complaisance pour les producteurs de toxines qui tiennent le haut du pavé. Romancier sensible, gardien d'une tradition menacée, nostalgique du Saint-Empire (« une construction grandiose et superbe, à la puissance invisible »), M. Schneider se révèle surtout moraliste de haut parage. Comment en effet ne pas se reconnaître dans cette maxime : « Ce qui s’oppose au monde qui nous environne a le plus de chances de s’affirmer et de durer » ?
Vers 1960, Denise Bourdet le présenta à Paul Morand, dans le mythique appartement de l’avenue Charles-Floquet, avec ses têtes de Bouddha et ses meubles chinois. Très vite, ces deux écrivains très différents deviennent complices, à tel point que c'est Marcel Schneider qui héritera la garde-robe de l'académicien. Telle est la trame de Mille roses trémières, bouleversant Tombeau pour Monsieur Morand. Certes, M. Schneider n'arrache pas tous les masques de l'homme pressé… qui avait dit l'essentiel dans son dernier roman, Tais-toi. Mais tous les amis de Morand, tous ceux qui le tiennent pour l'un des plus grands écrivains français du siècle, tous ceux qui - j'en suis - ont exulté à la lecture des quinze cents pages du Journal inutile, ce livre qui scandalisa tout ce que la France compte de médiocres et d'envieux (parmi les rares exceptions, l’ambigu Sollers, qui parle d’aristocracisme), toux ceux-là serreront Mille roses trémières contre leur cœur. Car ce livre, à l’instar du Journal de Jünger, comme Les étonnements de Guillaume Francoeur ou Le Treizième César, est l'un de ces talismans que l'on ne prête pas mais que l'on offre à qui en est digne. D'emblée, M. Schneider définit son ami: Morand, c'est le style Flaubert, c'est-à-dire le contraire de la chiennerie moderne. Morand fut le témoin attentif de la fin d'un monde: "aujourd'hui où tout est perdu, où nous vivons dans les décombres de ce qui fut une grande civilisation, on mesure ce qu'il entrait de lucide désespoir dans la hâte de Morand à fixer les derniers reflets, les ultimes vestiges de ce qu'il considérait comme la grandeur et la beauté". Confondant avec une rare maestria art de vivre et art d'écrire, Morand comprit le premier que l'heure était venue et qu'il ne lui restait plus qu'à faire de sa vie une œuvre d'art. Dandy, Morand? Cliché facile (jazz, cocktails et Hispano Suiza) de l'indifférent muré dans son snobisme, qui masque l'écorché vif, le patricien désespéré du suicide de sa race, l'écrivain solaire face au déchaînement des forces démoniaques. Grâce à la ferveur de Marcel Schneider, héritier fidèle, l'immense Paul Morand est parmi nous.
Ancien élève de l’E.N.S., Michel Collomb a édité Morand dans la Bibliothèque de la Pléiade. Au cours de ses travaux, il a eu accès à des sources inédites, d’où l’intérêt du recueil rassemblant quatorze articles d’une plaisante lecture, car, s’il est érudit, M. Collomb ne donne jamais dans la « déconstruction » à la mode chez les gras chanoines de Notre Mère la Sainte Université.
Admiré par Céline, Morand demeure l’un des grands stylistes français du XXème siècle, qui poussa le paradoxe jusqu’à illustrer une vision du monde pré-moderne (anti-moderne, comme dirait A. Compagnon) par des procédés littéraires révolutionnaires. Art de l’ellipse et de l’accélération, fragmentation du texte et mises en abyme, Morand se joua des règles avec un rare brio – relisons Hécate - et incarna, à sa manière faussement désinvolte (ce mondain travaillait comme un forçat), une Révolution conservatrice à la française.
Chez Morand, la nostalgie du monde ancien a pour corollaire un intérêt soutenu pour les changements de la modernité : son esthétique de la vitesse se fonde ainsi sur la conscience aiguë de l’érosion finale et l’intérêt pour les progrès techniques reste sans illusion aucune. En un mot, que Collomb n’écrit pas, Morand est un écrivain tragique : Tais-toi, dont il n’est malheureusement pas question dans ce recueil, en constitue une parfaite illustration. De même, l’auteur du Journal inutile, étudié par notre clerc avec une compréhensible prudence, défend page après page un aristocratisme qui refuse tout reniement, – posture ô combien inhabituelle dans la gent littéraire. Les critiques s’en tirent en avançant que Morand n’aurait pas « compris » son époque, alors que sa lucidité sur le suicide européen est sans faille.
Collomb repère chez Morand l’influence profonde du pessimisme historique schopenhauerien comme d’une forme de darwinisme, qui expliquent entre autres sa hantise du péril jaune. Il cite aussi un passage sur les pédérastes, qui date de 1926 : « Nouvelle Internationale, comme tant d’autres libérés par la guerre, ces nouveaux riches se risquèrent, puis pullulèrent, se répandirent partout avec cette indiscrétion, ces petites fureurs, ce prosélytisme froufroutant qu’on leur connaît. Ayant grandi dans les catacombes, ils s’épanouirent vers 1920, comme une société secrète s’emparant du pouvoir et heureuse de faire des statuts ésotériques de l’ordre la constitution même de la république. (…) C’est alors que les modes, les salons, les cafés, l’art, furent envahis d’une gent amère, insidieuse, ayant du goût à en périr et rien que cela, impulsive, névrosée, subtile, puérile et empoisonnée. » Une fine lame, et un grand classique.
Christopher Gérard
Marcel Schneider, Mille roses trémières. L'amitié de Paul Morand, Gallimard, 136 p., 12,50 euros. L'Eternité fragile (5 volumes), de même que Ce que j'aime, chez Grasset.
Michel Collomb, Paul Morand. Petits certificats de vie, Editions Hermann, 152 pages, 22€.
17:27 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : morand, littérature, voyage
02 mai 2012
Christopher Gérard
"Le nom de cet écrivain belge est parvenu jusqu’à moi grâce à un commentaire dont il a aimablement gratifié un de mes billets. Il tient un blog remarquable de goût et de culture. Il ne suffit pas d’être cultivé. Encore faut-il l’être assez pour choisir sa culture. Tel est le cas de Christopher Gérard dont les goûts littéraires dessinent une famille. Cette photo de lui lisant le manifeste Chap m’a fait sourire. Admirez, à l’arrière-plan, l’élégance chapiste des petits oursons"
dixit: http://lechouandesvilles.over-blog.com/article-de-quelque...
18:24 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : narcisse, ego, écrivain, élégance
18 avril 2012
Stendhal Club
Tous le croyaient à jamais disparu et voici qu’il ressuscite par la grâce d’un quarteron d’écrivains menés par Charles Dantzig. Les membres ? Une poignée, sélectionnée de la manière la plus cavalière du monde. Leur revue ? Une élégante livraison publiée avec panache par un Russe francophile. Dans ce numéro 1, hommage y est rendu à quelques prédécesseurs, dont le preux Jean Prévost. Parfait exemple d’érudition sauvage (ou amoureuse), la revue cède la parole aux distingués membres, libres de butiner dans la vie et dans l’œuvre de Stendhal. En guise de manifeste, le volume contient les 23 articles des Privilèges (« Le privilégié pourra changer un chien en une femme, belle ou laide » art. 19), essentiels pour définir et la démarche du Club et l’art de vivre d’une phratrie dispersée aux quatre vents.
Christopher Gérard
Revue du Stendhal Club, n° 1 Rose Stendhal et vert Beyle, 15€
20:40 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, stendhal
Sur Félicien Marceau, Lovecraft et Stendhal
Voir sur http://www.lespectacledumonde.fr/
mon article sur Félicien Marceau et mes notes sur le Lovecraft de Didier Hendrickx (L'Age d'Homme) et le Petit catéchisme stendhalien de Philippe Berthier (B. de Fallois).
20:26 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, félicien marceau, stendhal, lovecraft


