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28 mars 2026

Bruno Lafourcade, janséniste de Gascogne

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J’ai déjà parlé de Bruno Lafourcade, romancier et critique, fin lettré au physique de rugbyman, homme du Sud-Ouest (qui parle l’occitan), révulsé par le triomphe des cacographes et des impostures de l’époque, lui qui s’obstine, en probe artisan, à user d’une langue précise, ponctuée à la perfection et au style percutant.

Ainsi, par exemple, dans Derniers feux. Conseils à un jeune écrivain, essai sur la condition de l’écrivain, il évoque la fécondité en art des entraves comme du remords - et même de l’humiliation : tout ce qui tanne le cuir de l’impétrant en lui faisant prendre conscience de sa petitesse : « Il n’y a pas de littérature sans filiation, sans goût du passé, sans tombeaux à fleurir ; il n’y a pas d’art sans morts à bercer ».

Je viens de lire Le Portement de la Croix, roman qui vient d’être réédité. Dans l’un de nos échanges épistolaires, il m’écrivait que ce livre n’était pas pour moi, car trop chrétien. Il avait tort : je l’ai lu d’une traite et le considère comme une œuvre magistrale, digne de Bernanos (Lafourcade a d’ailleurs consacré une belle étude à Monsieur Ouine).

Le titre fait allusion à une sculpture en bois découverte dans une grange de Saint-Marsan, œuvre probablement due à des cagots, cette caste de parias censés descendre de lépreux, de cathares ou de Sarrasins, forcés de vivre à l’écart et de ne pratiquer que les métiers du bois. Un ancien calvaire noyé dans la broussaille joue aussi un rôle dans le roman. Double découverte, double crime atroce - dont les démoniaques prémices sont décrites successivement par un étudiant en théologie, par un jeune abbé et par le surveillant du collège oratorien de la Croix-Juguet, théâtre de l’un des meurtres. Envoûtante, l’atmosphère du récit doit beaucoup au jansénisme comme à la sorcellerie paysanne. Je ne sais si Lafourcade est vraiment catholique (il se prétend « plus pharisien que samaritain »), mais il « parle » catholique de façon troublante, et profonde se révèle sa culture théologique. Ses réflexions sur la laideur comme signe de l’absence de Dieu, sur le libre-arbitre et la grâce, sur la foi, cette démence (« La foi ne rend pas fou, elle est une folie ») s’inscrivent à la perfection dans la trame de cette tragédie, menée, oui, de main de maître.

 

Christopher Gérard

  

Bruno Lafourcade, Le Portement de la Croix, 202 pages, La Mouette de Minerve. 

 

Lire entre autres sur ce site ma chronique du 8 juin 2021 :

http://archaion.hautetfort.com/archive/2021/06/08/bruno-lafourcade-conseiller-litteraire-6320824.html

 

 Il est question de Bruno Lafourcade dans Les Nobles Voyageurs

 

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Écrit par Archaïon dans Mousquetaires et libertins | Lien permanent |  Facebook | |  Imprimer |

26 mars 2026

Le parfait gentleman en quelques leçons

 

 

 

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Naguère, j’ai chroniqué Le Guide du style classique et sartorial (Éditions de l’Honnête Homme), œuvre d’un collectif proposant une claire synthèse sur les fondamentaux de l’élégance masculine, celle, classique au suprême, du gentleman. Après avoir défini le style classique comme une discipline, voire comme une ascèse, les rédacteurs (anonymes) étudiaient les pièces de la garde-robe classique, sobre à souhait et adaptée à toutes les situations. Leur modèle ? L’ancien Prince de Galles, devenu Charles III, bien entendu !

La même maison  (les mêmes rédacteurs ?) me fait parvenir Le petit guide du parfait gentleman, lui aussi à contre-courant de la morbide obsession pour la sacro-sainte « déconstruction » de tous les repères, fruits de générations d’expérience, d’effort et de discipline. Ce collectif refuse, en saine logique, toute tabula rasa ; il s’insurge contre cette manie de vouloir délester l’homme de son héritage : « Pas d’épanouissement durable sans verticalité ».

La figure du gentleman, qui remonte bien haut dans notre histoire, incarne « l’accord entre la force et la mesure, entre la liberté intérieure et le respect d’autrui, entre la droiture et la délicatesse ». Le gentilhomme préfère assumer plutôt que revendiquer ; surtout, il gouverne ses passions (par exemple, en n’achetant pas de manière compulsive des cravates milanaises sur la toile !), préfère l’effort au relâchement et la tenue au laisser-aller. D’une certaine manière, être un gentleman illustre le principe de souveraineté, aux antipodes de l’informe léthargie.

Parfois naïf et n’évitant pas toujours le prêchi-prêcha, l’essai se lit néanmoins avec plaisir et approbation, tant il tranche d’avec l’actuelle liquéfaction. J’ai particulièrement apprécié la défense de la correction de notre langue française, que même trop d’acteurs de la jeune génération n’articulent plus correctement. Pour la justifier, les rédacteurs se réfèrent à Joseph de Maistre : « Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage ». Malgré ses regrettables coquilles, ce court essai salubre sera lu par gentilhommes & gentlemen.

Pour la route, un principe bien vu et que, mea culpa, j’ignorais : un gentleman n’offre jamais un vêtement à une femme qui n’est pas la sienne, car « le principe veut que celui qui habille puisse déshabiller ».

 

 

Christopher Gérard

 

Le petit guide du parfait gentleman, Les Éditions de L’Honnête Homme, 156 pages.

 

 

 

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