26 mars 2026
Le parfait gentleman en quelques leçons

Naguère, j’ai chroniqué Le Guide du style classique et sartorial (Éditions de l’Honnête Homme), œuvre d’un collectif proposant une claire synthèse sur les fondamentaux de l’élégance masculine, celle, classique au suprême, du gentleman. Après avoir défini le style classique comme une discipline, voire comme une ascèse, les rédacteurs (anonymes) étudiaient les pièces de la garde-robe classique, sobre à souhait et adaptée à toutes les situations. Leur modèle ? L’ancien Prince de Galles, devenu Charles III, bien entendu !
La même maison (les mêmes rédacteurs ?) me fait parvenir Le petit guide du parfait gentleman, lui aussi à contre-courant de la morbide obsession pour la sacro-sainte « déconstruction » de tous les repères, fruits de générations d’expérience, d’effort et de discipline. Ce collectif refuse, en saine logique, toute tabula rasa ; il s’insurge contre cette manie de vouloir délester l’homme de son héritage : « Pas d’épanouissement durable sans verticalité ».
La figure du gentleman, qui remonte bien haut dans notre histoire, incarne « l’accord entre la force et la mesure, entre la liberté intérieure et le respect d’autrui, entre la droiture et la délicatesse ». Le gentilhomme préfère assumer plutôt que revendiquer ; surtout, il gouverne ses passions (par exemple, en n’achetant pas de manière compulsive des cravates milanaises sur la toile !), préfère l’effort au relâchement et la tenue au laisser-aller. D’une certaine manière, être un gentleman illustre le principe de souveraineté, aux antipodes de l’informe léthargie.
Parfois naïf et n’évitant pas toujours le prêchi-prêcha, l’essai se lit néanmoins avec plaisir et approbation, tant il tranche d’avec l’actuelle liquéfaction. J’ai particulièrement apprécié la défense de la correction de notre langue française, que même trop d’acteurs de la jeune génération n’articulent plus correctement. Pour la justifier, les rédacteurs se réfèrent à Joseph de Maistre : « Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage ». Malgré ses regrettables coquilles, ce court essai salubre sera lu par gentilhommes & gentlemen.
Pour la route, un principe bien vu et que, mea culpa, j’ignorais : un gentleman n’offre jamais un vêtement à une femme qui n’est pas la sienne, car « le principe veut que celui qui habille puisse déshabiller ».
Christopher Gérard
Le petit guide du parfait gentleman, Les Éditions de L’Honnête Homme, 156 pages.
Écrit par Archaïon dans Lectures | Lien permanent |
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