10 octobre 2007
Marcel Conche
Phusikôtatos anèp
Le travail en profondeur du philosophe Marcel Conche doit être loué tant la démarche, alliant rigueur et modestie, paraît exemplaire. Avec Présence de la Nature (PUF, 2001), il propose un essai sur la nature, péri phuséôs comme diraient ceux qu'ils nomment les Antésocratiques. En effet, ce recueil de onze essais rédigés dans une langue limpide, d'une érudition impeccable et à la logique implacable, aborde la présence de la nature en des termes dignes des Phusikoi présocratiques: "La Nature est ce qui s'offre à tous les hommes, partout et toujours, et les premières religions furent des religions de la nature". Homère est présenté comme le premier penseur-poète de la nature: pourquoi en effet séparer artificiellement Homère, Hésiode et les Présocratiques? M. Conche tente donc de penser la phusis, qui est vie et mort, mélange et séparation. Comment? En méditant sur ce qui se montre sans présupposé aucun. En entendant l'appel du réel. Le philosophe qui, en vrai Grec, ne désire pas être sous influence, doit ainsi dépasser les blocages mentaux induits par le monothéisme. Peu de penseurs eurent ce courage; la plupart, de Descartes à Kant demeurèrent sous influence, grands sans doute, mais point vrais. C'est à un retour aux Grecs que convie M. Conche qui, rappelons-le, est correspondant de l'Académie d'Athènes, citoyen d'honneur de la ville de Mégare. Ces titres n'ont rien d'anecdotique: ils révèlent la nature du penseur, mêmement poète puisque parti en quête de la vérité, ce qui constitue pour un homme de son ordre le comble du bonheur, mais un bonheur sans rien d'euphorique, celui du sage tragique. Suivons ses traces avec pour compagnons Héraclite et Rimbaud. Ecoutons-le: "Si la philosophie a un avenir, si donc il convient de philosopher à la façon des Grecs - c'est-à-dire en pensant plutôt qu'en se regardant penser -, et si la conscience et l'approfondissement de l'énigme doivent être préférés au réconfort de la synthèse conceptuelle et de l'analyse prolongées pour elles-mêmes, alors la leçon des Antésocratiques, et spécialement d'Héraclite, est celle qui répond à la "demande philosophique" d'aujourd'hui."
Publié en 2001
20:43 Publié dans Figures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, humanisme



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