05 mai 2008
Verhaeren
L’Age d’Homme, maison d’édition basée à Lausanne comme à Paris (belle librairie rue Férou) et qui a déjà publié tant d’écrivains belges (de Claus à Lampo, d’Henrard à Thinès), crée une collection à l’élégante jaquette, qui s’intitule La petite Belgique. Ses directeurs, le sagace Jean-Baptiste Baronian et l’insaisissable Jacques Booth, ont choisi d’honorer en premier l’un des maréchaux de nos Lettres, Emile Verhaeren (1855-1916), qui fut en quelque sorte le Whitman d’une Belgique en pleine ascension. Poète vitaliste, Verhaeren se révèle aussi fin critique : les articles ici rassemblés parurent pour la plupart dans L’Art moderne (1881-1914), l’hebdomadaire bruxellois dirigé par Edmond Picard. Ils évoquent avec un sens étonnant de la formule et une généreuse sympathie des poètes, de Baudelaire aux Symbolistes. Ce qui frappe à leur lecture, c’est la jeunesse de ton et l’enthousiasme de Verhaeren : rien de compassé ni de vieilli dans ces courtes études. Que de trouvailles aussi, car notre poète parvient, parfois de façon géniale, à brosser un portrait, à souligner une qualité. A propos de Baudelaire par exemple, Verhaeren se surpasse : « ce noir et lumineux jardinier des fleurs perverses », « son vers a des torsions d’épileptique, la cruauté lui plaît, les monstres le tentent, le vice raffiné l’enchaîne, le mal savant l’attire ; Satan, d’un bout à l’autre, règne dans son œuvre ». Qui dit mieux et plus clairement ce qu’il faut savoir de Baudelaire ? Seul un poète écrit de façon durable sur un confrère, et les théoriciens, tôt ou tard, « bourdonnent » comme dit justement Verhaeren. Verlaine lui inspire aussi de splendides lignes : « brûlant toujours, soit de vices, soit de vertus. Flammes rouges ou lueurs blanches le ravagent ou l’illuminent de leurs brûlures ou de leurs clartés. » Chardonne prétendait que les Belges écrivent « pointu » : il devait avoir lu Verhaeren ! Imitons-le.
Christopher Gérard
Paru dans La Revue générale, avril 2008
Emile Verhaeren, De Baudelaire à Mallarmé. Suivi de Parnassiens et Symbolistes, L’Age d’Homme.
16:48 Publié dans XVII Provinces | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, belgique



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