03 décembre 2009

Sébastien Lapaque, écrivain français


Né à Tübingen d'un père officier, Sébastien Lapaque a étudié l'histoire et la philosophie à la Sorbonne avant de se consacrer avec une réjouissante liberté d'esprit à la critique littéraire, de Réaction au Figaro. Surtout, Sébastien Lapaque est écrivain, l'une des voix les plus singulières d'aujourd'hui. Enfin, Lapaque s'impose comme le meilleur connaisseur des vins non trafiqués et, en fait, de l'art de vivre traditionnel en tant que mode de résistance à l'aliénation techno-marchande. On l'a connu exégète de Bernanos, chantre du Brésil indompté, défenseur du Grand Siècle, polémiste de race. Un humaniste au savoir amoureux, doublé d'un gourmet, mais attention, un gourmet aux griffes acérées, car notre "animal politique" entend combattre l'imposture aux mille faces. Bref, un mixte de reître et de lettré.
Le voilà qui publie un roman, Les Identités remarquables, ou la dernière journée d'un condamné à mort. Pas celui de l'Armée des ombres (inoubliable Lino Ventura) ni l'un de ces soldats perdus à la Schoendoerffer. Nenni: un professeur de lycée, non syndiqué, qui ne ressemble donc pas à Bruno Cremer. Et qui n'officie pas dans une banlieue du Nord dévasté par les délocalisations, mais bien sur les rives de l'Adour; au soleil. Flâneur impalpable et pourtant bien présent, hédoniste gentil, paresseux qu'on a envie de secouer par les bretelles, dont l'unique aventure reste l'amour. L'élue? Une exquise marchande de jouets, Caroline, elle, vraiment éprise de son Louis. Peut-être aussi Laurence, qui joue à la banquière. Notre condamné, on l'aura compris, est un velléitaire, un amnésique aussi. Dieux merci, la Providence lui fait rencontrer Laroque, Lucien Laroque, agrégé de philosophie, boxeur, dandy prolétarien et "conspirateur du sublime", - le personnage le plus attachant du roman. Ses plus belles pages évoquent a mon sens l'amitié entre les deux hommes: "son mépris a rendu plus intelligent ton chagrin, ton chagrin plus sensible son mépris". Nos deux amis communient entre autres dans la nostalgie des campagnes d'Alexandre le Grand ("armement, mouvement, moral"). Apparaît un couple étrange, Mademoiselle Mystère et son frère, à la carrure de tueur. Une faute, un héritage. Un cambriolage, une vengeance rêvée depuis vingt ans, un concierge portugais. Acta est fabula.
Je me suis régalé à la lecture de ce roman, que j'ai lu comme une sorte de memento mori et d'exaltation du "divin imprévu" cher à Stendhal. La langue en est ferme, classique, nourrie de souvenirs de lecture, d'une densité devenue bien rare. L'époque y apparaît pour ce qu'elle est: celle de la grande rupture, de la liquidation festive du monde ancien, de l'omniprésence d'une technique démoniaque. Mais Lapaque garde un sourire faussement léger, un sourire à la Nimier, tant son beau roman me donne l'envie de relire Les Enfants tristes. Une dernière citation, pour la route: "pense à ceux qui souffrent, vois ceux qui t'aiment".

Christopher Gérard

Sébastien Lapaque, Les Identités remarquables, Actes Sud, 18 sesterces.
& Le petit Lapaque des vins de copains, Actes Sud, 16 sesterces.

Paru dans Le Magazine des livres, novembre 2009

ENTRETIEN AVEC SEBASTIEN LAPAQUE

Qui êtes-vous?

Dans Les Identités remarquables, le héros se rappelle le temps où il aimait «tout ce qu’il peut y avoir de sonore dans une idée» — partant dans une définition de soi. Et son ami Laroque se souvient qu’il épatait les filles en citant Alcméon de Crotone ou Nonnos de Panopolis. À l’orée de son âge d’homme, on aime le bruit, les mots qui claquent, les citations, les références. Comme eux, j’ai dû me sentir tour à tour classique et romantique. Aujourd’hui, je pourrais continuer. Me dire anarchiste chrétien ou catholique baroque. Mais la configuration du monde en tribus par l’économie autonomisée ne me donne pas envie de me bricoler une identité. Je préfère écouter le Paul de l’Epître aux Galates : «Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.» Et puis, si je savais qui j’étais, je n’écrirais pas de livres.

Quelles ont été pour vous les grandes rencontres?

Né trop tard dans un siècle trop vieux, c’est dans les livres que l’on fait ses rencontres les plus marquantes. J’aimais Balzac, Flaubert, Simenon. Je n’ai pas le souvenir d’avoir reçu l’enseignement décisif d’un professeur, sauf un professeur de physique-chimie (!) qui m’avait donné à lire L'adieu au roi de Pierre Schoendoerffer en classe de seconde. Au lycée Hoche à Versailles, je subissais les cours de vieux marxistes ralliés aux vertus de l’économie de marché et des droits de l’homme. C’était la fin des années 1980, la Bourse, l’argent, l’Empire du Bien, l’impératif catégorique d’Emmanuel Kant, bientôt les bombes incendiaires sur l’Irak… Vous voyez le genre… Pour avoir des bonnes notes, il fallait aimer Brecht et Sartre… Enfant, j’aimais l’aventure : Stevenson, Maurice Leblanc. À quinze ans, je lisais Saint Exupéry et Guy de Larigaudie… J’ai découvert ce qu’était la littérature avec l’œuvre de Bernanos, les essais d’abord, puis les romans. J’avais remarqué La Liberté pour quoi faire ? en librairie, le titre m’avait conquis. À la même époque, j’ai lu Maurras : c’était un bon moyen d’exaspérer les imbéciles. Mais avec Bernanos, j’avais ingurgité l’anticorps avant de prendre le poison. J’ai vite compris que le maurrassisme était un modernisme. Je préférais Pascal, Simone Weil, Jacques Maritain et le François Mauriac des romans et du Bloc Notes… L’humanisme intégral… C’est mon côté catho de gauche… À l’époque, il y avait aussi Orwell… Mes anticorps à la Critique de la raison pratique, c’était la Somme de saint Thomas d’Aquin, que j’ai toujours gardée à portée de main, et l’Ethique à Nicomaque d’Aristote. En 1988, j’avais dix-sept ans lorsque ont paru les Commentaires sur la Société du spectacle de Guy Debord aux éditions Lebovici. J’ai eu la chance d’avoir des amis plus âgés qui m’ont conseillé d’acquérir ce volume à la couverture grise. Quel tremblement… «La construction d’un présent où la mode elle-même, de l’habillement aux chanteurs, s’est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l’impression de croire à un avenir, est obtenue par l’incessant passage circulaire de l’information, revenant à tout instant sur une liste très succincte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d’importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes, sur ce qui change effectivement. Elles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son autodestruction programmée.» Je me souviens qu’un de mes voisins, fils de bonne famille qui étudiait à Sciences-Po, m’avait surpris dans un train de banlieue avec ce livre entre les mains… «Qui t’a dit de lire ça ?» … Il avait raison de me parler comme ça. Qui ? Héritage et transmission, «générations d'esprits fécondants et d'esprits fécondés, qui à leur tour fécondent d'autres esprits ; filiation des maîtres et des disciples» (Larbaud) : c’est là toujours toute la question.


De Narcisse à Clytemnestre, les figures de la mythologie sont très présentes dans votre œuvre. Ce que vous nommez «le plus ancien et le plus caché»…

Pardon de faire le cuistre en citant le Proust de Contre Sainte-Beuve, mais ce n’est pas S.L. qui s’exprime dans les Identités remarquables… «Un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices.»… C’est Laroque qui évoque l’importance de la «ce qui est le plus ancien et le plus caché». Dans les Idées heureuses, mon précédent roman, le héros se faisait appeler Philoctète. Lui aussi savait que l’Antiquité, c’est le trésor enterré au fond du jardin auquel on ne revient pas par hasard, mais parce qu’on connaît son prix. Faire retour à Homère, Thucydide ou Platon, convoquer les figures de la mythologie, mettre en scène leur réelle présence, c’est savoir qu’il y a du toujours dans le temps qui passe. Voué à naître orphelin et à mourir célibataire, l’homme du XXIe siècle n’aime pas entendre ce toujours. La survalorisation de sa singularité lui fait écarter le trésor de l’expérience humaine. Tant pis pour lui.


Votre dernier roman, Les Identités remarquables, peut-il se lire comme un memento mori contemporain, une mise en garde ainsi qu'une illustration de cette philosophie tragique que Clément Rosset, que vous avez peut-être lu, avait synthétisée il y a plus de quarante ans?

Clément Rosset est longtemps resté caché dans un angle mort de ma bibliothèque. C’est mon amie Alice Déon, qui dirige les éditions de la Table Ronde, qui a insisté pour que je le lise. Le sentiment tragique de la vie, je l’avais trouvé auparavant chez Pascal, Kierkegaard, Bernanos. Qui saura à quel point leur cœur a saigné ? Ce que j’aime chez Pascal, c’est le sentiment aigu de l’ambiguïté du monde et du caractère inauthentique de la vie quotidienne. Les identités remarquables essaie de traduire ce sentiment en employant des moyens qui appartiennent au seul roman.

Pour revenir à ma première question, qui êtes-vous, puis-je voir en vous un mélange de reître (comme le sous-lieutenant Laroque, le narrateur de votre roman) et de lettré (comme votre singulier héros - mais s'agit-il d'un héros?)?

C’est étrange que vous parliez du «sous-lieutenant» Laroque, je ne me souviens pas de lui avoir donné ce grade. Dans mon idée, bien qu’agrégé de l’Université et boxeur amateur de bon niveau, Laroque a fini son service militaire avec le grade de caporal-chef, incapable d’être passé sous-officier, et a fortiori officier, à cause de son franc-parler. Laroque, c’est un garçon que je vois bien siffloter «le Déserteur» en passant sous les fenêtres de son colonel avec la Médaille miraculeuse cousue au fond de son béret amarante… Mais bon, si vous dites qu’il est sous-lieutenant, c’est que j’ai dû l’écrire quelque part. Sous-lieutenant, c’était le grade Stendhal au sein du 6e régiment de Dragons, l’ancien La Reine Dragons du siècle de Louis XIV. C’est le régiment dans lequel Bernanos s’est engagé en 1914 et dans lequel il a servi pendant presque toute la Première Guerre mondiale. Il a fini avec le grade de brigadier… Mais revenons-en à nos reîtres et à nos lettrés… Laroque n’est pas mon double, le héros non plus. Le personnage que j’aime le mieux, dans mon roman, c’est Caroline, la petite marchande de jouets : simplicité, tendresse, intelligence.

In vino veritas pourrait être l'une de vos devises. Dionysos semble lui aussi omniprésent dans le roman comme dans ce précieux Petit Lapaque des vins de copains, dont le cru 2009 est enfin disponible chez les cavistes ?

Dionysos, c’est le deux fois né, celui qui vient semer le désordre régénérateur au sein de nos vies trop bien peignées. Dans un roman, comme dans la vie, il faut que la folie joue sa partie. Le vin, c’est une extension du domaine de la lutte. L’important est de proposer un art de vivre complet, une vision du monde cohérente pour faire face à la dévastation capitaliste. J’ai présenté ma collection de vins une première fois en 2006, je récidive : avantage aux vins de vignerons, expressifs et naturels, non trafiqués, peu ou pas soufrés, « à boire entre amis, « entre hommes », probablement en grande quantité, pour discuter rugby » comme l’écrit le critique anglais Paul Strang, qui est un peu l’anti Robert Parker, vous l’aurez compris. Ces vins « nouvelle vague » ont pris l’avantage sur les bêtes de concours bodybuildées. Et je crois savoir qu’on en trouve dans de nombreux endroits en Belgique. En épigraphe de la nouvelle édition du Petit Lapaque des vins de copains, j’ai reproduit une réflexion de Joan Sfar qui résume mon propos. «Il me semble que la pensée occidentale, qu’elle soit religieuse ou philosophique, s’est bâtie autour de deux éléments sacrés : le vin et les étoiles. On boit, on regarde le cosmos et on invente la Bible, la pensée dialectique, la géométrie, l’amour du prochain, le Graal, le roman moderne. On ne peut vivre debout que si l’on est perpétuellement tendu entre la terre et le cosmos. Perdre ces deux liens c’est redevenir des singes. Aujourd’hui, on ne voit plus les étoiles à cause des lumières des villes. Voilà qu’on nous propose de tous boire le même vin. On a le droit de dire NON, parfois ?»


«Ce monde (…) borgne et bête, fragile, méchant, infantile, agité, orgueilleux», «ce siècle en miettes» : me permettrez-vous de vous considérer comme appartenant à la noble cohorte des antimodernes?

J’ai lu les Antimodernes d’Antoine Compagnon. Je ne vais pas vous mentir en prétendant que la place avantageuse que vous me réservez sur la photographie de famille aux côtés de Joseph de Maistre, Charles Baudelaire, Léon Bloy, Charles Péguy, Jean Paulhan et Roland Barthes me déplaît. Mais j’en reviens à votre première question : je ne suis pas en recherche d’une tribu. L’écriture est un exercice solitaire, une responsabilité personnelle. Attendez que je sois mort pour savoir dans quelle case me ranger : six pieds sous terre, tout cela n’aura plus beaucoup d’importance. Ce qui ne veut pas dire que je me crois le seul dans mon genre. J’ai des maîtres, j’ai aussi des contemporains. Parmi les écrivains de ma date, j’éprouve un sentiment de fraternité à l’égard de Jérôme Leroy, Jean-Marc Parisis et François Taillandier. Mais nous n’avons pas la prétention de former une école ou un groupe constitué. Vous me direz que nous n’en avons plus la possibilité… N’importe ! Nous vaincrons parce que nous sommes les plus faibles.

Propos recueillis par Christopher Gérard, entre Amazonie et Brabant, équinoxe de septembre 2009.

28 octobre 2009

Michel Déon

Avec Lettres de château (Gallimard), Michel Déon nous offre un splendide exercice d’admiration. Alors que tant d'écrivains oscillent quand il s'agit de rendre hommage à leurs enchanteurs, Déon choisit de leur rendre une visite de digestion. Un lettré salue ceux qui l'ont nourri - peintres et poètes - avec une épatante capacité d’émerveillement, juste ce qu'il faut d'humour, beaucoup de gratitude et, last but not least, de réels moments de grâce. Ses pages sur Nicolas Poussin suscitent ainsi un bonheur qui rappellera la lecture d'Un déjeuner de soleil ou des Poneys sauvages. En quelques lignes lumineuses, Déon partage ses réflexions sur un peintre qui "a abordé des rivages inconnus, dialogué avec des puissances ou ténébreuses ou radieuses". Toulet (Déon prononce le t final), Braque et Manet, Apollinaire et Conrad nous valent des pages témoignant d'une éblouissante maîtrise sans rien de brillant. Non, simplement, un gentilhomme nous guide dans sa mémoire et restitue un monde, celui de l'Europe civilisée.

Tous les aficionados de Déon liront donc ce livre… et prieront le libraire Eric Fosse ( fossefosse.e@wanadoo.fr) de leur céder, à prix d’or s’il le faut, le catalogue qu’il a édité à l’occasion des 90 printemps de MD : belle préface de Pierre Joannon (connu de tous les amoureux de l’Irlande comme des déoniens – it’s all the same). Et des raretés : le mythique Adieu à Sheila (Robert Laffont, Marseille, 1944, avec envoi), Amours perdues (Bordas, 1944), des grands papiers en veux-tu en voilà, des E.O. par dizaines, la Lettre à un jeune Rastignac (celui-là, je l’ai !) avec envoi à Raoul Girardet, des éditions rares illustrées, le manuscrit d’Ariane à Naxos relié par Miguet, celui du Dieu pâle (que MD semble considérer comme un péché de jeunesse), bref : Byzance.

Surtout, l’E.O. de Plaisirs, par Michel Férou, aux éditions de Paris, la mythique série blonde : le roman coquin de l’ermite de Tynagh.

 

Christopher Gérard

 

13 octobre 2009

Langendorf

Plus connu en Italie et dans le monde germanique que dans son Helvétie natale, Langendorf est l’auteur d’un livre culte, Un débat au Kurdistan (1969), où ce spécialiste de la pensée stratégique illustrait une philosophie du renseignement.  Féru d’histoire militaire, fasciné par les empires austro-hongrois et ottoman, Langendorf a aussi écrit sur la mystique, l’érotisme, les ours ou les tortues ; bref, l’homme fait montre d’une érudition allègre, jamais gratuite. Son dernier roman, Zanzibar 14, nous plonge dans les touffeurs de l’Afrique orientale, à la veille de la grande conflagration. Nous y suivons à la trace Wilhelm von Kampe, alias le Docteur Auberson, alias Monsieur Albert, alias Mister Camp, un Nachtrichtenoffizier au service du Kaiser. Agent efficace, doté d’un instinct sûr et d’un remarquable sens de l’observation, cet espion qui se fait passer pour un médecin suisse amateur de papillons renseigne Berlin sur les mouvements de la Royal Navy dans une zone stratégique. A perfect spy ? Presque, car notre prédateur a un défaut : le goût du meurtre (au cran d’arrêt, seize centimètres). Un commander venu de Londres, chargé d’enrayer par tous les moyens l’infiltration d’agents allemands du Congo au Mozambique, le piste. Tous les moyens ? Même les plus inattendus, qui tiennent du supplice chinois et de la cuisine, car Langendorf a vu Le Festin de Babette. Un roman pervers et jubilatoire.

 

Christopher Gérard

 

Jean-Jacques Langendorf, Zanzibar 14, Ed. Infolio.

 

 

12 octobre 2009

Aux Armes de Bruxelles

 

L’Age d’Homme a publié en mars mon dernier ouvrage:  Aux Armes de Bruxelles, portrait contrasté d’une ville trop méconnue, y compris par ses propres habitants. A la suite du héros de cette quête amoureuse, lancé à la recherche de la mystérieuse Louise, le lecteur flâne au fil des saisons dans les rues et les parcs de Bruxelles. Il se recueille dans les églises et rêve dans les musées, pousse la porte de boutiques puis s’attable dans des restaurants et des salons de thé avant de rencontrer des antiquaires et des libraires hors du commun. Au cours de cette pérégrination où se mêlent le passé et le présent, il croise Baudelaire et Charles Quint, Ghelderode et Horta, Bruegel et Tintin. Il part à la découverte de lieux singuliers – et de bonnes adresses - sur les traces d’artistes célèbres, dans l'atmosphère typique d’une certaine Belgique, charnelle et magique. 

Ouvrage unique en son genre, Aux Armes de Bruxelles est à la fois un guide littéraire et un récit gourmand: un livre de savoir et de plaisir.

 

 Aux Armes de Bruxelles

 récit,Collection La petite Belgique,

dirigée par Jean-Baptiste Baronian

186 p., 19 €

 

http://www.lagedhomme.com/boutique/<...

 

 

L'ouvrage d'un collectionneur d'antiques qui aurait trempé une fibule dans l'encre du souvenir. (...)

Une petite douceur qui envoûte par un effet de sortilège tout ghelderodien.

 

R. Demaeseneer, Le Carnet et les Instants, octobre 2009

 

Un parcours de lettré et d'épicurien,

un guide de toutes les gourmandises du corps, du coeur et de l'esprit.

Et bellement écrit.

France Bastia, Revue générale, septembre 2009

 

 

Léger, vif, jubilatoire, euphorique, espiègle. C’est le ton d’un mousquetaire septentrional qui connaît tous les secrets de sa capitale et nous les fait partager. (…) Christopher Gérard est délicieusement gourmand, il sait préparer les plats tout autant que les livres. Sous sa main experte, l’initiation à sa ville devient comme une dégustation à livre ouvert. Les arts de la plume et de la table y voisinent. Alexandre Dumas et Brillat-Savarin réunis

François-Laurent Balssa, Le Choc du mois, juin 2009

 

  

"Un quadrillage alerte, considérablement plus précis et peuplé de fantômes que les guides habituels"

Claire Devarrieux, Libération du 18 juin 2009

 

 

Le livre a aussi été salué par Jacques De Decker dans Le Soir du 27 février : « un livre délicieux, dont on peut dire qu’il est un des plus fervents que la ville ait inspirés ; (…) L’auteur se promène dans Bruxelles comme autour de sa chambre, (…) il pérégrine parmi ses lieux d’élection, librairies, jardins publics, musées, maisons de thé et autres étapes hospitalières d’une capitale dont il nous confirme qu’elle est imprégnée d’un art de vivre sans équivalent. (…) Il nous donne là un ouvrage qui deviendra un talisman que se recommanderont les Bruxellois de souche et de cœur, et un sésame indispensable à ceux qui se sentent la vocation de les rejoindre. »

 

http://www.lesoir.be/culture/livres/un-sesame-pour-bruxel...

 

 

et, à la radio, au micro de l'écrivain Jean Jauniaux:

 

  http://www.demandezleprogramme.be/Aux-Armes-de-Bruxelles-...

 

Dans La Libre Belgique du 6 mars, Jacques Franck a salué l'ouvrage en termes fort élogieux:

"Christopher Gérard, infatigable piéton de Bruxelles, infatigable lecteur, infatigable fouineur, excentrique rêveur."

 

http://www.lalibre.be/culture/livres/article/486604/ces-r...

 

 

ou, sur parutions.com, la chaleureuse chronique de l'écrivain Frédéric Saenen:

  

http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&sr...

Dans Valeurs actuelles, l'écrivain Bruno de Cessole loue "une délicieuse flânerie dans un haut lieu de la civilisation du Saint-Empire, sous la conduite d'un guide qui sait à la fois voir, décrypter, décrire et écrire."

 

http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/...

 

"Vous avez l'imagination nervalienne et rien n'est plus rare aujourd'hui"

Philippe Barthelet

 

"Plaisant et badin, poli et polisson, curieux et culturel, inédit et érudit, gourmand et gastronome...

brisons là la litanie des adjectifs pour me suffire d'un mot: régal."

Bernard Rio

 

"Ainsi, grâce à votre texte à la foix charmeur et savant, je finirai par me souvenir de ce que j'ai manqué

- oui, tout cela est exquis et douloureux."

Guy Vaes  

 

L'auteur traverse la ville comme il traverse la vie, dévoilant ce qu'on ne sait voir, décryptant un passé enseveli sous les ruines d'un monde qui ne demande qu'à renaître."

Alain Lefebvre, Juliette et Victor

 

 

"Il faut savoir flâner, s'attarder, savoir perdre un peu de temps, et vous le faites de façon raffinée.

Ghislain de Diesbach

 

"Christopher Gérard arpente les venelles de Bruxelles en digne fils de cette histoire tourmentée et ensanglantée,

il est le soldat perdu de l'Empire qui ne veut pas mourir.(...)

Il réalise l'impossible union, celle de la plume et de l'épée, celle de la pierre des bâtisseurs et celle philosophale. Rouge du sang des frères humains, et d'or comme les promesses de l'esprit."

André Murcie, Orpheus

 

Aux Armes de Bruxelles vient de faire l'objet d'une remarquable chronique sur le site

 

 http://www.europemaxima.com/spip.php?article462

 

 

sous le titre "Les Fils d'Ariane. Promenade dans une capitale d'Empire" à la date du 30 mai 2009.

 

 

30 septembre 2009

Jean Clair

Jean Clair, La Tourterelle et le chat-huant

 

« Comment peut-on croire qu’une civilisation se fonde, s’institue, se préserve et se défend avec des morales lénifiantes, molles et désarmées ? » A elle seule, cette (fausse) question donne le ton du Journal de l’historien d’art Jean Clair, La Tourterelle et le chat-huant. Dans ce troisième volume, qui fait suite aux précieux Journal atrabilaire et Lait noir de l’aube, l’ancien élève de la communale devenu académicien se souvient sans sensiblerie aucune d’une enfance pauvre qui fit de lui un exilé (« ce n’est pas pour moi »), de la vie à la campagne avant 1960 et des cycles saisonniers, de son double héritage, celui des bocages vendéens et des monts du Morvan. Il évoque sa mère avec une émotion contenue et observe notre monde tel qu’il va (de travers) : avec justesse tant dans l’expression – sa langue ravira les amateurs les plus exigeants – que dans sa réflexion, impitoyable à l’égard de l’imposture aux mille faces. De ses origines modestes, Clair a conservé un sens aigu de l’injustice, que viennent renforcer un mélange très français de raison et de contemplation classiques, un humour à l’anglaise ainsi qu’une culture à l’allemande. Si je devais définir Jean Clair par une seule épithète, je choisirais « dense ». Vieille Europe au suprême. Un civilisé, désolé d’assister au crépuscule d’un monde qui sombre dans la vulgarité  et une sirupeuse insignifiance: « qui croit encore à l’histoire ? Qui a encore envie de tourner la page pour dévoiler la suite ? » Toutefois, Jean Clair ne cède jamais à un nihilisme grincheux : s’il fustige notre déroute morale et esthétique – c’est tout un -, il le fait avec panache, sauvé par le culte de la grammaire comme par un bon sens hérité de ses ancêtres paysans. Bref, ce mélancolique a tout pour déplaire aux militants festifs de nos démocraties populacières. Lisons Jean Clair, et devenons les amis du noble Solitaire.

 

Christopher Gérard

 

Jean Clair, La Tourterelle et le chat-huant, Gallimard, 250 p.

 

Lait noir de l’aube

Ce vers de Paul Celan vient donner son titre au Journal que Jean Clair a tenu de l'automne 2005 à l'automne 2006: un cycle saisonnier pour exprimer la mélancolie et la révolte d'un lettré qui ne se console pas du "grand solde des décadences avant liquidation générale". Les lecteurs du Journal atrabilaire (Gallimard, 2006) y retrouveront les saines fulminations de l'ancien directeur du Musée Picasso, ses charges bienvenues contre la culture officielle (arts premiers, parcours citoyen, blablabla) et ses formes sournoises d'académisme (l'art moderne vu comme "épisode maniaco-dépressif de l'histoire des formes"), une pensée résolument à contre-courant qui évoque le regretté Philippe Muray, des rêves aussi comme chez Jünger, car l'esprit de Jean Clair ne demeure jamais en repos. Tout part de l'acedia qui, chez Homère, signifie l'oubli de ceux qui nous ont précédés. Nous y sommes: l'amnésie volontaire triomphe chez homo festivus au risque de voir la Cité se déliter. Un sage médiéval, Hugues de Saint-Victor, parle d'acédie pour désigner "la tristesse née de la confusion de l'esprit, de la lassitude et de l'amertume de l'âme". Malgré les narcotiques de plus en plus puissants comme la télévision et ses images mercurielles (id est vénéneuses), malgré l'hédonisme obligatoire (Fête dring dring, gay pride, Débile parade), malgré le jogging et l'obsession du corps, notre merveilleuse civilisation occidentale s'enfonce dans le marasme ou, pour citer Clair: "Nous sommes entrés, insensiblement, dans une Société anonyme composée de maquereaux et de putes". L'une des caractéristiques de cette société est son refus de l'otium, le nonchaloir typique des civilisations accomplies, remplacé par le triste et pesant negotium, le sacro-saint bizness. Le silence, la médiation, la flânerie, toute espèce de gratuité en sont proscrits. Comme jadis sous d'autres régimes, cette glissade totalitaire influence la langue des nouveaux serfs: "ces appellations qui sont autant de borborygmes, et de défis à la raison: l'"auteure", la "professeure", tous les "areu areu" d'un français retombé en enfance, mais que nous serons tenus de respecter sous peine d'être traduits devant les tribunaux, pour anti-féminismeu". Pessimiste, Jean Clair? Seuls les aveugles et les pusillanimes tenteront de se rassurer en l'étiquetant de la sorte. Les autres apprécieront sa vision tragique, tempérée par un amour de l'art et par une culture humaniste. Et reprendront, à sa suite, le combat contre la bêtise à front de taureau.

Christopher Gérard

Jean Clair, Lait noir de l'aube, Gallimard.

Jean Clair, Journal atrabilaire (Gallimard)

Né en 1940 dans une famille modeste, Jean Clair est un modèle d'ascension sociale: études d'histoire de l'art et d'esthétique, thèse à Harvard, direction du Musée Picasso et de la Biennale de Venise, sans oublier ces prestigieuses expositions, montées parfois avec difficulté (Magritte, Balthus, Chirico, et la toute récente Mélancolie). Son œuvre d'écrivain - une trentaine de volumes - témoigne d'une liberté d'esprit comparable à celle d'un Marc Fumaroli: tous deux ont en commun, outre une culture profonde, une même réticence face aux dogmes bien-pensants, notamment sur l'art moderne. Ainsi Jean Clair a-t-il pu critiquer le surréalisme, vache sacrée d'un certain establishment, comme il a pu dissocier la modernité, fondée sur le désenchantement du monde soumis à la technique, de l'hybris avant-gardiste ("L'avant-garde est à l'esthétique ce que le messianisme est à la politique; et il en partage l'intolérance"). Bref, Clair est un homme libre qui n'hésite pas à écrire: "dans un temps où tout se détruit, le beau nom de "conservateur". Voire: dans un temps où tout furieux court à la ruine, le fier nom de "réactionnaire"". Son Journal de la saison 2004-2005 illustre ce réjouissant non-conformisme. Qu'il nous parle de la disparition du silence, remplacé par le grondement continu des moteurs et le fracas syncopé des batteries ("le bruit sourd et toujours identique, sans modulation, comme un symbole de l'illimitation du mal"), de cette manie bien française de remplacer les titres d'articles par des calembours (comme pour empêcher toute réelle réflexion), de l'omniprésence très hexagonale elle aussi des acronymes, du téléphone portatif, objet de parade, ou des blessures de l'enfance dont nul ne guérit, de Céline ou d'Aragon, Clair vise juste et atteint sa cible, qui n'est autre que notre civilisation des apparences. "Grand solde des décadences avant liquidation générale", s'exclame-t-il avec mélancolie, mais sans aigreur, car son pessimisme reste tonique comme un bain glacé dans l'eau des montagnes. Jamais il ne s'apitoie ni ne ronchonne, non, il constate, ironise, servi par un sens très latin de la formule: "un pays qui n'est plus conscient ni fier de ses propres idéaux finit seulement par appeler pluralisme ou tolérance ce qui n'est qu'impuissance". Dégustons sans tarder Jean Clair pour mieux affronter l'imposture aux mille faces.

Publié dans la Revue générale, novembre MMVI.