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01 décembre 2019

La Lettre au capitaine Brunner

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Avec La Lettre au capitaine Brunner, aujourd’hui rééditée dans la jolie collection de poche La petite Vermillon, Gabriel Matzneff (1936°) conclut un cycle romanesque qui avait débuté avec L’Archimandrite. On sait que, comme son ami Hergé, Matzneff se plaît à faire apparaître les mêmes personnages de livre en livre. Nous retrouvons dans ce neuvième roman Cyrille Razvratcheff, le suicidé de L’Archimandrite.

Justement, ce suicide, que tous pensaient causé par une déconvenue amoureuse (en plus d’une incapacité à s’insérer dans le monde adulte), ce suicide acquiert une autre ampleur grâce aux révélations d’un lourd secret de famille, cette lettre que le père de Cyrille, et donc l’oncle de Nil Kolytcheff, aurait envoyée au commandant du camp de Drancy, le SS-Hauptsturmführer Brunner… pour dénoncer son épouse comme juive. Déportée, celle-ci mourut dans les camps. Son époux, l’oncle Nicolas, lui, fut arrêté à la Libération et se pendit dans sa cellule. Avec ses embrouilles, le comte Razvratcheff se révèle un personnage haut en couleurs, mêlé à d’obscurs bureaux d’achats qui, sous l’Occupation, traitaient avec les Allemands – un peu comme dans les romans de Patrick Modiano.

Transmis par un évêque orthodoxe, un dossier constitué à la Libération, composé de pièces tour à tour sordides et drolatiques, a empoisonné les dernières heures de Cyrille ; après un demi-siècle de dormition, il continue de faire des dégâts… jusqu’à sa destruction finale.

Roman sombre malgré les apparences, La Lettre au capitaine Brunner peut se lire comme un exorcisme, comme un refus de l’hyper-mémoire, devenue un dogme en ces temps d’amnésie générale. Nombre de thèmes font de ce roman une synthèse de l’œuvre de cet écrivain classique : la fidélité à l’orthodoxie et la tentation païenne, les fautes et leur pardon (ou leur oubli – le roman est d’une fascinante ambiguïté), la diététique et la gourmandise, le refus de marcher au pas et le goût, si vif, d’une Italie stendhalienne au suprême.

 

Christopher Gérard

 

Gabriel Matzneff, La Lettre au capitaine Brunner, La petite vermillon, 272 pages, 7.30€

 

Sur Gabriel Matzneff, voir aussi :

http://archaion.hautetfort.com/archive/2019/11/20/matznef...

Écrit par Archaïon dans Mousquetaires et libertins | Lien permanent | Tags : matzneff |  Facebook | |  Imprimer |

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