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29 janvier 2026

Du sartorialisme et de l’élégance masculine

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Au milieu d’un avachissement devenu la règle, fondé sur cette panique générale de sortir du lot, tâcher d’incarner un idéal d’excellence et d’autonomie, incarner, chacun à sa manière et selon ses moyens, la rébellion du gentilhomme contre la barbarie contemporaine me semblent de jolis défis pour les Insulaires d’aujourd’hui.

Offrir aux regards une silhouette intemporelle, avec juste assez de désinvolture (sans pour autant en faire un système), n’est-ce pas pratiquer une diététique pour lutter contre la douleur que suscite un monde devenu si grossier ?

Par sa posture, incarner le vestige, le revenant, celui qui, debout au milieu des ruines, témoigne de sa différence, quel exaltant programme !

 

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Cette posture a été illustrée par quelques essais classiques, que je me fais un plaisir et un devoir de rappeler une fois de plus : les introuvables De l’Élégance masculine, de la regrettée Tatiana Tolstoï (1987), le très spirituel Chic anglais, de l’illustre James Darwen (1990) ; les livres illustrés de l’Américain Bruce Boyer, du Britannique James Sherwood, disparu des radars, ou du Français Julien Scavini, lui-même tailleur. Sans oublier le Chouan des villes, dont j’ai parlé naguère.

 

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Il y a des années déjà, je suivais de loin en loi divers sites internet, parmi lesquels stiff-collar.com/ du cher Scavini, architecte devenu tailleur, dessinateur de talent au goût parfait, et qui reste, lui aussi, fidèle à l’élégance British pur sucre ou encore lechouandesvilles.over-blog.com, hélas inactif .

 

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J’étais bien sûr tombé sur le site Parisian Gentleman d’Hugo Jacomet, sans le suivre de manière régulière. Trop parisien à mes yeux (le culte à mon sens convenu de telle ou telle maison ; l’obsession du bespoke), un tantinet publicitaire aussi, ce qui me chiffonnait. Bref, j’avais - mea culpa - manqué quelques bons papiers, que l’auteur réunit dans un recueil bienvenu, intitulé L’Élégance est un art de vivre.

Hugo Jacomet y défend avec esprit une forme de dissidence « discrète et apaisée » au sein de laquelle celui qu’il appelle le sartorialiste (du latin sartor – le tailleur) incarne « la figure irréductible de l’individu non réformé ». J’aime beaucoup cette idée de « non réformé » et que Jacomet prenne ainsi, non sans courage, de la hauteur pour marquer son opposition au concassage général, que les pédants nomment déconstruction, c’est-à-dire la destruction systématique, idéologiquement justifiée, des identités au profit d’abstractions pseudo-vertueuses, en réalité totalitaires.

Avec Jacomet, Scavini et quelques autres, notamment un nombre grandissant de jeunes gens assoiffés de style et d’élégance, tant morale que vestimentaire (l’une devant aller de pair avec l’autre), je pense que ce relâchement, cette « déverticalisation » qui prennent des allures d’effondrement civilisationnel doivent être contrés, avec le sourire. Jacomet fait bien de lier ce souci sartorial à une éthique de l’homme civilisé, en rébellion contre la dérive normative de notre société. Le port de la cravate ainsi prend un tout autre sens : loin d’être un réflexe conformiste, il marque la volonté d’un effort de raffinement, c’est-à-dire d’un égard accru tant pour soi-même que pour autrui, doublé d’un dépassement par le haut de cette trivialité qu’abhorrait tant Baudelaire. Ainsi, j’ai particulièrement apprécié sa défense du costume comme manifestation… de contre-culture. Boutade ? Facile pirouette ? Que nenni – vérité profonde.

Choisir une cravate (ah les Petronius 1926, les Drake ou les Breuer, au toucher inimitable !) et une pochette (ah les soies aériennes de chez Charvet ou de chez Budd !), lustrer ses Crockett & Jones ou ses Edward Green, bref se mettre en forme de grand matin permet d’affronter le monde avec sérénité et confiance.

Cerise sur le gâteau : croiser au hasard des rues un gentilhomme ou une femme ayant consenti les mêmes efforts redonne du courage en confortant notre volonté d’être différent dans un monde de jour en jour plus grégaire.

 

Christopher Gérard

 

Hugo Jacomet, L’Élégance est un art de vivre, Ed. Intervalles, 237 pages, 20€

 

 Lire aussi tous les livres de Julien Scavini

 

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 Lire aussi, sur Archaion

 

http://archaion.hautetfort.com/archive/2014/10/20/de-l-elegance-masculine-5472457.html

http://archaion.hautetfort.com/archive/2020/12/28/le-chouan-des-villes-6287020.html

 

 

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