05 mai 2008

Corinne Hoex

Archéologue de formation, Corinne Hoex devait, lors de ses stages de fouille, manier la truelle comme le chirurgien son scalpel : avec virtuosité et tout en délicatesse pour ne pas érafler le tesson belgo-romain, non sans une mâle vigueur pour dégager les racines. Elle s’était fait remarquer en 2001 avec Le Grand menu, un roman dont elle condense aujourd’hui la matière première dans Ma robe n’est pas froissée, une nouvelle – parfaitement réussie – plutôt qu’un deuxième roman. C’est la description (la confession ?) par le biais de brefs tableaux d’une enfant trop sage de nos béates Sixties, niée par des parents qui auraient mieux fait de s’abstenir. Une fillette ignorée par une mère à l’indifférence glacée (« chaque fois que ses yeux se détournent de moi, le manque de son regard m’efface davantage. C’est une souffrance sans forme. Sans lieu. Pire que la pire des gifles, le plus brutal des coups de règle, le plus hargneux des coups de cravache, ces violences précises, ciblées, qui m’auraient sauvée du néant »), tyrannisée par un père maniaque et vaguement abruti (« Tu aimais l’ordre. L’exactitude. Les collections. Les catalogues. Les inventaires. Tu es mort méticuleusement. Une métastase ici. Une autre là. »). Un couple de névrosés qui engendrent une masochiste, comme une certaine joyeuse Belgique (Volvo, kwistax et babeluttes de Furnes) en fabriqua à la pelle, petites feuilles mortes livrées au premier venu, à savoir l’amant libérateur (« Subitement, sa bouche se colle sur la mienne. Il me prend comme on extermine. »). De nos jours, ce genre de parcours étant devenu un lieu commun de l’industrie du livre féminin, les librairies regorgent de ces autofictions, pitoyables thérapies d’où suinte l’ennui. Grâces en soient rendues à Vénus Victrix, Corinne Hoex est poète jusqu’au bout des ongles  - qu’elle a acérés. Chez cet écrivain, nulle complaisance mais la lucidité sans faille de l’analyste, qui m’a fait songer au Mars de F. Zorn. Quant à la langue, ciselée et ponctuée avec grâce (rara avis), elle transcrit de façon percutante l’enfer quotidien d’une héroïne couturée de cicatrices. Corinne Hoex écrit comme on sabre, avec une rage froide et ce qu’il faut de saine jubilation. Bref, elle s’impose avec une grâce qui balaie le désespoir.

Christopher Gérard

Paru dans La Revue générale, avril 2008.

Corinne Hoex, Ma robe n’est pas froissée, Les Impressions nouvelles, 112 pages, 12€

Commentaires

Incontestablement, un article intelligent sur une écrivain belge d'énorme talent.

Ecrit par : rg | 13 septembre 2008

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