26 août 2009
En bonne compagnie avec André Fraigneau
Selon le joli mot de l’éditeur, Dominique Villemot, André Fraigneau a inventé un nouveau temps, « le présent du subjectif », à merveille illustré dans le délicieux recueil de portraits intitulé En bonne compagnie. Et pour cause : Cocteau, « mainteneur et novateur » ; Radiguet, « prince de la jeunesse » ; Sauguet et son chat Parsifal, Nimier (à Venise) et Morand ; Anna de Noailles et Louise de Vilmorin ; bref, un feu d’artifices et un moment de haute civilisation. Ces textes d’une réjouissante fraîcheur ont paru naguère, de 1938 à 1970, dans diverses revues, et non des moindres : Opéra, Arts, Cahiers de Saisons, … Grâce au Dilettante, les voici rassemblés sous une élégante jaquette ornée de clichés inédits d’André Fraigneau (1905-1991), écrivain de la grâce humaine, éditeur chez Grasset, homme de radio. Un touche-à-tout, amateur en quête de bonnes fortunes, rescapé de la Vieille Europe, qui a connu tout le monde à Paris pendant plus d’un demi-siècle et qui apparaît – coïncidence – dans le récent Journal de Philippe Jullian.
Le fil rouge de ces portraits brossés avec intelligence et délicatesse ? Les amitiés « stellaires ». Dans le chef de Fraigneau, stella se traduit ici par météore plutôt que par star, même si les personnages décrits, de Christian Bérard à Christian Dior, ont incarné une France étincelante. Rien d’académique dans ce tableau d’un monde évanoui ; au contraire, la primauté du cœur, mais un cœur dompté par la raison classique. D’où ces perles de lucidité qui valent toutes les bibliothèques du CNRS : « la littérature française est une longue suite de préciosités, souvent contradictoires, que coupe à intervalles fixes un cri, le plus nu et le plus humain qui puisse être. C’est un cri de foi, de révolte, d’amour ou de mort. » Ou « l’esprit classique diffère de l’esprit romantique en ceci qu’il s’offre le luxe d’innover dans la tradition ; il ne croit pas utile de feindre l’ignorance ou le mépris pour ce qui a précédé son épanouissement. L’égoïsme ingrat lui paraît une faiblesse, et l’amitié fidèle, le secret de la force et du bonheur. » Qui dit mieux pour définir une posture minoritaire de nos jours, où prédominent les démons Soupçon et Déconstruction ? A relire Fraigneau, virtuose de la raison sensible, on regrette l’absence d’une biographie de cet homme singulier.
André Fraigneau, En bonne compagnie, Le Dilettante.
20:19 Publié dans Mousquetaires et libertins | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fraigneau, hussards, littérature



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