01 octobre 2007

Belgium nostrum

Sur l'actuelle crise politique belge, j'ai rédigé un billet d'humeur, publié dans L'Echo de la Bourse du 22 septembre 2007.

 

L'actuelle crise, qui touche davantage les politiciens que les citoyens belges, témoigne de l'affligeante absence de conscience et de culture historiques de notre classe dirigeante. Au Nord comme au Sud, les slogans et les provocations prennent trop souvent le pas sur une réflexion nourrie de l'expérience séculaire de nos pays belgiques. Car, n'en déplaise aux amnésiques et aux bateleurs, le Belgium, qui s’étend grosso modo entre Rhin, Meuse et Escaut, constitue une réalité depuis plus de vingt siècles.

Nous sommes un très vieux peuple, au même titre que les Ibères ou les Helvètes. Les Belges d’aujourd’hui peuvent en effet s’enorgueillir de posséder l’un des plus vieux noms de peuple d’Europe. Dans une page célèbre de sa Guerre des Gaules, César évoque ces guerriers fortissimi, "très braves", qui lui donnent tant de fil à retordre: unis au sein de confédérations souples, Ambiens et Bellovaques, Atrébates et Nerviens lui font payer très cher une lente pacification. César, et avec lui d'autres auteurs anciens, distinguent les Belges des autres Celtes comme des Germains.

Il existe en outre chez nous comme une tradition d'indépendance et de rébellion face à toutes les unifications forcées. A ces multiples “ pays ” du Belgium nostrum, jaloux de leurs libertés et de leurs différences, correspondent aujourd’hui les trois Belgiques: la flamande, l’allemande et la romande, toutes trois légitimement attachées à leur identité. En nous, se conjuguent héritage celtique, germanité et romanité, plus quelques influences italo-espagnoles ou autrichiennes ultérieures. Voilà pourquoi, dans nos régions, le nationalisme, en tant qu'idéologie issue de la Révolution française, vide les patries charnelles de leur sève et n'aboutit qu'à des simulacres de souveraineté. A l'hypothétique nation qui divise et fragmente  en  mobilisant des individus unis par la somme de leurs frustrations préférons la patrie mythique, celle qui inclut et rassemble des personnes de façon constructive.

Brabançons (que nul ne confondra avec les Flamands) et Limbourgeois, Hennuyers et Namurois, Liégeois et Luxembourgeois constituent un ensemble lié par une histoire prestigieuse, celle de la Lotharingie et des Ducs de Bourgogne. Déjà à l'époque des XVII Provinces, nous formions une mosaïque où se mêlaient les parlers romans et thiois, unie autour d'un souverain – souvenons-nous de Charles-Quint - d'autant plus légitime qu'il n'appartenait à aucune des composantes et qu'il veillait à l'intérêt général. Aujourd'hui, la personne du Roi, qui apparaît comme l'un des rares hommes d'état de nos pays belgiques, incarne cette continuité séculaire, ainsi qu'un courage physique, une rectitude dont feraient mieux de s'inspirer divers candidats au pouvoir.

Il faut distinguer deux choses: un régime politique et une entité géopolitique, l’espace Rhin-Meuse-Escaut dont je parlais à l'instant. On peut et l’on doit adapter le premier. Mais ni la géographie ni l’histoire ne se modifient au gré de passions qui souvent ne sont que le paravent de l’égoïsme et d'appétits sordides. A l’immobilisme des uns répond l'agitation des autres, qui passent constamment du misérabilisme à l'arrogance. Tous perdent de vue l'essentiel: depuis l'Antiquité, l'identité des habitants du Belgium demeure par essence indéfinissable et médiane.

Nous sommes des peuples d'entre-deux que nul ne réduira à des abstractions.

© Christopher Gérard

Commentaires

J'approuve totalement votre propos, Monsieur. Il est particulièrement pertinent.

Ecrit par : Jacques DE GRAVE | 02 octobre 2007

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