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21 juin 2016

SOLSTITIUM

solstice

 

 

OPTIMUM  SOLSTITIUM VOBIS OPTO

 

 

« Ce monde, le même pour tous, ni dieu ni homme ne l’a fait, mais il était toujours, il est et il sera, feu toujours vivant, s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure. »

 

Héraclite (fragm. 80) ou l’essence du tragique.

 

 

 

 

 

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17 juin 2015

Sur Vladimir Dimitrijevic

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« Mais celui <l’éditeur> sans doute qui m’a le plus marqué et avec qui j’ai eu de nombreux échanges, c’est le regretté Vladimir Dimitrijevic, fondateur et directeur des Editions L’Age d’Homme. Après la mort de mon père, dont il était l’ami, il a été pour moi la grande référence. J’ai été « nourri au lait de L’Age d’Homme » et de la littérature slave. Les conversations que j’ai eues avec lui m’ont beaucoup inspiré et ont été déterminantes. Il incarnait dans ce monde de plus en plus livré à l’argent et à la rentabilité une certaine idée aristocratique de l’édition, au service de la littérature davantage qu’à la recherche d’un succès facile. Ce que j’ai profondément admiré chez lui c’est cette manière de construire un catalogue extraordinairement vivant et incarné, à l’image de ses passions et de sa personnalité. Il ne publiait rien au hasard. »

 

Pierre-Guillaume de Roux, sur Dimitri, dans la dernière livraison de Livr’Arbitres, consacrée à Dominique de Roux.

 

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12 janvier 2015

Hommage à Claude Michel Cluny

 

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Pour saluer un maître de style et de vie, cet extrait de ce que j'écrivais sur Claude Michel Cluny dans Quolibets. Suivi d'un entretien avec l'écrivain.

 

"Un pessimisme allègre, une vision machiavélienne de la politique comme exercice de la puissance, une misanthropie affirmée  (...)  Un style cristallin, décanté à coups de rasoir, épuré sans jamais verser dans la géométrie. Une férocité hautaine quand il s’agit de sabrer des gloires qu’il juge usurpées. (...) Autre leitmotiv, une réflexion philosophique menée depuis les débuts littéraires, aux antipodes de « l’affreuse métastase venue de Judée », libérée des dogmes abrahamiques et ressourcée dans la Grèce de Pindare ».

 

  

 

Entretien avec Claude Michel Cluny

 

L’Invention du Temps, votre Journal, illustre un permanent exercice de gnôthi seauton. Ma première question sera donc : qui êtes-vous ? Comment vous définiriez-vous ? Pour ma part, j’ai envie de dire un Solitaire. Ne dites-vous pas dans Moi qui dors toujours si bien : « Seul et heureux de l’être sans oubli ni abandon, sans relâchement de la vigilance d’être moi » ?

 

À l’éveil de l’adolescence, passage d’un monde flou dans la vie consciente, je me suis fait une amie de la solitude, dès lors qu’elle se confond avec la liberté d’être. Liberté de rêver, de choisir, de lire, d’inventer voyages et aventures − un peu la cachette dans l’arbre des récits de jeunesse. Non que j’eusse été sauvage : j’eus la chance de fidèles amitiés. Mais je préfère la solitude aux importuns, et ne m’ennuie jamais. J’ai pu vérifier au long de ma vie qu’on ne voyage jamais mieux que seul, que la solitude m’est une force, un temps de ressourcement, une indépendance.

 

Libre, non pas misanthrope ; lorsque mon Journal littéraire, L’Invention du temps, a commencé d’être publié, le peu d’amis anciens que l’âge ne m’a pas ravi s’étonnèrent de ce goût pour la solitude que jamais ils n’avaient décelé au fil des années. Et puis, la vie que j’ai choisie très tôt, animée par les activités diverses, les rencontres, les voyages, exigeait des moments de retrait dus à l’écriture aussi bien qu’à la vie privée. La solitude élue − un luxe rare − vaut une thérapie, bénéfique à l’équilibre de l’esprit comme à celui du corps la pratique d’un sport.

 

Quelles ont été pour vous les grandes lectures ? Vos maîtres ?

 

Celles, en vérité, qui instruisent par le plaisir. Je leur dois le goût de l’histoire et la passion des voyages, les joies du langage et la soif du beau. Les personnages de Dumas me menèrent aux grands historiens, ceux de Verne à la connaissance du monde. L’adolescence me fut une fête de découvertes. Je sais combien je dois à ces émerveillements en vrac, dont les désordres m’apprirent aussi qui j’étais. Trop indépendant, je ne crois pas avoir eu des « maîtres », plutôt des curiosités, des engouements, et des admirations raisonnables : le sage scepticisme de Montaigne, la cruauté sublime de Racine, l’intelligence créatrice de Valéry m’accompagnent encore. Et la leçon politique de Gide, la société moribonde de Proust… Il est vraisemblable que si vieillir renforce nos racines culturelles cela nous rend moins enclins à prêter attention à tant de déjà vu, mais aussi moins d’énergie à lutter contre un déclin de civilisation organisé et consenti. De l’alliance du doute avec la passion, cet inceste, naît peut-être une forme de stoïcisme.

Quelles ont été vos grandes rencontres littéraires?

 

Les années 50 révélèrent à ma génération tout ce que la guerre avait occulté. Une floraison d’ « ismes » en art, musique, littérature. Des plus dommageables de ces doctrines, les religieuses et les politiques, nous sommes loin à ce jour d’être débarrassés.  À vingt ans, de qui se croire ou se vouloir le disciple ? J’eus quelques rencontres de curiosité − Cocteau, bien sûr, Montherlant −, mais je compris très tôt que le temps qu’un écrivain nous donnait était pris sur son travail. Les véritables rencontres ont lieu dans les livres. Quant aux « Lumières » de l’époque, elles se barbouillaient par trop d’idéologies, aveugles, menteuses, meurtrières, pour subvertir mon scepticisme. Je n’ai jamais pratiqué le culte des « Grands hommes », et n’eus pas non plus de rencontre « fondatrice »  − tel front de Claudel avec un pilier de Notre-Dame −, mais des amitiés et la passion de la jeunesse.        

 

Il y a chez vous comme un dégoût très sûr pour « la fallacieuse musique des mots non exacts ». Puis-je dire que votre voie en littérature est la voie sèche et décantée, celle d’un Léautaud ?

 Ce que vous entendez par « écriture sèche » − Stendhal, Léautaud, Valéry ? −, celle de mon Journal littéraire, ou de mes essais critiques, souvent de mes poèmes, de mes aphorismes, tend au plus juste rapport du verbe à l’idée. Une écriture décantée du flou, de l’imprécis, donc de l’inutile par la logique. Soit (j’en accepte le compliment !). Pourtant, l’expression logique n’affronte pas l’indicible − ce qui reste à dire au-delà du dit. D’où les fabuleuses interrogations de la poésie, ce langage dans le langage.    

 

Si l’écriture de mon Journal favorise cette concision que vous remarquez, mes ouvrages de fiction font appel à bien d’autres registres. Je crois qu’une œuvre romanesque suscite son propre langage autant que son rythme et son climat.  Mes romans, de fait, ni mes nouvelles ne se « ressemblent ». Chaque livre exige son espace et son écriture propres.

 

Pourrais-je vous qualifier de libertin du siècle ?

 

Faut-il encore savoir ce que le mot veut dire aujourd’hui. Le sens a passé de la liberté de penser à celle des mœurs. Rien d’illogique dans cet appauvrissement. Il ne subsiste de ces péchés de l’esprit d’analyse et de ceux du désir qu’un inoffensif relent de soufre. Un colloque en Sorbonne, il y a peu, me reconnut comme « poète païen ». J’en suis fier. Le divin est en nous, ou il n’est pas. Si j’avais une religion elle serait solaire ; je hais l’obscurantisme des dogmes qui nous menacent plus que jamais. Le politiquement correct de la « pensée » dominante est tel que les libertés naturelles, à commencer par celle de l’esprit, sont mises en procès ; il écrase jusqu’au langage.  Or, un peuple qui a peur des mots est un peuple asservi.

 

J’eux la chance de la plus grande liberté pour diriger la collection de poche de poésie « Orphée » ; soit quelque deux cent trente titres. Classiques, oubliés ou inconnus. Les poètes donnent une leçon : ceux qui chantent juste demeurent à la marge des modes, et les plus grands s’élèvent toujours contre les interdits de leur temps.

 

Propos recueillis par Christopher Gérard, avril 2011.

 

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05 janvier 2015

Colloque Alain Daniélou

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En compagnie de quelques amis, j'évoquerai la figure d'Alain Daniélou, Breton initié au shivaïsme, danseur et écrivain, musicologue et indianiste, dont l'œuvre protéiforme inspire nombre d'esprits libres. Cela se passera le 20 janvier prochain à Bruxelles,  dans le cadre prestigieux de la Villa Empain, sous les auspices de la Fondation Boghossian.

Inscription obligatoire :

http://www.villaempain.com/activites/conferences/linde-et...

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21 mai 2014

Avec Dominique Venner

 

 

 

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Dans l’un de ses envois, rédigés d’une écriture anguleuse, Dominique Venner m’écrivait que « la mémoire des origines est la nourriture de l’âme ». Aussi belle que juste - c’est tout un -, la formule illustre le talent de son auteur, un tireur qui ne manquait jamais sa cible. La réédition bienvenue du Cœur rebelle, à mon sens son plus beau livre avec le Dictionnaire amoureux de la chasse, permet de s’en rendre compte : reprenant mon exemplaire de 1994, lu avec enthousiasme et jubilation, je retombe sur mes multiples annotations au crayon. Vingt ans après leur première lecture, chaque phrase soulignée foudroie encore. Quel bel hymne à la détermination virile, quelle vigoureuse charge contre la décadence et la résignation ! L’ancien cadet de l’école de guerre de Rouffach, une sorte de monastère guerrier fondé par de Lattre, l’ancien commando de la frontière tunisienne, l’ancien militant radical qui projeta d’assassiner de Gaulle à l’Elysée, le futur historien « méditatif », Venner le Spartiate y livre le fond de sa pensée et, comme il le précise dans une postface inédite datant de 2008, exorcise son passé. Un comble pour un homme aussi pudique, qui détestait les histoires d’anciens combattants et que, paradoxe pour un historien, son propre passé laissait indifférent.  Né d’une douleur et d’un effort sur lui-même, Le Cœur rebelle est en quelque sorte un mixte du Jeune Européen de Drieu et de La Guerre notre mère de Jünger - le manuel de l’insurgé antimoderne.

Sans être dupe, Venner se félicitait d’avoir pu connaître « le couple divin, le courage et la peur » chanté jadis par Drieu après la charge de Charleroi, ainsi qu’une guerre quasi féodale, la dernière ( ?) qui laissât encore l’initiative à l’individu plutôt qu’à la machine. S’il ne cachait pas la face atroce de sa guerre d’Algérie, où il découvrit la cruauté pure (« un enfant charcuté comme un lièvre »), Venner décrivait bien la trahison de l’arrière, le masochisme haineux des progressistes, leur veulerie à prétentions humanitaires. Pour Venner, cette guerre qui n’osa jamais vraiment dire son nom constitua une expérience fondatrice. Je suis d’ailleurs convaincu que son suicide en fut l'ultime conséquence : l’homme d’épée, qui avait tant d’années durant réprimé ces pulsions nées du fracas des armes, a voulu rejoindre ses camarades du djebel, debout, les yeux ouverts et par le sang versé. Comme il l’écrit dans Le Cœur rebelle, où le thème du suicide - celui de Montherlant, celui de son ami Grossouvre, qui se tua ( ?) dans son bureau de l’Elysée - conclut l’essai de manière prophétique : « réussir sa mort est bien l’un des actes les plus importants de la vie ».

Bien des pages seraient à citer, dont l’ultime, qui est d’un écrivain de race et qui ne peut que bouleverser toute âme de qualité, d’où qu’elle vienne : « Je suis du pays de l’arbre et de la forêt, du chêne et du sanglier, de la vigne et des toits pentus, des chansons de geste et des contes de fées, du solstice d’hiver et de la Saint-Jean d’été, des enfants blonds et des regards clairs, de l’action opiniâtre et des rêves fous, des conquêtes et de la sagesse. Je suis du pays où l’on fait ce que l’on doit parce qu’on se doit d’abord à soi-même ».

Lisons donc ce livre, offrons-le à de jeunes âmes ardentes. Et saluons Pierre-Guillaume de Roux, l’éditeur, et Bruno de Cessole, le préfacier, pour leur fidélité à l’ami disparu.

Témoignage sur une jeunesse d’orage, traité stoïcien de savoir-vivre , réflexion sur l’action, méditation sur le tragique, Le Cœur rebelle restera et trouvera de nouveaux lecteurs, parce que ce livre superbe illustre la prééminence du style sur les idées, de l’instinct vital sur les abstractions. Le Cœur rebelle, ou la sueur et le sang transmutés en esprit.

 

Christopher Gérard

 

Dominique Venner, Le Cœur rebelle, édition augmentée et préfacée par Bruno de Cessole, Pierre-Guillaume de Roux, 22€.

 

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Trois questions à Dominique Venner sur Le Cœur rebelle (2001)

 

Dans Le Cœur rebelle, vous évoquez avec sympathie “ un jeune homme intolérant qui portait en lui comme une odeur d’orage ” : vous-même au temps des combats militaires en Algérie puis politiques en France. Qui était donc ce jeune Kshatriya, d’où venait-il, quels étaient ses maîtres, ses auteurs de prédilection ?

 

C’est ici que l’on retrouve l’allusion au “ gerfaut ” de votre première question, souvenir d’une époque grisante et dangereuse où le jeune homme que j’étais croyait pouvoir inverser un destin contraire par une violence assumée. Cela peut paraître extrêmement présomptueux, mais, à l’époque, je ne me reconnaissais pas de maître. Certes, j’allais chercher des stimulants et des recettes dans le Que faire? de Lénine ou dans Les Réprouvés d’Ernst von Salomon. J’ajoute que des lectures enfantines avaient contribué à me forger une certaine vision du monde qui s’est finalement assez peu démentie. En vrac, je citerai Éducation et discipline militaire chez les Anciens, petit livre sur Sparte qui me venait de mon grand-père maternel, un ancien officier, La Légende de l’Aigle de Georges d’Esparbès, La Bande des Ayaks de Jean-Louis Foncine, L’Appel de la forêt de Jack London, en attendant de lire beaucoup plus tard l’admirable Martin Eden. Il s’agissait là des livres formateurs de ma dixième ou douzième année. Plus tard, vers vingt ou vingt-cinq ans, j’étais naturellement passé à d’autres lectures, mais les librairies étaient alors peu fournies. C’était une époque de pénurie intellectuelle dont on n’a pas idée aujourd’hui. La bibliothèque d’un jeune activiste, même dévoreur de livres, était mince. Dans la mienne, en plus d’ouvrages historiques, figurait en bonne place Réflexions sur la violence de Georges Sorel, Les Conquérants de Malraux, Généalogie de la morale de Nietzsche, Service inutile de Montherlant ou encore Le Romantisme fasciste de Paul Sérant, révélation des années soixante. On voit que cela n’allait pas très loin. Mais si mes idées étaient courtes, mes instincts étaient profonds. Très tôt, alors que j’étais encore soldat, j’avais senti que la guerre d’Algérie était bien autre chose que ce qu’on en disait ou que pensaient les naïfs défenseurs de l’“ Algérie française ”. J’avais perçu qu’il s’agissait pour les Européens d’un combat identitaire puisqu’en Algérie ils étaient menacés dans leur existence même par un adversaire ethnique. J’avais senti également que nous défendions là-bas — très mal — les frontières méridionales de l’Europe. Contre les invasions, les frontières se défendent toujours au-delà des mers ou des fleuves.

 

Dans ce même livre, qui est un peu votre autobiographie, vous écrivez : “ Je suis du pays de l’arbre et de la forêt, du chêne et du sanglier, de la vigne et des toits pentus, des chansons de geste et des contes de fées, du solstice d’hiver et de la Saint-Jean d’été ”. Quel drôle de paroissien êtes-vous donc ?

 

Pour dire les choses de façon brève, je suis trop consciemment européen pour me sentir en rien fils spirituel d’Abraham ou de Moïse, alors que je me sens pleinement celui d’Homère, d’Epictète ou de la Table Ronde. Cela signifie que je cherche mes repères en moi, au plus près de mes racines et non dans un lointain qui m’est parfaitement étranger. Le sanctuaire où je vais me recueillir n’est pas le désert, mais la forêt profonde et mystérieuse de mes origines. Mon livre sacré n’est pas la Bible, mais l’Iliade (1), poème fondateur de la psyché occidentale, qui a miraculeusement et victorieusement traversé le temps. Un poème qui puise aux mêmes sources que les légendes celtiques et germaniques dont il manifeste la spiritualité, si l’on se donne la peine de le décrypter. Pour autant, je ne tire pas un trait sur les siècles chrétiens. La cathédrale de Chartres fait partie de mon univers au même titre que Stonehenge ou le Parthénon. Tel est bien l’héritage qu’il faut assumer. L’histoire des Européens n’est pas simple. Après des millénaires de religion indigène, le christianisme nous fut imposé par une suite d’accidents historiques. Mais il fut lui-même en partie transformé, “ barbarisé ” par nos ancêtres, les Barbares, Francs et autres. Il fut souvent vécu comme une transposition des anciens cultes. Derrière les saints, on continuait de célébrer les dieux familiers sans se poser de grandes questions. Et dans les monastères, on recopiait souvent les textes antiques sans nécessairement les censurer. Cette permanence est encore vraie aujourd’hui, mais sous d’autres formes, malgré les efforts de prédication biblique. Il me semble notamment nécessaire de prendre en compte l’évolution des traditionalistes qui constituent souvent des îlots de santé, opposant au chaos ambiant leurs familles robustes, leurs enfants nombreux et leur groupement de jeunes en bonne forme. La pérennité de la famille et de la patrie dont ils se réclament, la discipline dans l’éducation, la fermeté dans les épreuves n’ont évidemment rien de spécifiquement chrétien. Ce sont les restes de l’héritage romain et stoïcien qu’avait plus ou moins assumé l’Église jusqu’au début du XXe siècle. Inversement, l’individualisme, le cosmopolitisme actuel, le culpabilisme sont bien entendu les héritages laïcisés du christianisme, comme l’anthropocentrisme extrême et la désacralisation de la nature dans lesquels je vois la source d’une modernité faustienne devenue folle et dont il faudra payer les effets au prix fort.

 

Dans Le Cœur rebelle, vous dites aussi “ Les dragons sont vulnérables et mortels. Les héros et les dieux peuvent toujours revenir. Il n’y a de fatalité que dans l’esprit des hommes ”. On songe à Jünger, que vous avez connu, qui voyait à l’œuvre Titans et Dieux…

 

Tuer en soi les tentations fatalistes est un exercice qui ne tolère pas de repos. Quant au reste, laissons aux images leur mystère et leurs radiations multiples, sans les éteindre par une interprétation rationnelle. Le dragon appartient de toute éternité à l’imaginaire occidental. Il symbolise tour à tour les forces telluriques ou les puissances malfaisantes. C’est par la lutte victorieuse contre un monstre qu’Héraclès, Siegfried ou Thésée ont accédé au statut de héros. A défaut de héros, il n’est pas difficile de reconnaître dans notre époque la présence de divers monstres que je ne crois pas invincibles même s’ils le paraissent.

 

Propos recueillis pour la revue Antaios par Christopher Gérard en 2001.

 

Il est question de Dominique Venner dans Quolibets

 

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