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01 août 2026

Morand

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Fondée en pays messin à la fin de l’autre siècle par les deux confrères Patrick Wagner et Laurent Schang, Livr’Arbitres est une élégante revue littéraire non conformiste qui a consacré de mémorables livraisons à Michel Déon, Jacques Chardonne, Ernst Jünger. Les Belges y sont les bienvenus. D’une facture soignée,
Livr’Arbitres est l’une des revues littéraires qui comptent tout en restant dans une marge relative, et dont les numéros sont déjà recherchés par les bibliophiles, ne fût-ce que pour le signet qui accompagne chaque exemplaire.
Le dernier numéro de ce trimestriel, le 54 de juin 2026, propose des dossiers fouillés sur trois figures plus qu’originales et aux antipodes l’une de l’autre : Paul Morand, l’ancien ambassadeur de Vichy ; François Augiéras, l’anarchiste païen et Goliarda Sapienza, la libertaire nietzschéenne.

Le dossier Morand est bien fourni ; il constitue un portrait kaléidoscopique d’un des plus grands écrivains français du XXème siècle avec Proust, son ami qui préfaça son premier livre, et Céline, qui, pourtant avare de compliments, saluait en Morand
« un satané authentique orfèvre de la langue ». Toute l’ambivalente profondeur de Morand transparaît dans ce recueil d’articles : son côté « dinosaure » formé au XIXème siècle, sa modernité (vitesse & voyages) sans chiqué, son style éminemment classique, son génie de la formule qui lui permet de croquer un personnage ou une situation en un trait fulgurant, en une percutante image d’une totale originalité. A cet effet, la lecture de ses Journaux est un rare plaisir. Toujours pertinent, toujours inattendu, jamais convenu, Morand étonne, charme et agace à la fois. Son esprit foncièrement réactionnaire ne l’empêche nullement de ne pas voir le monde tel qu’il tourne : « J’aurai joui mieux que personne du monde qui finit, en ayant pleine conscience ; j’aurai vu les derniers beaux pays, vidé les dernières bouteilles, reçu les derniers hommages de races encore respectueuses. Je me promène dans les mondes jaune et noir comme un seigneur qui reçoit les hommages des paysans en juin 1789 ; tout en sachant que cela ne durera pas. » Au jeune Michel
Mourlet, qui le rencontre en 1972, le vieil académicienconfie : « Il faut voyager pour être seul, silencieux, exigeant, fidèle au secret ; sortir de chez soi, c’est rentrer en soi-même (…) Le voyage, c’est une seconde jeunesse ».
Ses descriptions de ville, Bucarest, New York, Londres sont désormais d’indémodables classiques : « Paris c’est le bistrot et Londres, c’est le club. (…) A Londres, les choses sont belles à cause des gens, à Paris, malgré eux ».

Christopher Gérard


Livr’Arbitres 54, 170 pages, wwwlivrarbitres.com

 

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