07 janvier 2008
Sur Drieu
Passionnant témoignage que publient les éditions Bartillat sur Drieu la Rochelle (1893-1945), qui, recherché à la Libération, se tua parce qu’il refusait de fuir, d’être palpé par des mains sales ou d’être considéré comme « un littérateur bafoué par la grâce ». Cet homme « attachant et exaspérant », comme le définit justement J. Hervier dans son brillant avant-propos, fut l’amant puis, jusqu’à sa mort, l’ami de Victoria Ocampo, la grande dame des lettres sud-américaines, dont nous pouvons aujourd’hui lire un extrait des mémoires. Sa première rencontre avec Drieu a pour décor le Paris de 1929 : tout de suite séduite par le dandy parisien, elle n’en est pas moins lucide sur les faiblesses d’un homme rongé par le doute (« Drieu souffrait moralement d’insomnie »), hanté par la décadence – celle de la France comme celle du jeune guerrier des tranchées. Avant tous les autres, cette femme d’exception comprend que le triste Drieu voit « tout en noir, uniquement parce qu’il isole le noir, comme un poison ». Bien des pages bouleversent le lecteur, qui découvre un Drieu encore plus fraternel : malgré leurs divergences politiques, Ocampo restera fidèle à ce réfractaire absolu qui, s’il se trompa, le fit sans bassesse.
Victoria Ocampo, Drieu, Ed. Bartillat, 151 p.
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