13 octobre 2009
Langendorf
Plus connu en Italie et dans le monde germanique que dans son Helvétie natale, Langendorf est l’auteur d’un livre culte, Un débat au Kurdistan (1969), où ce spécialiste de la pensée stratégique illustrait une philosophie du renseignement. Féru d’histoire militaire, fasciné par les empires austro-hongrois et ottoman, Langendorf a aussi écrit sur la mystique, l’érotisme, les ours ou les tortues ; bref, l’homme fait montre d’une érudition allègre, jamais gratuite. Son dernier roman, Zanzibar 14, nous plonge dans les touffeurs de l’Afrique orientale, à la veille de la grande conflagration. Nous y suivons à la trace Wilhelm von Kampe, alias le Docteur Auberson, alias Monsieur Albert, alias Mister Camp, un Nachtrichtenoffizier au service du Kaiser. Agent efficace, doté d’un instinct sûr et d’un remarquable sens de l’observation, cet espion qui se fait passer pour un médecin suisse amateur de papillons renseigne Berlin sur les mouvements de la Royal Navy dans une zone stratégique. A perfect spy ? Presque, car notre prédateur a un défaut : le goût du meurtre (au cran d’arrêt, seize centimètres). Un commander venu de Londres, chargé d’enrayer par tous les moyens l’infiltration d’agents allemands du Congo au Mozambique, le piste. Tous les moyens ? Même les plus inattendus, qui tiennent du supplice chinois et de la cuisine, car Langendorf a vu Le Festin de Babette. Un roman pervers et jubilatoire.
Christopher Gérard
Jean-Jacques Langendorf, Zanzibar 14, Ed. Infolio.
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02 juin 2008
Marc Klugkist
Une discrète maison bruxelloise, hébergée par la librairie La Proue (16 Galerie Bortier, 1000 Bruxelles) avait déjà attiré l’attention des bibliomanes avec Les Boues, du poète J. Noiret, sans oublier ce texte introuvable de la très prometteuse Lou Arauxo. Voilà que le Petit Humain publie une méditation de Marc Klugkist, ci-devant poète du Collège Saint-Michel passé à l’ULB où il a étudié la philosophe avec une prédilection pour Spinoza … et Huysmans. Homme de théâtre, il s’interroge aujourd’hui sur les fins dernières en refusant à la fois « la noble posture de l’homme résigné » et les angoisses d’un athéisme triste. Lui, le mécréant « joyeux » (il insiste : joyeux), nous propose une typologie d’adversaires tels qu’il les rêve : le ptérodactyle édenté, le vautour idéaliste et même le frigide cosmique, tous mêmement esclaves et tyrans d’eux-mêmes comme des autres. Une dissertation, que dis-je, un exercice, rédigé dans la plus pure tradition.
Christopher Gérard
Publié dans la Revue générale, mai 2008
Marc Klugkist, Brève méditation sur la décomposition des cadavres et sur l’infinité de l’univers, Editions du Petit Humain).
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