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19 décembre 2017

Matulu, journal rebelle

 

 

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En plus de vingt-cinq ans, et bien avant la parution d’Une Vie en liberté, ses passionnants mémoires, j’aurai eu de nombreuses occasions d’évoquer le cher Michel Mourlet, écrivain salué tout jeune par Morand et Fraigneau, critique dramatique, théoricien (mac-mahonien) du cinéma et acteur (dans A bout de souffle), défenseur de la langue française, militant souverainiste… Je renvoie le lecteur à Quolibets, mon journal de lectures, où je consacre quelques pages à ce clandestin capital.

Un autre ami, François Kasbi, s’est donné la peine, et avec quel brio, de composer une anthologie de textes parus dans la mythique revue fondée et dirigée par Mourlet au début des années septante, Matulu, et qui, à l’instar de ses aînées Opéra et La Parisienne, fut un temps le rendez-vous des non conformistes. Mensuel artistique et littéraire, Matulu dura trois ans – trente livraisons qui rassemblèrent la fine fleur de l’underground et qui sont autant de trésors sans rien de fané.

Le résultat ? Près de cinq cents pages bien serrées que l’on lira en grognant de plaisir, un verre de pure malt à la main. Brûlot antimoderne, « goélette corsaire » comme l’a un jour définie son fondateur, Matulu maintint sans passéisme ni exclusive un style, une tradition que d’aucuns, en ces années de délire moderniste (« du passé faisons table rase »), entendaient, les fous, éradiquer.

Une revue d’arrière-garde en somme… si ce n’est que les contributeurs étaient tout sauf des idéologues et avaient le sectarisme en sainte horreur.

Au fil de ces bonnes pages, le lecteur croisera Abellio, Etiemble, Georges Mathieu, Jean-Pierre Martinet, Alfred Eibel. Les dossiers sont consacrés à Retz, à Bernanos, à Cossery, à La Fontaine, à Caillois… Montherlant y donne son ultime entretien, intitulé Le Solstice d’hiver (« la glissade et le pétrin ») ; Déon s’y confie (« les romans sont des mensonges »), de même que Morand (« les mots sont la drogue des écrivains ») ou Laudenbach.

En un mot comme en cent, relire le meilleur de Matulu, c’est redécouvrir les marges, les vraies, les précaires – les clandestines. C’est s’initier auprès de maîtres à l’art aristocratique de la dissidence.

Christopher Gérard

François Kasbi dir., Matulu. Journal rebelle (1971-1974), Editions de Paris, 480 pages, 20€. Voir aussi, Michel Mourlet, Une Vie en liberté, Séguier, 450 pages, 22€.

 

Voir aussi  ma chronique sur Une Vie en liberté

sur ce même site à la date du 3 mai 2016

http://archaion.hautetfort.com/archive/2016/05/03/les-heureuses-rencontres-de-michel-mourlet.html

 

Et, last but not least, mes Quolibets

 

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26 novembre 2014

Livr'Arbitres

 

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Livr’Arbitres

 

La parution de la quinzième livraison de Livr’Arbitres, n’est-elle pas l’occasion rêvée de se pencher sur cette « revue littéraire du pays réel », née, si je me souviens bien, en pays messin  vers la fin de l’autre siècle. Je dois conserver quelque part dans mes archives un exemplaire du Baucent, sympathique brûlot d’esprit « hussard », un polycopié réalisé avec les moyens du bord par une phalange d’étudiants, parmi lesquels Patrick Wagner, l’actuel directeur de Livr’Arbitres (http://livr-arbitres.com/), et le cher Laurent Schang, ceinture noire d’aïkido et l’auteur de quelques livres singuliers. En quinze ans, si l’un et l’autre ont vu se dégarnir leur front altier, ils n’ont toutefois rien perdu de leur enthousiasme ni de leur insolence. D’inspiration maurrassienne (la référence au pays réel) et néo-conservatrice au sens large, la revue s’est plu à saluer les grands anciens, non sans risquer, il est vrai, de se cantonner au rôle de musée de la droite littéraire : ont eu droit à des numéros spéciaux Blondin, Aymé, Chardonne, Laudenbach, Sentein, aujourd’hui Haedens et demain le délicat Fraigneau. On songe, en moins théorique (littérature d’abord !) à la défunte revue Réaction (1991-1994) ou à Les Epées, qui brandirent chacune l’étendard des non-conformistes des années 30, celui d’une rébellion aristocratique.

Livr’Arbitres  a opté pour des textes courts, parfois trop à mon goût, critiques de livres, nouvelles (inégales) et bien sûr dossiers fournis. Aux grands ancêtres cités plus haut s’ajoutent des thèmes tels que la tauromachie, le dandysme, la Russie… Au large du siècle, non sans panache... et avec une jolie maquette. Ce sympathique cénacle organise des soirées très courues, où l'on boit du chinon en baratinant des lectrices au sourire ensorcelant.

Parmi les signatures actuelles, qui sont autant d’autorités « morales » (guillemets de rigueur), le ronchon Alain Paucard, l’archiviste Francis Bergeron, Michel Mourlet, l’ancien directeur de Matulu, le cinéphile Philippe d’Hugues, le très-pacifiste Laurent Schang, encore lui, qui parle si bien de son maître Jean-Jacques Langendorf, l’auteur d’un livre talisman, Un Débat au Kurdistan, magnifique récit d’une mission avortée dans la Syrie des années 30. Quelques signatures de petits jeunes aussi, dont une qui m’est chère, celle du punkissime slavo-new-yorkais Thierry Marignac, un boxeur à suivre, dont je ne résiste pas à citer l’extrait d’un programme qui est aussi le mien : « entêtement sur les chemins de traverse, singularité, refus sans appel de participer à la pornographie présente des Lettres ». Puisse Livr’Arbitres persévérer dans cette posture !

 

Christopher Gérard