14 octobre 2026
Tombeau pour l'écrivain français

Depuis des années, depuis Fatigue du sens, Le Sentiment de la langue ou encore le célèbre (quoique lu de travers) Langue fantôme, Richard Millet fustige le « prêt-à-porter romanesque international » et le déclin de notre langue française, interprété en termes quasi mystiques. L’écrivain décèle bien la haine de soi dans ce refus d’hériter et de transmettre qui caractérise l’Occident.
Il perçoit - pour en souffrir comme un damné - cet effondrement de toute verticalité au profit d’une horizontalité totalitaire. À langue piétinée, patrie souillée, dégradée. Non sans ce qui ressemble parois à une sombre jubilation, il tend à jouer au prophète de l’apocalypse et n’évite pas certaines redondances, celles du « dernier écrivain » qu’il entend incarner.
Toutefois, l’agacement que cette posture peut susciter ne doit en rien nous empêcher de saluer le courage de l’écrivain scandaleusement ostracisé, qui refuse de rendre les armes et ne se résigne pas à ce qu’il appelle « la nuit de l’inversion généralisée ». Son Tombeau de l’écrivain français se lira comme une charge contre la décadence, doublée d’une déclaration d’amour à notre langue.
Une citation pour la route : « Il y a du déshonneur pour un écrivain chaque fois qu’il écrit mal ou se prostitue à l’idéologie dominante ».
Christopher Gérard
Richard Millet, L’Écrivain français. Tombeau, Les Provinciales, 96 pages, 12 €
Écrit par Archaïon dans Mousquetaires et libertins | Lien permanent |
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