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16 juillet 2012

Avec Anne Richter

D’Anne Richter, qui a publié son premier livre à quinze ans, Vladimir Dimitrijevic, le directeur des éditions L’Age d’Homme, disait justement : « Vous habitez tout ce que vous écrivez ». Outre des essais littéraires sur Simenon et Milosz, des anthologies et des essais sur le fantastique féminin, Anne Richter a aussi publié des recueils de nouvelles, comme L’Ange hurleur, Le Chat Lucian, et, le dernier en date, La Promenade du Grand Canal, textes élaborés avec soin et dont le point commun semble bien « une adhésion au mystère qu’il faut essayer de décrypter sans le déflorer ».

La Promenade du Grand Canal se compose de neuf nouvelles, ancrées dans le rassurant quotidien de Bruxelles, et qui se rattachent au genre du réalisme fantastique. Nulle rencontre avec des créatures d’outre-monde comme chez Lovecraft, mais la lente découverte de la réalité extérieure qui reflète l’univers intime des personnages.

Un redoutable agresseur symbolise le profond malaise d’une femme qui peine à trouver son équilibre : c’est une peur de papier qui la poursuit. Dans la première nouvelle « Le feu rouge et les lunettes », la vue atrophiée de Frédéric Salmon (!) révèle la part animale enfouie en chacun de nous. Le regard de chair déficient aiguiserait-il le regard intérieur qui débusque chez l’être humain l’animal-totem qui l’habite ? La rencontre de Frédéric avec la femme-biche, la trouble ambiguïté de leurs relations, développent avec délicatesse un thème naguère traité dans La Truie par Thomas Owen, le maître du fantastique belge.

Dans les textes d’A. Richter, écrivain panthéiste, s’établit un dialogue entre l’âme individuelle et le cosmos : une femme qui rédige un livre sur son enfance est, dans la réalité, confrontée à cette époque par l’intermédiaire d’une étrange fillette. Fine lettrée, l’auteur pratique l’art de la mise en abîme: les affres du couple Mary Godwin, l’un de ses auteurs de prédilection, et de Percy Shelley font office de lointain miroir pour les déceptions amoureuses du narrateur. La peinture, dont elle a révélé ailleurs la magie insoupçonnée, joue également le rôle de fil d’Ariane entre les générations, entre un passé qui refuse d’être oublié et un présent à construire. Un portrait qui retrouve sa place dans une chambre contribue à rétablir l’harmonie dans la vie de la propriétaire des lieux.

Des chemins s’entrecroisent au gré d’un destin qui tisse entre les êtres des liens subtils, parfois facétieux : qui est réellement la femme nimbée de lumière qui attend le sombre Benoît ? Quel amant éveillera-t-il à la plénitude la pétillante Barbara : le trop lisse Dustin ou Thibaut le mélomane, drapé dans ses mensonges ? Margot qui collectionne avec ferveur – délicieuse trouvaille poétique – les « instants subtils », ceux qui ont l’odeur et la couleur des souvenirs d’autrui, trouvera la sérénité dans son propre instant présent, celui chanté par le sage Horace. L’accomplissement des destinées passe par des chemins étranges sur lesquels nous entraîne la langue fluide et raffinée de l’auteur. Si le vocabulaire, particulier à chaque nouvelle, lui confère son atmosphère unique, l’ensemble forme un chatoyant caléidoscope qui invite le lecteur à explorer les mille facettes du monde qui l’entoure.

 

Christopher Gérard

 

Anne Richter, La Promenade du Grand Canal, L’Age d’Homme, 110 pages, 15 €

16 mai 2011

Avec Jacques De Decker

Entretien avec Jacques De Decker

 

Concernant cet écrivain, voir mon livre Quolibets. Journal de lecture,

aux éditions L’Age d’Homme

http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=978-2-8251-4296-7&type=47&code_lg=lg_fr&num=0

 

 

Qui êtes-vous? Un touche-à-tout? Un sceptique?

Me définir moi-même ? Rude tâche ! J’ai l’impression qu’on n’est jamais que la somme des regards portés sur soi. Quant au regard intérieur, indéniable, il ne révèle rien d’autre qu’une volonté de continuer, envers et contre tout, ainsi qu’une constante perplexité devant le spectacle du monde, dont on ne voit que la représentation, les ombres projetées au fond de la caverne. J’ai toujours adhéré à la métaphore platonicienne, parce qu’elle évoquait à mes yeux d’enfant un grand cinéma, lieu de révélation par excellence pour le cinéphile que je suis devenu lorsqu’à cinq ans on m’a amené voir Cendrillon de Walt Disney. Je ne suis jamais revenu de cette vision au point de m’être identifié d’emblée avec la souris Jack et d’avoir vu dans son compagnonnage avec la souris Gus l’archétype de l’amitié, qui allait tant compter dans ma vie. La volonté d’une part, la représentation de l’autre : on est déjà en plein Schopenhauer…

Quant à l’artiste… J’en suis un, paraît-il, mais comme par devers moi. Je n’ai jamais cherché à en prendre la pose, je n’y ai d’ailleurs pas été entraîné par l’exemple de mon père, peintre qui vivait de son art mais n’avait rien de l’artiste dans son comportement quotidien. Il était plutôt un artisan, et je me reconnais davantage dans cette attitude. Je suis un fabricant, un ciseleur de textes, rien de plus. Et j’aime être à l’établi. J’ai parfois quelque difficulté à m’y mettre, mais c’est au travail, tout bien considéré, que je me sens le plus heureux. Phénomène récent: j’irais même, depuis quelque temps, jusqu’à oser dire que je suis un écrivain. Mais il m’a fallu quelques milliers de pages pour me rendre à cette évidence.

Dans cette grande variété d’exercices de l’écriture, je me suis diversifié, c’est vrai. Et sans trop de mal. Le seul domaine que je n’ai que fort peu abordé, c’est la poésie, et c’est sans doute parce que je la respecte trop. Me permettrai-je un jour de la bousculer un peu ? Chi lo sa ?

De ce que je viens de dire transpire, me semble-t-il, une certaine dose de scepticisme. Cela pourrait bien être l’une des modalités de mon « être-au-monde ». Mais expliciter la chose demanderait de grands développements, et mettrait ma discrétion à rude épreuve.

Quelles ont les grandes étapes de votre parcours? Un mot sur les professeurs qui vous ont enseigné ce que vous décrivez comme "le sens critique, le refus d'obéissance, le scepticisme comme impératif catégorique"?

Ma liste de maîtres est très longue. Je n’ai cessé de m’en trouver de nouveaux, de compléter ma collection. Des professeurs, précédés d’instituteurs – je dois beaucoup, il va sans dire, à monsieur Clersy qui m’apprit à lire et à écrire -, puis de grands universitaires, au premier rang desquels je cite immanquablement Henri Plard, le stupéfiant traducteur de Ernst Jünger, qui a beaucoup marqué mon amie Françoise Wuilmart aussi. J’ai bien entendu aussi une dette immense à l’égard de Jean Weisgerber qui a fait de moi un néerlandiste distingué, comme on dit, et a dirigé mon mémoire de licence sur Hugo Claus qui est devenu mon premier livre et représente un pan énorme de ma formation de dramaturge. Mais je ne saurais détailler toutes les étapes de mon parcours : première traduction, premier article, première pièce originale, première nouvelle, premier roman, premier scénario, premier livret. Je pourrais écrire un livre qui narrerait par le menu toutes ces « premières fois », qui ont toujours été précédées d’une réflexion préalable. Je n’ai jamais fait l’économie de l’approche théorique avant de passer à la pratique. C’est ce qui m’a aidé à devenir maître à mon tour : j’ai donné cours de journalisme, de dramaturgie, de creative writing, parce que je n’ai à vrai dire jamais été un témoin passif des œuvres des autres, même des plus grands. Je n’ai cessé d’être intrigué par l’élucidation du processus qui avait permis leur accomplissement. La plus récente illustration de cette démarche est mon petit livre sur Wagner. Il veut simplement aider à comprendre comment un simple mortel a pu construire un édifice artistique d’une telle ampleur.

Et les grandes rencontres? Des figures tutélaires?

Je ne parlerais que des créateurs qui m’ont réellement, concrètement, appris ces multiples métiers qui pour moi n’en forment qu’un seul. Mon mentor en fait d’adaptation théâtrale fut Jean Sigrid, avec qui j’ai composé quelques versions de pièces d’auteurs hollandais. L’auteur de théâtre qui m’a le plus marqué est Simon Gray, un ami très proche de Pinter, mais beaucoup moins célèbre que lui. Pour le reste, tous ceux qu’il m’est arrivé de traduire ou d’adapter ont forcément laissé des traces, et ils forment plutôt une brillante cohorte : Shakespeare, Marlowe, Goethe, Kleist, Wedekind, Schnitzler, Brecht, Botho Strauss, Hugo Claus, et j’en oublie beaucoup, même des auteurs de moindre niveau, mais auprès desquels on glane toujours quelque chose. Radiguet disait qu’on apprenait beaucoup à la lecture de mauvais romans, parce qu’on « en voyait des coutures ». Cela vaut aussi pour le théâtre. Mais je mettrais en évidence un écrivain qui m’a marqué profondément et durablement, en particulier par son éthique de l’inscription de l’auteur dans la société : Julien Gracq. C’est une très grande rencontre, et pas seulement livresque puisque j’ai eu le bonheur, au surplus, de m’entretenir avec lui. J’ai rencontré, souvent pour des raisons journalistiques, d’innombrables écrivains, et d’illustres (mon livre En lisant, en écoutant en rend quelque peu compte), mais Gracq est celui qui m’a laissé la plus forte impression.  Je ne citerai pas d’écrivains belges, parce qu’ils sont trop nombreux, de diverses générations, à avoir déteint sur moi. Il faut cependant que je distingue quatre personnalités auprès desquelles, au Soir, je me suis initié à la critique littéraire : Georges Sion, Jean Tordeur, Yvon Toussaint  et Pierre Mertens. Mais j’ai aussi une dette énorme à l’égard de metteurs en scène, de gens de théâtre avec lesquels j’ai travaillé : Monique Dorsel, Henri Ronse, Jean-Claude Idée, Daniel Scahaise, Armand Delcampe, Leonil McCormick… Et puis il y a cette toute récente collaboration avec Benoît Mernier, qui m’a fait découvrir le monde de la musique et de l’opéra.

Les grandes lectures? Naguère. Aujourd'hui.

Les grandes lectures ? Les maîtres de la bande dessinée tout d’abord, et Henri Vernes, le père de Bob Morane, à l’égard desquels ma reconnaissance est incommensurable. Il m’arrive, maintenant, de fréquenter Henri Vernes, de déjeuner avec lui (en compagnie de Jean-Baptiste Baronian, notre ami commun) et chaque fois il faut que me pince pour admettre que je trinque avec une idole de mon adolescence. Mais si je devais citer des auteurs que je n’ai jamais cessé de fréquenter depuis qu’ils me furent révélés, je dirais, dans le désordre, Stendhal, Valéry, Joyce, Cocteau, Pessoa, Simenon, en m’imposant d’en rester là, parce que même mon peloton de tête fluctue sans arrêt. Ce sont en tout cas des gens que j’ai découverts il y a longtemps (sauf Pessoa bien sûr), mais que je « revisite » le plus volontiers.

 

Pourquoi Jacques De Decker écrit-il, en fin de compte ? Pour "éclairer un pan de ma vie" comme l'auteur de la « Lettre à Luce », ce récit figurant dans votre dernier livre?

Pourquoi écrit-on ? Parce qu’on aime ça, que cela aide à vivre, à ajouter un monde personnel à celui qui nous est imposé, et nous laisse sur notre faim. Pour amuser la galerie, charmer les dames, attirer l’attention sur soi, il serait malhonnête de le nier. Mais pourquoi écrit-on cela, et pas autre chose ? Dans mon cas, pour ce qui est de l’écriture originale en tout cas, il s’agit chaque fois d’une inquiétude existentielle, que je tente d’exorciser en la livrant à qui pourrait y prêter attention. A mes yeux le lecteur, le spectateur, l’auditeur existent. Sans que je veuille précisément leur plaire, ou leur servir ce qu’ils pourraient attendre de moi. J’en serais d’ailleurs incapable. Mais j’ai très peu de choses dans mes tiroirs. La déformation du théâtre et du journalisme m’empêche de faire l’impasse sur la communication. La communication littéraire, plus précisément, est quelque chose de très singulier. La bouteille à la mer est peut-être l’image qui en rend le mieux compte. Ou la lettre à l’inconnu ou à l’inconnue à qui ont veut cependant communiquer quelque chose de rare, d’enfoui, parfois d’inavouable. C’est cette communication-là que nous entretenons avec les auteurs que nous aimons, c’est celle que nous établissons lorsque nous nous mettons nous-mêmes à la tâche. Et la chaîne de ces contacts profonds et anonymes (du moins du côté du lecteur) constitue le miracle – ou la malédiction - de la littérature.

 

« Modèles réduits »: quel titre singulier!  De quoi s’agit-il ? D’un tableau de nos "lézardes" et "fissures"?

Ce titre est le fruit de quelques discussions avec mon éditeur, Bruno Wajskop. Il s’est imposé après pas mal de tâtonnements, et désigne bien cette forme brève qu’est la nouvelle. Les faits que je traite sont petits, infinitésimaux en apparence, mais peuvent engager, chez les êtres qui y sont confrontés, de vraies bascules, des drames quelquefois. Je ne suis pas un auteur épique, je serais plutôt un intimiste. Mais aujourd’hui, n’est-ce pas dans le microscopique que tout se joue, que se fomente le perfectionnement technologique, que s’expérimentent les nouvelles recherches médicales ? Les spéculations financières se mesurent en nanosecondes. Il se pourrait bien que la réduction soit le grand enjeu de demain. Je n’ai cependant pas été motivé par cette opportunité. On n’écrit que ce que l’on peut, très peu ce que l’on veut. Il se trouve que la nouvelle est une dimension où je me sens bien. Qui lit attentivement mes romans constatera forcément qu’ils sont constitués d’une marqueterie de mini-récits, simplement agencés selon une continuité plausible.

Des regrets? Des attentes?

Il m’arrive de me demander si je ne me suis pas égaré dans des occupations dissipatives qui m’ont souvent éloigné de la littérature pure. Mais je ne m’attarde pas à cette pensée funeste. D’une part je sens que lorsqu’un sujet s’impose impérativement à moi, il se mue en projet que je n’ai de cesse d’avoir réalisé, et le temps vraiment nécessaire, alors, finit par se trouver. D’autre part, sauf exceptions, la plupart des écrivains ne survivent qu’à travers quelques livres. Il suffit d’avoir écrit ceux-là, ces textes qui ont quelque chance de résister aux outrages du temps. Parce que, ah oui, j’oubliais de dire qu’au fond je n’écris pas prioritairement pour mes contemporains, aussi prétentieux que cela puisse paraître !

 

Ixelles, calendes de mars MMXI

Propos recueillis par Christopher Gérard

Écrit par Archaïon dans XVII Provinces | Lien permanent | Tags : littérature, belgique, de decker |  Facebook | |  Imprimer |

05 novembre 2008

Robert Poulet

Auteur en 2003 d'une monumentale biographie de Robert Poulet (1893-1989), l'historien et éditeur Jean-Marie Delaunois a eu l'excellente idée d'en proposer une version abrégée qui permet au lecteur de se forger une opinion sur cet homme ô combien paradoxal. Il a dépouillé une imposante documentation, souvent inédite (notamment L’Oiseau des tempêtes, les mémoires de Robert Poulet) et rencontré tous les témoins de ce parcours si singulier, de la gloire à l’exil. Delaunois étudie le cas Robert Poulet dans toutes ses dimensions : esthétiques (du dadaïsme juvénile au classicisme de la maturité), éthiques (des dérives des années 20 au rigorisme catholique), politiques (du " fascisme occidental " à l’anarchisme de droite), etc.

Né à Liège dans la bourgeoisie catholique, Robert Poulet aura tout connu au long de son existence: les études d'ingénieur des Mines, la découverte de Wagner à 18 ans, le front des Flandres où il gagne ses galons d'officier au mérite, la vie de bohème dans la France des années 20, le cinéma  muet comme acteur et scénariste (il participe au tournage du Napoléon d'Abel Gance), les milieux littéraires où il fait une entrée fracassante avec Handji (1931), un roman remarqué par les plus grands. Cet anarchiste de tempérament, ulcéré comme beaucoup d'anciens de la Grande Guerre (ses futurs amis Drieu et Montherlant par exemple) par la crise des années 30, fréquente alors ces non conformistes qui tentent de concilier tradition et révolution dans le but d'enrayer le déclin. De poète exalté, il se métamorphose en conseiller du prince, tout aussi exalté mais dans un monde qui bannit toute naïveté. Or, Poulet, comme le montre bien Delaunois, est tout sauf un esprit pragmatique. Aveuglé par un ahurissant complexe de supériorité comme nombre de génies (car Poulet fut un génie… littéraire), l'écrivain se veut théoricien d'un ordre nouveau. Il donne des leçons à gauche et surtout à droite, rompt des lances en faveur de la neutralité belge après Munich, bref il s'engage sur une voie minée au risque d'être manipulé. Après la défaite, il se trouve, en compagnie du très ambigu P. Colin, à la tête du Nouveau Journal par "devoir de présence", pour le "moindre mal", dans le cadre d'une collaboration conditionnelle, certainement non vénale et ce jusqu'en 1943, quand Degrelle, par pur opportunisme, proclame la germanité des Wallons, mettant ainsi fin aux illusions. Robert Poulet, qui incarna en Belgique la figure du non-conformiste des années 30, voulut, d’écrivain pauvre, devenir maître à penser d’une sorte de révolution nationale à la belge. Rallié à une collaboration conditionnelle, à ce qu’un grand résistant a nommé un "patriotisme collaborateur", Poulet se crut, un peu naïvement sans doute, l’homme du roi Léopold III, et l’élément central d’une politique de présence face aux Allemands. On pense à Drieu, le rêveur qui se voulut homme d’action, mais Poulet était, lui, un cérébral pur, dévoré d’orgueil, perdu dans des nuées fanatiquement préférées au réel.

Poulet s'est-il lancé dans cette aventure avec les encouragements du comte Capelle, conseiller du Souverain? Il l'affirmera une fois condamné à mort en 1945, entrant à son corps défendant dans l'Affaire royale, où son cas est instrumentalisé par les ennemis de Léopold III. Un paradoxe de plus: méprisé sous l'Occupation par les amis du Grand Reich comme par la Résistance, ce littéraire qui s'est cru homme de pouvoir découvre les dures lois de la Realpolitik, ce monarchiste renforce la clique hostile au Roi; bref, Poulet s'enlise dans un bourbier presque mortel, car le Régent avait signé son arrêt de mort. Le déclenchement de l'Affaire qui porte son nom le sauve du poteau et, en 1951, il est conduit à Paris dans une voiture du Ministère de la Justice avec pour ordre de ne plus se manifester en Belgique. Exit Poulet? Nenni: à 57 ans, aidé par ses fidèles amis Hergé et Marceau, il se remet à publier sans trêve jusqu'à son dernier souffle, bâtissant une oeuvre puissante autant qu'originale, à rebours du siècle. Fracassant: le terme convient parfaitement à ce personnage ambivalent… et fracassé, car jamais Poulet ne digérera ce qu'il estime être une injustice majeure. En témoigne une stupéfiante lettre à Baudouin Ier. Delaunois pose à ce sujet des questions pertinentes: la justice de l'été 45 fut-elle sereine et impartiale? Pouvait-on sérieusement accuser Poulet d'avoir voulu nuire méchamment au pays? Sa conduite, dictée par un orgueil démesuré, valait-elle douze balles au petit matin? A-t-il vraiment trahi? Loin de céder à la tentation commode de l'anachronisme moralisateur, J.-M. Delaunois rend bien la complexité du personnage, écrivain majeur, immense critique, mais piètre politique. 

 

Christopher Gérard

 

Jean-Marie Delaunois, Robert Poulet, Pardès, coll. Qui suis-je ? La biographie complète (540 pages) a été publiée en 2003 sous le titre, Dans la mêlée du XXème siècle. Robert Poulet, le corps étranger, aux  éditions De Krijger.

 

03 mai 2007

Yves-William Delzenne

Entretien avec Yves-William Delzenne

Concernant cet écrivain, voir mon livre Quolibets. Journal de lecture,

aux éditions L’Age d’Homme

http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=978-2-8251-4296-7&type=47&code_lg=lg_fr&num=0

 

 

 

Afin de mieux faire connaître cet homme si singulier et au talent reconnu, je suis allé le voir dans son refuge ostendais.

Christopher Gérard : Qui êtes-vous ? Comment, vous, définiriez-vous celui que Jacques De Decker qualifie d’auteur belge « qui se distingue par sa discrétion et son élégance »?

D’abord, je ne me  vois pas comme un auteur belge, pas davantage français. J’ai l’impression curieuse de traduire une langue inconnue quand j’écris dans ce français qui est le mien : un français le plus  pur, le plus élégant et le plus précis possible. Le texte doit « chanter » au final pour rendre cette langue intérieure, exotique, qui est la mienne. Je suis quelqu’un de très exotique en somme. « Élégant et discret », cela me convient, je le prends comme un compliment. Mon monde de prédilection a toujours été celui des ambassades - j’ai eu des amitiés profondes dans ce milieu - parce que dans ce cadre mes qualités sont facilement reconnues, ailleurs je chante résolument trop haut, mais j’aime aussi les bouges, l’envers des villes, les vies cachées. On ne sait jamais qui je suis exactement, même moi peut-être.

Quelles ont été pour vous les grandes rencontres? Un mot sur vos débuts, l’atmosphère à l’époque, les salons…

Cocteau, Markevitch encore plus (même sur le plan, sinon littéraire [il a écrit ses mémoires cependant ] romanesque… de la personne), le prince Youssoupoff et Louise de Vilmorin. (Elsa Triolet dans le métro, pas un mot. Elle me regarda longuement. J’avais dix-sept ans.) En Belgique : Andrée Sodenkamp : une reine de l’alexandrin, un peu Folle de Chaillot dans la vie, et Marcel Lobet. Marcel Lobet m’a reconnu publiquement (secrètement aussi ; nous avons partagé ce qui, pour lui, était un lourd secret). Sa dernière lettre a été pour moi, sur son lit d’hôpital. Il me disait que de tous les livres lus, il désirait retenir le mien et partir avec lui. C’était L’Orage. J’ai beaucoup négligé la vie littéraire, belge et française, même si on m’a généralement - il y a maintenant plus de quarante ans - favorablement accueilli. Ce ne serait plus le cas aujourd’hui. Pour Jeanine Moulin, par exemple, je savais écrire, elle saluait cela. Si j’ai négligé cette vie, c’est qu’elle m’a paru ennuyeuse, compassée (contrairement à l’ambiance des ambassades - celle de l’Iran du Shah, par exemple, où je disais des poèmes devant des femmes couvertes de diamants et des jeunes secrétaires lustrés). J’ai fréquenté des salons, rares et déjà décrépits, mais j’ai aussi rencontré des poètes au sauna !   

Les grandes lectures, les auteurs dévorés avec passion… et ceux que vous relisez quarante ans après vos débuts littéraires ?

Tourgueniev, Tolstoï, Pouchkine, Musset bien sûr. Une « poétesse » a cru m’insulter un jour en me traitant de Musset du vingtième siècle. Le plus beau compliment qu’on m’ait jamais fait. Nerval. Je relis sans cesse Les filles du feu. Stevenson dont j’adore Le Maître de Ballantrae. Zweig et Mann. Tonio Kröger a déclenché ma vocation. Je l’ai lu très tôt. À treize ans ! J’écrivais déjà des poèmes, déjà publiés dans des revues et dans Le Soir même… Passons. N’oublions cependant pas Dominique de Fromentin. La Redevance du fantôme d’Henry James. Maeterlinck et Apollinaire pour la poésie ; tant d’autres livres ! J’ai tout lu. Je lisais partout, pour m’éloigner de l’école, en tournée lorsque je faisais l’acteur comme un personnage de Nerval, dans les trains - j’en ai tant pris ! -, dans les hôtels - j’y ai vécu si souvent ! -, dans mon lit et ceux des autres. Je n’ai jamais beaucoup respecté les livres. Je les ai perdus, donnés, semés. On ne voit jamais de bibliothèques dans mes appartements. Mais je ne serais pas sincère si je n’évoquais pas la lecture - vers douze, treize ans aussi - des Faux monnayeurs de Gide. J’ai lu tout Gide mais je ne parviens guère à le relire. Tout Colette aussi dont j’aime toujours le français gras et fruité.

Justement, puisque nous parlons de littérature, vous avez rendu publique une protestation intitulée « Un peu de sérieux » (Evelyn Waugh disait « un peu d’ordre ! ») sur l’actuelle cuisine littéraire. Quel regard portez-vous sur celle-ci ? Et sur le monde de l’édition, que vous connaissez ?

J’ai peur, très peur de voir s’effondrer l’art du roman, un peu comme Yves Saint Laurent qui assista à la mort de la haute couture. N’est-ce pas intolérable de penser que des auteurs acceptent de voir « retoucher » leur livre quand on ne les « conseille » pas ?  J’ai quitté un éditeur pour cela. Je ne voulais pas qu’on tripatouille ma prose, encore moins qu’on rabote mes idées, si peu correctes il est vrai. Pour moi, la littérature est un duel entre soi et soi. Un métier d’aristocrate ou de voyou. Un métier d’homme libre. Oui, un métier cependant, car pour bien écrire il faut beaucoup écrire, longuement. Je n’ai pas dit : beaucoup publier. Je suis horrifié par l’état des Lettres en France, par un certain renoncement des éditeurs devant les médias et les agents. Que l’avenir nous préserve des agents ! En Belgique tout est verrouillé. Quelques personnes se font des courbettes et voilà tout, pas ou très peu de polémique. On écrit que je suis élégant et discret dans la marge d’un journal et le même journal - tombé bien bas depuis quelque temps -  encense un cuistre qui publie dix pages sur Zidane, à Paris, avec de l’argent belge probablement. Les éditeurs ?  Ils se regardent en chiens de faïence. C’est très triste mais je ne vais pas en faire une maladie, même si mon éditeur devait renoncer à publier Le petit livre belge, une pochade un peu encombrante bien que légère en quantité.               

Tous vos écrits, prose et poésie confondues, portent l’empreinte d’une profonde culture musicale. Votre épouse est pianiste, vous-même ne manquez pas le festival de Salzbourg. « De la musique avant toute chose » ?

Oui, la musique avant tout. D’ailleurs, pour moi, il y a grande littérature quand celle-ci donne à penser à de la musique. J’ai toujours dit que je désirais égaler Chopin, créer ces formes très contrôlées mais qui paraissent très libres. L’illusion de la confidence, parler au cœur, ce qui demande beaucoup d’intelligence et des moyens raffinés. Je suis un artiste, pas un intellectuel, et sans doute suis-je plus proche du musicien que de tout autre artiste. J’ai épousé une musicienne mais je suis aussi fils de musicien et même petit-fils de musicien. Mes plus chers amis sont des musiciens.

Votre œuvre romanesque, qui culmine dans Ainsi fut dissipé le charme nostalgique (Le Cri), ne fait-elle pas écho à l’incipit de Sur les falaises de marbre, ce  roman fondateur d’Ernst Jünger magnifiquement traduit par Henri Thomas : « Vous connaissez tous cette intraitable mélancolie qui s’empare de nous au souvenir des temps heureux. Ils se sont enfuis sans retour, quelque chose de plus impitoyable que l’espace nous tient éloignés d’eux. » ?

Comme c’est bien dit : « plus impitoyable que l’espace… » ! J’ai la nostalgie du présent même, parfois. Hier, mon épouse essayait des robes du soir ; je lui ai conseillé celles qui m’évoquaient des moments dans le passé, des mots, Proust, et je sais qu’en les revêtant, en les accessoirisant de perles, de fourrures - avec des gants, je tiens beaucoup aux gants, - elle saura créer, au présent, de la nostalgie. Un jour - j’écrivais L’Orage - des spectateurs, dont nous étions croyions-nous, nous ont abordés à l’entracte. C’étaient des Juifs polonais qui avaient cru revoir en nous des princes varsoviens. Ils y croyaient pour de bon comme si nous étions venus de leur passé pour les enchanter. Je me souviens, c’était à un récital, le dernier, de Magaloff. Je ne sais pas d’où vient cette nostalgie dont j’étais déjà conscient enfant. Peut-être de mon grand-père, un bel homme romanesque et cultivé. Ernst Jünger ? Oui, c’est bien, très bien.            

Parmi les leitmotivs de votre œuvre, ce couple ambigu (frère, sœur, amants) et princier…

C’est la question la plus indiscrète. Ce n’est d’ailleurs pas une question, plutôt un constat. Ce couple, est une clé et un idéal. C’est un miroir aussi, le miroir de mon couple, sa liberté et l’indestructible alliance de deux personnes qui se ressemblent, qu’on devine être ensemble même lorsqu’on les rencontre séparément. Un couple comme celui-là demeure toujours un mystère, alors même que certains s’offusquent de sa très - trop - grande liberté. Ce n’est pas un couple bourgeois, vraiment pas. Princier ? Oui. Il est tellement au-dessus de la morale courante, il se prête si mal au moule démocratique. C’est aussi un couple d’artistes mais sans folklore. Une véritable femme du monde et un poète gentleman qui ont décidé de traverser ensemble la vie, celle de quelques autres et la leur, comme un voyage. Après tout ce qu’on peut en dire par rapport à mon épouse et à moi, c’est aussi une métaphore de la beauté et du temps qui passe. Dans Ainsi fut dissipé le charme nostalgique, Cyril prend peur, il décide, après toutes ces années, de ne pas le revoir. À la fin de L’Orage, un jeune homme, moins compliqué, l’attend. C’est qu’il n’a à lui donner que son corps (accessoirement un bijou volé et un livre où manquent des pages) ; pour Cyril, il s’agit de son âme.

Il me semble aussi distinguer dans vos écrits un goût immodéré (et ceci n’est pas une critique) pour les velours, les soieries et les brocarts. Votre côté flamand ?

Je suis un couturier et un décorateur rentrés… J’ai fréquenté ces milieux aujourd’hui ravagés (un peu moins la décoration) par le commerce le plus plat. Villars (l’antiquaire) disait que j’avais un côté Christophe Decarpentrie. Ce n’était peut-être pas tout à fait, dans sa bouche, un compliment. Or Christophe, c’est le Flamand de Tournai (par son père, comme moi). Vous savez, je vis dans un appartement tout blanc, assez vide au premier regard, avec la mer pour cadre mais je collectionne des vêtements féminins avec un goût prononcé pour le somptueux, même de ville. Ah ! Le Givenchy du temps de sa gloire… J’ai dû être marchand d’étoffes dans une autre vie, un marchand vénéto-flamand en effet.

Vos projets ?

Trop. Deux livres au moins (je ne parle pas du Petit livre belge, je l’ai dit, très léger et néanmoins encombrant) mais je ne suis pas pressé. Je suis capable de travailler sur ces deux manuscrits pendant dix ans comme, à peu près, sur Ainsi fut dissipé le charme nostalgique. Je suis capable aussi de les donner sous une identité d’emprunt, l’un des deux en tout cas. Je n’ai pas de statut sinon celui de la discrétion (plus j’y pense, plus je crois que ce mot ne me convient pas). Savez-vous que j’ai, un jour, menacé Hubert Nyssen d’un duel à l’épée ? Il a répondu à cette proposition par un très plat : « N’en faisons pas tout un fromage. » Ces deux livres auront pour centre d’intérêt l’Inde comme un souvenir, une nostalgie. Mais mon principal projet est de faire survivre en moi l’éternel jeune homme, comme disait Lucie Spède dans la préface à mon premier et encore maladroit roman.*

La Course des chevaux libres. (Le Cri.)

Yves-William Delzenne a publié chez Le Cri, éditeur à Bruxelles :

La Course des chevaux libres, roman, 1983 /L’Orage, roman, 1991 /Poèmes, anthologie, 1993

Les Tours de Dresde, roman, 1994 / La Nostalgie batailleuse, nouvelles, 1995 /L’immortel bien-aimé, poème, 1998 /Œuvre complète, 2003

Dernier ouvrage paru : Ainsi fut dissipé le charme nostalgique, roman, 2006

En préparation chez le même éditeur : Le petit livre belge

Chez d’autres éditeurs : Un Amour de fin du monde, roman, Actes Sud, 1987 / Le Sourire d’Isabella, roman, Actes Sud, 1989

Les dés de pierre, Casterman, 1995

Entretien paru dans La Revue générale, avril 2006.                                                                      

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04 décembre 2006

Le Tchékhov belge

Entretien avec Jacques Henrard

Christopher Gérard : Qui êtes-vous ? Comment vous définiriez-vous ?

D'un naturel paresseux, je suis grand travailleur par passion, mélancolique de tempérament, mais furieux optimiste de conviction. Mon credo le plus essentiel : la vie est bonne, le bonheur est au bout. La clé de ce bonheur, c’est  l'amour, dans son acception la plus large.

Quelles ont été pour vous les grandes lectures ? Les grandes influences ?

Mauriac, dans ma jeunesse, m’a donné le goût de la densité sculpturale, Dostoïevski m’a communiqué un peu de son immense empathie avec le drame humain. Plus tard, le nouveau roman a renforcé ma conviction de notre impuissance à rendre compte du mystère du monde et à le faire rentrer dans les catégories de notre esprit. Il m’a détourné de la suffisance intellectuelle et orienté vers une attitude plus modeste et plus concrète pour aborder les êtres et les choses.

Les grandes rencontres littéraires et artistiques en plus de quarante ans de carrière?

Trois rencontres furent pour moi capitales. Franz Weyergans, dans les années soixante, fut le premier à croire en moi et à m’introduire dans le milieu de l’édition. Charles Bertin, ensuite, m’a aidé de ses conseils avec une lucidité et une générosité dont je lui sais infiniment gré. Vladimir Dimitrijévic, enfin, par l’accueil chaleureux qu’il m’a réservé aux Editions de l’Age d’Homme, m’a donné la confiance nécessaire pour écrire mes cinq derniers romans.

Dans votre dernier roman A Samedi ?  (L’Age d’Homme), vous mettez en scène un sympathique trio de potaches devenus avec le temps des amis fidèles. Quelle est la part d’autobiographie dans ce roman intimiste.

Tout roman est autobiographique, me semble-t-il, dans la mesure où le thème choisi par l’auteur l’est en fonction d’un souvenir à raviver, d’une peur à exorciser, d’un remords à apaiser, d’un manque, d’un regret, d’une nostalgie à combler. Pourquoi ai-je ressenti l’impérieux besoin d’écrire un livre sur l’amitié ? Pour le savoir, il faudrait une psychanalyse. Ceci dit, ce récit est purement imaginaire et je n’ai jamais vécu d’amitié en trio.

Quand vous écrivez : « Le triomphe de mon trio, quelle injure aux naufrages de nos duos passés », voulez-vous dire que l’amitié l’emporte souvent sur l’amour ?

Un de mes petits fils, depuis ses premières années de primaire, me parle de deux copains avec lesquels il forme un trio très soudé. Il a grandi. Comme la plupart des  jeunes, il a mis quelque temps avant de se fixer en amour et je me suis posé la question : comment l’amour, beaucoup plus essentiel dans une vie que l’amitié, est-il souvent plus fragile qu’elle ? Pour mettre en lumière ce paradoxe, j’ai imaginé que le narrateur raconte cette aventure à son amante et que le souvenir de l’amitié se mêle constamment au vécu de l’amour. Chacun des deux partenaires a connu des échecs en amour. Aspirant à rendre leur union définitive et à la sceller par la venue d’un enfant, il est naturel qu’ils mettent en regard la solidité d’une amitié de jeunesse avec le naufrage de leurs amours passées.

Votre éditeur et ami Vladimir Dimitrijévic, quand il parle de vous, vous qualifie de Tchékhov belge. Alors, quid de Tchékhov ?

Je suis absolument confus de ce rapprochement. Mais quand il l’a risqué, Vladimir Dimitrijévic ignorait – et il va sans doute seulement apprendre – que Tchékhov est depuis quarante ans mon auteur fétiche en théâtre et que je lui voue un véritable culte. Je me sens à des années lumière du génie de Tchékhov, mais qu’on ait pu déceler une parenté, même lointaine, entre lui et moi, c’est pour moi un grand bonheur.

Le ton de vos romans varie en fonction des personnages. Comment caractériser le ton de A Samedi ? 

Celui de l’autodérision. Il faut imaginer le narrateur un demi-sourire au coin des lèvres. Par pudeur, pour masquer son émotion, il fait des phrases, pastichant sa propension à la littérature et sa déformation de professionnel de la culture. Il exagère ironiquement les manifestations de son vieillissement, jouant au vieillard précoce, pour monter en épingle l’écart entre son âge et celui de sa compagne plus jeune.

Publié dans la Revue générale, janvier MMV

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